- Bloc-Note No 186 France & International -

Bonjour. Vous trouverez ci-après des informations qui ont été adressées à Espaces-Marx ou qui ont attiré notre attention, et que nous vous répercutons (Période du 13 au 25 Novembre 2004).


Table des matières

1) 7ème édition de La Semaine de la solidarité internationale

2) COLONISATION : Sur les routes de la décolonisation

3) SÉMINAIRE " COMMUNISMES ", Centre d¹histoire sociale PARIS 1 - CNRS UMR 8058

4) ISRAEL/PALESTINE : Campagne contre le mur de séparation.

5) Rencontre/Débat - Progrès et décroissance : Penser en citoyen du monde

6) États généraux de la culture : cycle de rencontres-débats sur le thème "Travail et création"

7) Forum national organisé par la CGT : " Licenciements, la sécurité pour qui ? "

8) Les Cahiers d'histoire débattent : " Ambitions, responsabilités de la presse dans les sociétés contemporaines ".

9) Réseau Marx Contemporain : Dépassement du capitalisme et refondation d'un mode de développement par Jean Marie Harribey, économiste

10) [ReSPUBLICA N° 290] L'Agenda (Extraits)

11) Colloque : La connaissance dans les sociétés techniciennes

12) Les assises associatives régionales de la nature et de l'environnement en Haute-Garonne.

13) Séminaire : Transformations du travail et crise de l'économie politique

14) Rencontre philosophique : Catherine Malabou, philosophe Sur le thème : Heidegger, critique du capitalisme

15) MUR, le film de Simone Bitton

16) INFOS-PAIX n°161 - 10 novembre 2004

17) Découvrez L'HUMANITE Pendant 6 mois au tarif exceptionnel de 100 euros

18) Cesaré BATTISTI : Ce n'est pas terminé

19) " Darwin et la Philosophie " de Patrick TORT* aux éditions KIME

20) [SLR] rapport final des états généraux de la recherche

21) PRATIQUES No 27 (Les cahiers de la Médecine utopique) : " Faire autrement pour soigner "

22) [ATTAC-FRANCE] AGCS : discours de Jacques Nikonoff en Autriche

23) Recherches internationales : LA SOCIÉTÉ CIVILE INTERNATIONALE

24) Revenu d'existence ou droit de vivre dans la securité ? Par François Congost, économiste.

25) Histoire : Chronique de la Révolution française (II)

26) Sociologie : L'échafaudage néolibéral

27) " Ce qu'on attend du romancier " par Jean Rouaud

28) L'antisémitisme ne peut se diviser Par Annie-Paule Derczansky, journaliste

29) Les jeux vidéo : reflet de notre société ? Par Tony Fortin et Laurent Trémel (1).

30) Pour un monde nouveau, un citoyen majeur Par Ivan Lavallée (1), professeur de mathématiques à Paris-VIII.

31) Nanotechnologies et citoyenneté

32) Histoire des sciences : Les limites floues du gène

33) La naissance maudite de la république d'Haïti Madison Smartt Bell

34) LA CHRONIQUE DE CYNTHIA FLEURY : Théories de la libération et de la relativité

35) LES AGORAS DE L'HUMANITE : " Financiarisation et déclin de l'innovation " Annick Verdu Pharmacologue, syndicaliste Aventis

36) LES AGORAS DE L'HUMANITE : " Il faut remettre les choses dans le bon sens " Dominique Belpomme, cancérologue, professeur à l'université Paris-V, président de l'Association française pour la recherche thérapeutique anticancéreuse (ARTAC) et auteur de Ces maladies créées par l'homme, Éditions Albin Michel, 2004.

37) LES AGORAS DE L'HUMANITE : " Vers un système de santé solidaire" Catherine Mills, économiste, coauteure de Main basse sur l'assurance maladie, note de la Fondation Copernic, Syllepse, 2003.

38) LES AGORAS DE L'HUMANITE : " Pour une politique de santé participative " Christian Saout pésident d'AIDES

39) 13E FORUM DES LANGUES : " La plupart des langues sont menacées de disparition "

40) 13E FORUM DES LANGUES : Pour que toutes les langues se délient

41) ENTRETIEN : Stéphane Hessel : " Les défis d'aujourd'hui sont au moins aussi graves que ceux de 1944 "

42) ESSAI : L'Amérique anticapitaliste

43) HISTOIRE : La genèse scientifique du fait social

44) " Une inconditionnelle de la liberté " : LA CHRONIQUE DE REGINE DEFORGES

45) Parution : L'Invention du Big Bang, par Jean-Pierre Luminet

46) PHILOSOPHIE : Hegel, la vie devant soi

47) Les archives de la parole : LA CHRONIQUE DE CYNTHIA FLEURY

48) DICTIONNAIRE : Un éloge de l'hospitalité

49) À LIRE : Femmes d'action

50) L'énergie (nucléaire ?) de demain par Jean-Pierre Bibring, astrophysicien, professeur à l'université Paris-XI et Pascal Lederer, physicien, directeur de recherche au CNRS.





1) 7ème édition de La Semaine de la solidarité internationale

Elle est coordonnée par le CRID (Centre de Recherche et d'Information pour le Développement) http://www.crid.asso.fr/ et animée par un Comité de pilotage multi-acteurs avec la particiation d'un Comité de soutien. Avec le soutien du Ministère des Affaires étrangères, du Ministère de l'Education nationale, de l'enseignement supérieur et de la Recherche, de la Région Ile-de-France, du Conseil général de l'Essonne, du Crédit Coopératif et de l'EPRA. Du Nord au Sud, d'Est en Ouest, l'interdépendance est une réalité. Une décision prise en n'importe quel point de la planète peut avoir des conséquences pour tous. Dès lors, la solidarité internationale est une nécessité pour construire un monde plus juste. Elle nous concerne tous, tous les jours ! La solidarité internationale c'est œuvrer chacun à son niveau pour un monde plus juste : - en soutenant un projet de développement dans un pays du Sud ou de l'Est ou en y participant de manière bénévole, salariée... - en agissant, au quotidien, pour un monde plus solidaire : en achetant un produit du commerce équitable, en voyageant de manière éthique, en épargnant solidaire, en promouvant le respect des Droits Humains : civils, politiques, économiques, sociaux et culturels partout et pour tous... Des bénévoles, des salariés, tout au long de l'année, sont actifs dans des projets et des initiatives de solidarité internationale au niveau local, national ou international. Mais en avez-vous entendu parler au 20 heures ? La solidarité internationale est souvent absente des médias nationaux. Peu de journaux nationaux, télévisions ou radios la relaient. C'est pourquoi s'est créée la Semaine de la solidarité internationale : pour DIRE à voix haute la solidarité internationale et offrir, une semaine par an, un espace-temps pour faire connaître au grand public les actions menées tout au long de l'année. Tous ensemble, à l'occasion, de la Semaine de la solidarité internationale, nous pouvons faire entrer la solidarité internationale dans l'agenda médiatique, et mobiliser nos amis, nos voisins, l'opinion publique et les médias sur les projets et les actions de solidarité internationale ! - Voir le site : http://www.lasemaine.org/


2) COLONISATION : Sur les routes de la décolonisation

De l'Indochine au Vietnam, une exposition au musée de l'Histoire vivante de Montreuil. Journaux, affiches et objets appuient le sérieux de la réflexion historique.

=====> Ouverture au public, mercredi, jeudi, vendredi de 14 heures à 17 heures ; samedi et dimanche de 14 heures à 18 heures. Musée de l'Histoire vivante, 31n boulevard Théophile-Sueur, 93100 Montreuil, Tél. : 01 48 70 61 62. e-mail : mushistviv@wanadoo.fr ; site : www.museehistoirevivante.com

- Samedi 13 novembre à 16 heures, rencontre avec Pascal Blanchard, Alain Ruscio, auteurs de Paris-Asie, Éditions La découverte (à paraître).

====> Jusqu'au 31 juillet, l'exposition est aussi l'occasion de rendre hommage à l'artiste vietnamien Mai Van Hiên dont les dessins et croquis constituent un journal documentaire exceptionnel sur Diên Biên Phu où il avait été envoyé comme une sorte de chroniqueur militaire. Article paru dans l'édition du 2 juillet 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


3) SÉMINAIRE " COMMUNISMES ", Centre d¹histoire sociale PARIS 1 - CNRS UMR 8058

Séminaire de recherche 2004-2005 Territoires et militants communistes : approches plurielles et comparées 9, rue Malher 75004 (métro Saint-Paul). Bibliothèque Jean Maitron, (6e étage) Animé par Bernard Pudal, Claude Pennetier, Roland Lew, Bruno Groppo, Jacques Girault. Contact : Macha Tournié (macha.tournie@iresco.fr)

=====> Samedi 13 novembre(10h- 12 h 30) Claudie Weill, Socialisme et judéité en Russie (1897-1917). Auteure de : Les cosmopolites, socialisme et judéité en Russie (1897-1917), Syllepse, 2004. - Discutant : Enzo Traverso - From: pennetier <pennetier.claude@wanadoo.fr>


4) ISRAEL/PALESTINE : Campagne contre le mur de séparation.

Dès le mois de mars 2004, la CGT s'était opposée à la construction du mur de séparation et avait demandé son démantèlement (voir communiqué du 02 mars 2004). A la même époque, nous avions signé une pétition européenne " stop the Wall " et soutenu une démarche auprès des parlementaires européens afin que l'Union Européenne s'oppose à cette construction. L'avis rendu par la Cour Internationale de Justice le 9 juillet dernier, déclarant à la quasi-unanimité et dans un texte d'une clarté sans précédent l'illégalité du mur, suivie de la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU, demandant à Israël de respecter l'avis, créent les conditions d'un niveau de mobilisation supérieur pour interpeller l'opinion publique et les institutions politiques françaises et européennes. Encourager la mobilisation de la société civile, en particulier à l'occasion de la Semaine internationale contre le Mur, du 9 au 16 novembre 2004, Renforcer l'interpellation auprès des élus nationaux et européens, en développant un argumentaire juridique autour de la question du Mur. Dans le cadre de cette semaine internationale, des manifestations auront lieu le 13 novembre dans de nombreuses villes de France. Nous demandons à nos organisations de faire le nécessaire pour que la CGT puisse être présente dans les cortèges. Pour cela, plusieurs outils ont été élaborés par la plate-forme des ONG françaises pour la Palestine. Une brochure, une affiche et 3 auto-collants - Vous pouvez les commander auprès de la plate-forme : 14, passage Dubail 75010 PARIS - Tel/Fax : 33 1 40 36 41 46 - E-mail : pfpalest@club-internet.fr - http://plateforme-palestine.org - From: "GhyslaineRICHARD" <ghyslaine.richard@wanadoo.fr>


5) Rencontre/Débat - Progrès et décroissance : Penser en citoyen du monde

Espaces Marx vous invite à débattre des questions abordées dans le livre d'Eric Le Lann, Progrès et décroissance, Penser en citoyen du monde Paru éditions Bérénice, 11 rue de la Glacière Tel/Fax : 0147072827 le Lundi 15 novembre à 20 heures dans ses locaux : 64 Boulevard Blanqui Paris 13ème Métro Corvisart avec la participation de Michel Clerc, président de Droit à l'énergie, et de Jean-Luc Touly, président de l'Association pour un contrat mondial de l'eau - " Qu'il s'agisse d'énergies et de climat, de disponibilité de la nourriture, d'accès à l'eau ou encore aux médicaments, cet ouvrage a le mérite de donner l'information et le courage de poser les questions clés devant lesquelles nous ne pouvons plus jouer la politique de l'autruche. Nous, les citoyens consommateurs, nous, les politiques, nous ne pouvons plus affirmer " après nous le déluge " ou encore " pas dans mon jardin ". Il propose des pistes pour agir et consommer autrementi[i]. Il prend la mondialisation comme une chance de mise en commun a l'échelle planétaire et défend l'idée de " biens publics à l'échelle mondiale ". Il s'ouvre à des praticiens, des citoyens engagés qui construisent des projets alternatifs et interpellent les politiques. Sylvie Mayer - Animatrice du groupe de travail " commerce équitable et économie solidaire " au sein du Parti communiste français - From: "patrick coulon" <pcoulon@internatif.org>


6) États généraux de la culture : cycle de rencontres-débats sur le thème "Travail et création"

Invitation des États généraux de la culture à un cycle de rencontres-débats sur le thème "Travail et création" au Théâtre de la Commune à Aubervilliers: - lundi 15 novembre 2004 à 19 heures avec Yves Clot, professeur de psychologie du travail au Conservatoire National des Arts et Métiers - mardi 8 mars 2005 à 19 heures avec Guillaume Le Blanc, maître de conférences en philosophie à l'université de Bordeaux 3 - lundi 9 mai 2005 à 19 heures avec Siegrid Alnoy, cinéaste; réalisatrice de "Elle est des nôtres" Bien cordialement, Laure Tarnaud, Assistante parlementaire de Jack Ralite,

sénateur de Seine Saint Denis, animateur des Etats Généraux de la Culture - tel: 01 42 34 31 04 - fax: 01 42 34 42 58

=====> Travail et Création - Les États généraux de la culture vous invitent à une rencontre-débat lundi 15 novembre 2004 à 19 heures au Théâtre de la Commune

d'Aubervilliers - Travail et Création : Chaque homme, chaque femme possède une capacité d'étonnement, de curiosité, d'imagination, de rêve, de pensée. Or, l'actuelle organisation du travail ampute les travailleurs de ces dimensions et de plus en plus le travail rend malade ; la vie ainsi empoisonnée au travail ne peut être placée sous " perfusion " culturelle à l'extérieur. Dans une telle conjoncture, c'est comme si l'herbe était coupée sous le pied à la création artistique. Il est temps de " soigner les métiers ". Par ailleurs, la financiarisation amplifiée des industries culturelles comme la déclaration de Patrice Le Lay, PDG de TF1, sur la finalité des programmes " rendre les cerveaux humains disponibles " pour... les publicitaires, mutilent le travail des artistes. Ainsi, il est nécessaire que le travail humain dans toutes ses dimensions ne soit plus maltraité. Le temps est venu de rencontres d'action des forces du travail et de la création. C'est avec ces préoccupations décisives que les Etats généraux de la culture organisent un cycle de réflexion sur le thème :Travail et Création. Il se déroulera au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers en trois soirées. Chaque soirée sera ouverte par un exposé d'une personnalité particulièrement

concernée, suivi d'un débat avec des acteurs de la vie culturelle, artistique et sociale.  Lundi 15 novembre à 19 heures avec Yves Clot professeur de psychologie du travail au Conservatoire national des Arts et Métiers.  Mardi 8 mars 2005 à 19 heures avec Guillaume Le Blanc maître de conférences en philosophie à l'université de Bordeaux 3.  Lundi 9 mai 2005 à 19 heures avec Siegrid Alnoy cinéaste, réalisatrice

de " Elle est des nôtres ". Nous vous demandons de bien vouloir confirmer votre présence auprès de Claudine Joseph, tél : 06.80.33.17.47 ou au Théâtre de la Commune, tél : 01.48.33.16.16 Théâtre de la Commune : 2 rue Édouard Poisson - Aubervilliers

transports : - Autobus : le 65 (Porte de la Chapelle) descendre à " Villebois Mareuil " à Aubervilliers. - Métro : ligne 7 - descendre à la station " Quatre-Chemins ", puis autobus 150 ou 170 (descendre à la station André Karman) - From: "forum.pcf.culture" <forum.pcf.culture@free.fr>


7) Forum national organisé par la CGT : " Licenciements, la sécurité pour qui ? "

le mardi 16 novembre. Rendez-vous sur le site Internet de la Cgt au fil de la journée.

Contribuez aux débats en adressant vos questions et contributions par courriel à site@cgt.fr et en précisant éventuellement vos nom, syndicat ou entreprise. Dès à présent, vous pouvez consulter le dossier sur le site www.cgt.fr - En collaboration avec l'équipe du journal Le Peuple, nous publierons les introductions aux débats dès qu'elles auront été prononcées, les résumés des interventions et les synthèses.

Avec ce fil d'info, vous pourrez suivre ainsi le Forum national, et le prolonger en direct dans les organisations syndicales et les entreprises. Pour toutes précisions à ce sujet : Département communication - Tél. : 01 48 18 84 47 - From: ud33 FR <ud33@cgt.fr>


8) Les Cahiers d'histoire débattent : " Ambitions, responsabilités de la presse dans les sociétés contemporaines ".

L'Humanité, un organe de presse, comme les autres? Pas comme les autres ? Les journalistes, les journalistes communistes et les guerres. Vaste débat. "Historiens, lecteurs et journalistes: regards croisés sur "L'Humanité, la guerre et la paix (1904 - 2004)". Les Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique vous invitent à venir débattre autour de leur dernier numéro - Lectures critiques de Christophe Charle (historien, professeur à l'Université de Paris I, auteur du Siècle de la presse (1830-1939), Seuil, 2004), de Bernard Chambaz (écrivain, auteur de L'humanité, 1904-2004, Seuil, 2004) et de Pierre Laurent (directeur de la rédaction de L'Humanité) en présence de Jean-Marie Charon et Alexandre Courban (historiens, auteurs du dossier), Jérôme-Alexandre Nielsberg (journaliste à L'Humanité responsable des pages "Histoire") et Anne Jollet (rédactrice des Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique). MARDI 16 NOVEMBRE À 19 H À ESPACES MARX, 64 BOULEVARD BLANQUI, 75013 PARIS

Metro Corvisart ou Place d'Italie - Les Cahiers vivent du soutien de leurs lecteurs/lectrices et ami/es. Faites connaître les Cahiers autour de vous et abonnez-vous si ce n'est déjà fait! - Bulletin de commande et d'abonnement - Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : Tél(s) : e-mail : Profession : - Je souhaite recevoir le n° 92 L'Humanité. La guerre, la paix : ........... x 14 euros ? - Je souhaite m'abonner (1 an - 4nos) : - France 46 euros - Etranger 76,50 euros - Chômeur-Etudiant 30,50 euros - Prélèvement automatique 4 fois 12,50 euros (Autorisation de prélèvement sur demande) Chèque à l'ordre des Cahiers d'Histoire. Revue d'histoire critique - Je souhaite recevoir des renseignements sur les numéros parus et les prochains numéros à paraître - Retournez ce bulletin à : Cahiers d'Histoire. Revue d'histoire critique 64, boulevard A. Blanqui, 75013 Paris - Tél. : 01 42 17 45 24 ou 27 - Fax : 01 45 35 92 04

Web : http://www.espaces-marx.org - E-mail : claude.saligny@internatif.org - From: "Jollet Anne" <anne.jollet@wanadoo.fr>


9) Réseau Marx Contemporain : Dépassement du capitalisme et refondation d'un mode de développement par Jean Marie Harribey, économiste

Le Jeudi 18 novembre - Réseau Marx Contemporain - 19 h30 - Jean Marie Harribey, économiste Sur le thème : dépassement du capitalisme et refondation d'un mode de développement - Espaces Marx, 64 boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris - Tél. : 01 42 17 45 10 - Fax : 01 45 35 92 04 - e-mail : Espaces_Marx@internatif.org - Web : http://www.Espaces-Marx.eu.org - From: "patrick coulon" <pcoulon@internatif.org>


10) [ReSPUBLICA N° 290] L'Agenda (Extraits)

=====> 19 novembre 2004 Réunion organisée par l'UFAL à Marmande (47) à l'occasion du centenaire de la loi de 1905 : " Préparons l'avenir laïque ! ".

=====> 20 novembre 2004 Réunion organisée par l'UFAL à Périgueux (24) à l'occasion du centenaire de la loi de 1905 : " Préparons l'avenir laïque ! ".

=====> 25 novembre 2004 Réunion publique sur la santé et l'assurance maladie à Saint Armand Montrond (18) - Site: http://www.gaucherepublicaine.org - From: "respublica1792" respublica@gaucherepublicaine.org - Site www.gaucherepublicaine.org.


11) Colloque : La connaissance dans les sociétés techniciennes

Colloque organisé par L. Sfez (Dr du Centre de Recherche et d'Études sur la Décision Administrative et Politique de Paris 1 - CREDAP), A. Gras (Dr du Centre d'Etude des Techniques, des Connaissances et des Pratiques de Paris 1, CETCOPRA), P. Musso (CREDAP et Université de Rennes II) et B. Paulré (Matisse-ISYS, UMR Paris 1-CNRS n° 8595) - vendredi 19 novembre (toute la journée)et samedi 20 novembre matin à l'ancienne Faculté de Droit et de Sciences Economiques (entrée Place du Panthéon) salle 1 (escalier M, galerie Soufflot, 1er étage). Conférence d'ouverture par Alain TOURAINE (CADIS, UMR EHESS-CNRS n° 8039) Participeront à ce colloque (liste non définitive) : Francoise COLAITIS (France Télécom R&D) - Sylvie CRAIPEAU (INT) - Patrick DIEUAIDE (Matisse-ISYS, Univ. Paris 1) - Denis DUCLOS (CETCOPRA, Univ. Paris 1) - Gérard DUBEY (INT) - Laurent GILLE (BIPE) - Alain GRAS (CETCOPRA, Univ. Paris 1) - Maurizio LAZARRATO (ISYS) - Philippe LETELLIER (Thomson R&D) - Yann MOULIER-BOUTANG (Matisse-ISYS et Univ. de Technologie de Compiègne) - Pierre MUSSO (CREDAP, Univ. Paris 1 et Univ. de Rennes) - Bernard PAULRE (Matisse-ISYS, Univ. Paris 1) - Sophie POIROT-DELPECH (CETCOPRA, Univ. Paris 1) - Laurence RAINAULT (CETCOPRA, Univ. Paris 1) - Lucien. SFEZ (CREDAP, Univ. Paris 1) - Carlo VERCELLONE (Matisse-ISYS, Univ. Paris 1) - Michel VOLLE (Consultant) - Manifestation organisée grâce au soutien de l'Université de Paris 1 (BQR). - Présentation et thèmes du colloque : Il est aisé de constater que la connaissance semble être l'une des grandes priorités du moment. Les sociologues raisonnent depuis longtemps à partir de la notion de société post-industrielle (Bell, Touraine) et ont attiré l'attention sur l'importance, dans ce contexte, du travail créateur. D'autres auteurs ont introduit les notions de société de l'immatériel (A. Gorz) ou "d'économie légère" (weightless economy: D. Coyle). Bon nombre d'économistes et d'analystes adhérent à la perspective tracée par l'OCDE et présentée sous l'appellation de "knowledge society" qui est une sorte de "New economy" bis. Comme en écho, les spécialistes du management s'engagent vigoureusement depuis quelques années dans la voie du "knowledge management". La montée en puissance de certaines industries est présentée comme la manifestation quasiment paradigmatique de la valorisation d'activités essentiellement cognitives (biotechnologies par exemple). Des entreprises revendiquent un statut de "non assets", c'est-à-dire d'entreprises sans actifs matériels, alors qu'un large mouvement d'externalisation conduit à l'avènement d'entreprises desquelles la base manufacturière a disparu (les "hollow corporations"). De divers côtés, l'importance aujourd'hui reconnue à la connaissance (et à celle de l'information, qui lui est liée) se manifeste notamment au travers de discours rationalisateurs, d'outils et d'instruments destinés à lui donner un prolongement opérationnel. De nouveaux discours et de nouveaux récits techniques justifiant de nouvelles pratiques sont ainsi en train d'émerger et de se diffuser. Ceux qui considèrent que cette priorité et que les outils ou les dispositifs qui l'accompagnent constituent, en quelque sorte naturellement, une voie de progrès, se posent en promoteur de ces techniques. Mais ceux qui se montrent réservés vis-à-vis des présentations apologétiques de ces nouveaux outils et des mots d'ordre qui leurs sont associés seront plus enclins à y voir, selon les cas, un effet de mode ou l'expression d'un pouvoir. C'est dire que ces nouveaux discours et les pratiques qu'ils fondent doivent être analysés et déchiffrés. On peut voir le problème sous un autre aspect. Cette mise en avant de la connaissance comme ce qui donnerait sens aux évolutions économiques et sociales actuelles s'adosse en effet en partie à des objets techniques ou des systèmes techniques spécifiques que, pour faire court, on peut assimiler aux NTIC (Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication). On y trouve non seulement les outils informatiques et de communication, mais aussi, par exemple, les consoles de jeux et tout ce qui relève des "technologies" de l'esprit. La puissance de calcul et la capacité de stockage de données s'amplifient, ce qui engendre un certain nombre de possibilités techniques et industrielles nouvelles. Avec leurs aspects négatifs comme leurs aspects positifs. Ce qui croise les thèmes du risque et du contrôle. Mais cette dimension technique de la connaissance ne se manifeste pas seulement au travers d'objets ou de dispositifs techniques. Elle se manifeste aussi au travers d'une instrumentalisation des capacités, des compétences et du potentiel cognitif des acteurs économiques et, notamment, des salariés que l'on assimile désormais, pour une part significative d'entre eux, à des "knowledge workers". On en arrive au thème de la marchandisation du savoir et du cognitif, ainsi qu'à celui des "nouvelles enclosures" c'est-à-dire des efforts des entreprises ou de groupes pour capter les "rentes" liées à la disposition de certaines connaissances (question des brevets et de la propriété intellectuelle, problème des logiciels libres, etc...). On observera également que, d'une certaine façon, la montée de l'information et de la connaissance peut être comprise comme exprimant l'avènement d'une société de flux par opposition à une société de stock. C'est la circulation, c'est-à-dire la communication, qui serait désormais la plus importante : circulation des informations (internet et télécoms), de la finance (flux financiers), des marchandises, des individus (transports), et des savoirs (connaissances codifiées). D'où l'importance du thème des réseaux. L'ambition du colloque est de recenser et de discuter, d'un point de vue "critique", certaines manifestations de la connaissance et de son rôle dans les sociétés contemporaines. Quels sont les enjeux de la "société de la connaissance" ? Quelles en sont les dérives possibles ? Au delà de cette mise en avant de la connaissance à laquelle certains associent implicitement une idée de progrès, n'assiste-t-on pas à l'avènement d'une société davantage technocratique ? Ne peut-on pas observer, en fait, l'émergence d'un néocapitalisme (que certains économistes baptisent "capitalisme cognitif") et qui serait la manifestation de la fin de la société industrielle ? Quels sont les problèmes et les tensions suscités par la place de plus en plus importante prise par la connaissance dans des contextes sociétaux, institutionnels ou organisationnels qui demeurent encore en partie marqués par la société industrielle ? Quelles sont les dimensions et les manifestations politiques de ces tensions ou des débats que cet avènement ambigu de la connaissance fait naître ?

Telles sont quelques unes des questions et quelques uns des thèmes que l'on abordera au cours de ce colloque. Les intervenants exprimeront des points de vue relevant de disciplines différentes. Principalement : Sciences politiques, Sociologie et Economie.

Des représentants du monde industriel des télécommunications plus particulièrement participeront à une table ronde qui se tiendra le vendredi 19 novembre à partir de 18h et qui sera animée par Yann Moulier-Boutang.

====>Réseau d'Etude des Sociétés Techniciennes (R.E.S.T.) Ce colloque marquera le lancement d'un "réseau" rassemblant, dans un premier temps, les équipes de Paris 1 de toutes disciplines travaillant sur les sociétés techniciennes, même si ce thème ne constitue pas leur objet principal. Ce réseau devrait pouvoir être étendu à des équipes extérieures à Paris 1, parisiennes ou non, éventuellement étrangères. Le CREDAP, le CETCOPRA et le laboratoire ISYS de l'UMR MATISSE seront les équipes fondatrices de ce réseau dont la manifestation la plus tangible et la plus immédiate sera la création d'un site spécifique (dans le cadre du site global de Paris 1) sur lequel pourront être téléchargés des articles, et dispensés un certain nombre d'informations et de liens. Pour tout renseignement : paulre@univ-paris1.fr - From: delaunay <Jean-Claude.Delaunay@univ-mlv.fr>


12) Les assises associatives régionales de la nature et de l'environnement en Haute-Garonne.

Uminate organise le samedi 20 novembre 2004 à Toulouse (au Conseil Régional) les assises associatives régionales de la nature et de l'environnement. Cette manifestation régionale fait suite aux 8 assises départementales (septembre-octobre) et à l'enquête auprès de 100 associations d'environnement de la région.

Cette journée sera notamment l'occasion de répondre aux questions suivantes - Quels sont les problèmes majeurs relevés pas les associations dans les domaines de l'environnement et de la nature en Midi Pyrénées ? - Quelles propositions d'actions concrètes les associations font elles aux pouvoirs publics ? De nombreux représentants des institutions publiques et du monde économique seront présents l'après midi afin de débattre des constats et propositions de notre réseau.Venez nombreux ! Inscrivez vous dès maintenant ! Pour connaître le programme complet de cette belle journée : http://www.uminate.asso.fr/article.php3?id_article=93 - Pour s'inscrire en ligne : http://www.uminate.asso.fr/article.php3?id_article=89 - Cordialement, PS : meci de faire suivre ce mail - Rémy MARTIN, rmartinperso@yahoo.fr - 31 800 - Saint Marcet - Tél : 05 61 79 18 87 - From: Rémy MARTIN <rmartinperso@yahoo.fr>


13) Séminaire : Transformations du travail et crise de l'économie politique

le programme du séminaire "Transformations du travail et crise de l'économie politique" qui peut être consulté sur le site web: http://seminaire.samizdat.net

La prochaine séance du séminaire aura lieu le 23 novembre, de 19h30 à 21h30 à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 12, Place du Pantthéon Salle 216, 2ème étage. Intervenants: Yann Moulier-Boutang, Université de Technologie de Compiègne "La problématique des externalités et la productivité sociale du travail"

Andrea Fumagalli, Université Bocconi de Milan et Université de Pavia (Italie)"L'espace comme externalité? Tertiarisation et travail cognitif"

Débat animé par Anne Querrien, (Sociologue, Plan Urbain) - From: Carlo VERCELLO <Carlo.Vercellone@univ-paris1.fr>


14) Rencontre philosophique : Catherine Malabou, philosophe Sur le thème : Heidegger, critique du capitalisme

Le jeudi 25 novembre - Rencontre philosophique - Catherine Malabou, philosophe Sur le thème : Heidegger, critique du capitalisme - Espaces Marx, 64 boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris - Tél. : 01 42 17 45 10 - Fax : 01 45 35 92 04 - e-mail : Espaces_Marx@internatif.org - Web : http://www.Espaces-Marx.eu.org - From: "patrick coulon" <pcoulon@internatif.org>


15) MUR, le film de Simone Bitton

Des Débats sont organisés avec la réalisatrice auxquels participent des membres de Trop c'est trop - Pour l'agenda des sorties et des débats en province, la revue de presse, des photos , etc... voir le site associatif du film:

http://www.murlefilm.net <http://www.murlefilm.net/>

===> MUR Quinzaine des Réalisateurs, Cannes 2004 - Grand prix de Festival International du Documentaire, Marseille 2004 - Grand Prix de la Mostra Internazionale del Nuovo

Cinema, Pesaro 2004 - Prix Spirit of Freedom du meilleur film documentaire, Jérusalem 2004

====> Synopsis : MUR est une méditation cinématographique personnelle sur le conflit israélo-palestinien, proposée par une réalisatrice qui brouille les pistes de la haine en affirmant sa double culture juive et arabe. Dans une approche documentaire originale, le film longe le tracé de séparation qui éventre l'un des paysages les plus chargés d'histoire du monde, emprisonnant les uns et enfermant les autres. Sur le chantier aberrant du mur, les mots du quotidien et les chants du sacré, en hébreu et en arabe, résistent aux discours de la guerre et se fraient un chemin dans le fracas des foreuses et des bulldozers. Toute la beauté de cette terre et l'humanité de ses habitants sont offertes au spectateur comme un dernier cadeau, juste avant de disparaître derrière le Mur. A bas le mur en Palestine ! Vive le cinéma documentaire !

MUR Un film de Simone Bitton <http://www.murlefilm.net/>

- From : <trop-cest-trop@laposte.net>


16) INFOS-PAIX n°161 - 10 novembre 2004

La lettre électronique d'information hebdomadaire du Mouvement de la Paix - Cette lettre est diffusée aux abonnés de la liste "infos-paix". Ce service est gracieusement offert par le Mouvement de la Paix. N'hésitez pas à faire connaître cette lettre à vos contacts et leur proposer de s'y inscrire : infos-paix-subscribe@yahoogroups.com.

Vos informations et/ou réactions sont les bienvenues : infospaix-admin@mvtpaix.org.

N'hésitez pas à consulter régulièrement notre site web : www.mvtpaixorg.

====> LES TITRES :

1. 13 novembre : Istres - Les pacifistes provençaux pour le désarmement nucléaire

2. 13 novembre : journée internationale de mobilisation contre le mur de séparation entre la Palestine et Israël

3. Vote du budget militaire le mardi 16 novembre - Mettez les parlementaires sous pression

4. Du 13 au 21 novembre 2004 : semaine de la solidarité internationale

5. Les 19 et 20 novembre 2004 : conférences " les Batisseurs de paix "

6. Séminaire international " reclaim our UN " (réapproprions-nous l'ONU) du 19 au 20 novembre à Padoue

7. Lutter différemment contre le terrorisme nucléaire, proposition du directeur de l'AIEA

8. Projet : Jeunes de Trappes citoyens de paix

9. Adhésion du Mouvement de la Paix au CRID

10. L'agenda 2005 du Mouvement de la Paix disponible fin novembre.

=====> 1. 13 novembre : Istres - Les pacifistes provençaux pour le désarmement nucléaire

Dans le cadre de la campagne nationale pour le désarmement nucléaire, les comités du Mouvement de la Paix de la Région PACA, du Languedoc Roussillon, de Rhône Alpes et leurs partenaires régionaux préparent une grande journée d'action à Istres, au complexe des Heures Claires puis devant la base militaire d'ISTRES. Cette journée se situe à quatre jours du débat budgétaire à l'assemblée nationale concernant la défense. Un appel est lancé à tous les pacifistes de Sud Est pour réussir cette importante journée. 10h -12 h : Ateliers - Pourquoi les armes nucléaires sont elles illégales au regard du droit international ? Qu'est ce que le Traité de Non Prolifération Nucléaire ? Comment assurer la sécurité collective ? Les armes nucléaires sont elles compatibles avec une Culture de la Paix ? Quelles conséquences sanitaires des armes nucléaires ? (Essais, armes à uranium appauvri...) Que faire avec les 1.52 millions d'euros consacrés chaque heure, en France, au feu nucléaire ?

14h -16h : Table ronde - Faire de la révision du Traité de Non Prolifération de 05/2005 à New York, une étape décisive pour le désarmement nucléaire. Quelles actions citoyennes ? Quelles initiatives de la France et de l'Europe ? Avec la participation souhaitée de : Monsieur Daniel FONTAINE, Maire d'Aubagne, Président de l'AFCDRP - Monsieur Michel VAXES Député PCF, Maire de Port de Bouc - Madame Régine MINETTI Présidente du Mouvement de la Paix des BdR - Monsieur Pol D'Huyvetter de For Mother Earth de l'association belge (désarmement, écologie, droits humains) - Madame Marianne Moukoumel du Collège exécutif des Verts - Diaporama " La Culture de Paix en mouvement " 16h 30- 17h 30 : Manifestation et actions symboliques devant la base militaire - Mise en place d'un comité de vigilance pour l'application du T.N.P. Annonce d'une inspection citoyenne de la base d'Istres 18h - 20 h Concert pour l'élimination des armes nucléaires devant la base militaire - Informations sur le site www.mvtpaix.org (dossier de presse téléchargeable) - Premiers organisations signataires : ATTAC, Femmes Solidaires, CGT, CCFD, Femmes Internationales, Ni Putes Ni Soumises, CFDT, Les Alternatifs, Mouvement de la Paix, JOC, AMFPGN, PCF, FNTE-CGT, SNTRS-CGT, Réseau Jeunes-Léo Lagrange, AFASPA, MRAP, FFM, Appel des Cent pour la Paix, ...

=====> 2. 13 novembre : journée internationale de mobilisation contre le mur de séparation entre la Palestine et Israël

A l'appel des O.N.G. palestiniennes est organisée une semaine internationale de mobilisation pour dénoncer le mur de séparation entre la Palestine et Israël. Le Mouvement de la Paix qui oeuvre au quotidien pour la Paix au Proche-Orient et le soutien aux initiatives de Paix s'inscrit dans cette semaine de mobilisation : - en participant aux délégations des différents pays européens qui se sont rendus à Bruxelles le 9 novembre pour être reçus par la Commission et par les parlementaires européens - en se rassemblant partout en France le 13 novembre pour exiger du gouvernement français qu'il utilise les moyens dont il dispose pour faire respecter le droit international : Application de l'avis de la CIJ - Démantèlement du Mur - Suspension de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël tant qu'Israël ne se conformera pas à l'avis de la CIJ - Fin de l'occupation - Quelques dates et lieux de rendez-vous : A Paris, le 13 novembre à 14h00, Place de la Bastille. A Anger, le 13 novembre à 15 h place du ralliement. A Manosque, le 13 novembre à 10h00, Place Saint Sauveur. A Besançon, le 13 novembre à 14 h00, Place du 8 Septembre A Gap, le 12 novembre àà 18h00, esplanade de la Paix Retrouvez toutes les manifestations sur le site : www.france-palestine.org/rubrique38.html - Infos et contact : roland.claverie@mvtpaix.org

=====> 3. Vote du budget militaire le mardi 16 novembre - Mettez les parlementaires sous pression

Le compte à rebours est déclenché. Le mardi 16 novembre à 21 heures les députés plancheront sur le budget 2005 de la défense. Le Mouvement de la Paix a lancé une campagne d'interpellation des parlementaires dans tous les départements avec comme points d'appui : - pétition populaire (marchés, etc.), - lettre en direction des élus, - la déclaration du Mouvement de la Paix sur le Budget - Les réponses des parlementaires seront diffusées sur le site www.mvtpaix.org. N'hésitez pas à nous adresser un double de vos initiatives (courrier, article de presse, etc.) au siège du Mouvement de la Paix 139 bd Victor Hugo 93400 St Ouen. Par ailleurs, le Bureau national du Mouvement de la Paix a été reçu cette semaine par les groupes parlementaires UMP, UDF, PS. Informations : Aurélien Amsellem : clotildeaurelien@noos.fr

======> 4. Du 13 au 21 novembre 2004 : Semaine de la solidarité internationale

Du 13 au 21 novembre aura lieu la 7ème édition de la Semaine internationale de la solidarité.

De nombreuses structures (associations, ONG, collectivités territoriales, établissements scolaires ou universitaire, syndicats...) se mobilisent pour promouvoir la solidarité internationale au public le plus large possible. Cet événement est l'occasion de découvrir différents types d'engagements solidaires. C'est l'opportunité pour ceux qui s'investissent tout au long de l'année de faire parler de leurs actions et de partager leurs projets et leurs passions pour un pays ou pour une cause. Ces acteurs de la solidarité internationale sensibilise le public de tout âge par des animations des plus sérieuses aux plus festives sur le respect des droits humains, le volontariat, le développement durable, la différence des cultures, la paix... Par cette multitude d'initiatives, la Semaine de la solidarité internationale permet à chacun de trouver l'engagement qui lui convient le mieux pour construire un monde plus juste : partager son temps et ses compétences, participer à une campagne citoyenne, consommer responsable, épargner solidaire, adhérer à une association, voyager autrement ou simplement s'informer sur les enjeux de la solidarité internationale.

Au programme, 2 000 animations partout en France qui prendront de multiples visages :

Bus itinérant sur les droits de l'enfant à Nantes, Village de la solidarité internationale et festival Sol en Film à Lyon, conférence "Femmes et paix : quels espoirs ?" à Evry, exposition sur les enfants soldats à Caen, repas "insolent" théâtral sur les inégalités Nord Sud à Paris, marché du monde à Nancy, grand concert de solidarité à Castres, théâtre et cabaret aux saveurs de la planète à Grenoble, coup de projecteur sur l'eau à Metz, table ronde sur le tourisme solidaire à Lille, théâtre-débat "Commerce amer" organisé par les étudiants et enseignants de Nanterre...

Retrouvez le programme sur le site : www.lasemaine.org

=====> 5. Les 19 et 20 novembre 2004 : conférences " les Batisseurs de paix "

Vendredi 19 novembre 2004 sur invitation à retirer jusqu'au 7 novembre à l'accueil de la Cité des sciences (10h à 18h sauf lundi) ou par courriel à : vivreensemble@cite-sciences.fr - Samedi 20 novembre 2004 (auditorium, entrée libre) - Dans le cadre de la mobilisation contre l'antisémitisme, le racisme et l'intolérance, la Cité des sciences et de l'industrie a choisi de contribuer au débat et à la réflexion sur ce que veut dire " vivre ensemble ". Comment, dans des contextes où le ressentiment, le conflit, la violence tendent à déchirer le tissu social, construire ou reconstruire un " monde commun " ? Comment s'inspirer de ceux qui, malgré l'état de guerre, malgré la peur et la haine, travaillent ensemble à des objectifs communs ? Dans cet esprit, la Cité des sciences a résolu d'apporter son parrainage à la création d'un centre de culture scientifique à l'université palestinienne de Jérusalem-Est. Projet mené, conjointement, par des organisations israéliennes et palestiniennes. Autour de cette initiative emblématique et de la venue de ceux qui la portent, ces deux journées seront consacrées aux Bâtisseurs de paix, du Proche-Orient, du Rwanda, et d'Afrique du Sud. Leurs témoignages seront accompagnés de concerts de musiques, de lectures, de projections de films. Pour " vivre ensemble ", ici.

Pour plus d'informations : www.cite-sciences.fr

=====> 6. Séminaire international " reclaim our UN " (réapproprions-nous l'ONU) du 19 au 20 novembre à Padoue

Ce séminaire international qui aura lieu à Padoue en Italie mettra l'accent sur les initiatives proposées et les actions menées pour renforcer et démocratiser l'ONU dans le but d'instaurer un nouvel ordre international plus juste et plus pacifique. Une délégation du Mouvement de la paix conduite par Arielle Denis avec Daniel Durand et George Pellet se rendra à ce séminaire. Contact : Flavio Lotti - Tavola della Pace - Peace Roundtable - Via della Viola, 1 (06122) Perugia (Italy) - Tél. : +39 075 5736890 - Fax : +39 075 5721234 E mail : flavio@perlapace.it Retrouvez le programme sur le site : www.peacepoint.org

======> 7. Lutter différemment contre le terrorisme nucléaire, proposition du directeur de l'AIEA

Propos recueillis lors de la conférence Asie-Pacifique sur la sécurité et la protection nucléaires à Sydney. (Source : Centre de nouvelles ONU, le 08 novembre)

" La menace du terrorisme nucléaire réelle et présente doit être combattue en contrôlant mieux la production d'uranium enrichi et le retraitement du plutonium et en réagissant rapidement au non-respect des engagements pris, à l'inverse de ce qui a été fait à l'égard de la Corée du Nord " a souligné aujourd'hui le directeur de l'agence de l'ONU pour l'énergie atomique lors de la Conférence Asie-Pacifique sur la sécurité et la protection nucléaires de Sydney. " Alors que, pendant des siècles, les stratégies en matière de sécurité ont été fondées sur les frontières, le facteur déterminant de la modification drastique de la sécurité internationale a été la mondialisation ", a déclaré le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique Mohamed El Baradei. " Nos approches en matière de sécurité nationale et internationale doivent tenir compte de cette réalité ", a-t-il précisé, citant l'interdépendance de la société moderne et de la montée du terrorisme international en parallèle au mouvement incessant de personnes, d'idées et de biens. " L'existence d'une menace nucléaire est une menace partout et, en tant que communauté globale, nous gagnerons ou perdrons cette bataille ensemble ". Pierre angulaire des efforts en la matière, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), en dépit des failles dans le système, continue d'apporter des assurances importantes en matière de sécurité, en garantissant que, dans la grande majorité des Etats qui ne disposent pas de l'arme nucléaire, l'énergie nucléaire n'est pas détournée à des fins militaires, a souligné le directeur de l'AIEA. " Bien que le TNP soit parfois perçu comme un projet du monde industrialisé, il profite à tous, en dehors des clivages géopolitiques ", a-t-il indiqué, soulignant que des enseignements devaient être tirés de l'expérience en Iraq, en Iran et en Libye, ainsi qu'en Corée du Nord. " La leçon la plus importante est sans doute que la vérification et la diplomatie, utilisées de concert, peuvent être efficaces ". (...) La conclusion est qu'il faut trouver des moyens pour mieux contrôler les phases sensibles du cycle du combustible - à savoir la production d'uranium enrichi et le retraitement du plutonium - thème qui doit faire l'objet d'un rapport qui sera rendu en mars prochain. L'évolution de la Corée du Nord ces 18 derniers mois fournit également une leçon importante : " la communauté internationale ne peut se permettre de ne pas agir rapidement en cas de non-respect, et avant que ne disparaissent les alternatives possibles ". (...) La leçon finale, a-t-il déclaré, est que " de l'insécurité naît la prolifération. Pratiquement toutes les situations de prolifération concernent des régions où existent depuis longtemps des tensions. En d'autres termes, la prolifération nucléaire est un symptôme, et le patient ne peut être soigné si l'on ne remédie pas aux causes sous jacentes de l'insécurité et de l'instabilité. Par ailleurs, dans le domaine de la sécurité nucléaire contre le terrorisme, Mohamed El Baradei a indiqué que la coopération internationale était devenue la marque principale des efforts en la matière, mais que certains pays manquaient encore des moyens de lutter contre le terrorisme nucléaire et radiologique " La menace du terrorisme nucléaire est réelle et présente ". Il rappelle que l'AIEA distinguait quatre menaces principales : l'acquisition par le vol d'armes nucléaires, la création de dispositifs nucléaires utilisant des matériaux volés, l'utilisation de sources radioactives dans des engins à dispersion radiologiques, et les dommages radiologiques causés par une attaque ou le sabotage d'un site ou d'un véhicule de transport. Selon le directeur de l'AIEA, si certains experts partagent l'avis du directeur général du Service de sécurité du Royaume-Uni, pour qui " le lancement d'une attaque rudimentaire chimique, biologique, radiologique ou nucléaire sur une grande ville occidentale n'est qu'une question de temps ", pour sa part, l'agence a enregistré 630 incidents de trafic depuis 1993 dont 60 pour l'année 2003.

Le directeur de l'AIEA a souligné à cet égard l'importance de la prévention, de la détection et d'une réponse rapide et coordonnée. Retrouvez l'intégralité de l'article sur le site www.un.org/french/newscentre/

=====> 8. Projet : Jeunes de Trappes citoyens de paix

Dans le cadre de la Décennie internationale de la promotion d'une culture de la non violence et de la paix au profit des enfants du monde (ONU UNESCO), le comité du Mouvement de la paix à Trappes a instauré un projet pédagogique pour l'année scolaire 2004/2005 dans le but de développer une culture de paix et de non violence pour contrebalancer la banalisation de la violence dans les médias et les loisirs. Le 21 septembre dernier, dans le cadre de la journée internationale de la paix, 16 classes ont ainsi assisté à la projection du film " l'oiseau bonheur " suivie d'un débat. Tout au long des mois d'octobre et de novembre, une démarche de sensibilisation est abordée dans les classes par les enseignants autour de la rédaction de messages pacifiques formulés par les jeunes et de la confection des oiseaux symbolisant leur engagement. En décembre se tiendra une exposition regroupant les travaux d'élèves et en mai 2005 considéré comme étant le " mois de la paix ", de nombreuses festivités et rencontres ainsi que l'inauguration de la " Place de la Paix " célèbreront le 60ème anniversaire de l'armistice. Contact : Mouvement de la paix, Comité de Trappes et des environs, 3 square Yves Farge, 78190 Trappes. Mme Heurdier Nelly,Tél. : 06 607 23 61 34 ou Mme Liechti Yolande, Tél. : 01 30 51 84 67

======> 9. Adhésion du Mouvement de la Paix au CRID

Le Bureau National a présenté une demande d'adhésion du Mouvement de la Paix au CRID (Centre de Recherche et d'Information pour le Développement) suite à une rencontre d'Arielle Denis et Yves-Jean Gallas avec le délégué général du CRID, Bernard Pinaud.

Le Centre de recherche et d'information pour le développement rassemble aujourd'hui une cinquantaine d'associations de solidarité internationale (ASI) françaises qui :

* partagent une même conception du développement humain, solidaire et durable passant par le renforcement des sociétés civiles, travaillent en partenariat avec un réseau de 1 500 partenaires, dans les pays du Sud et de l'Europe de l'Est, engagés dans le développement de leur communauté, mettent en œuvre des actions d'éducation au développement en France et promeuvent des campagnes citoyennes, participent à la construction d'un "mouvement mondial de solidarité internationale" et cherchent à le déployer en France. Les membres du Crid représentent en France un réseau de 7 500 groupes locaux rassemblant 180 000 bénévoles. Le Crid bénéficie du statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations Unies. Le Crid a pour objectifs principaux de : - Développer une synergie de réflexion et prise de positions entre ses membres, - Promouvoir la solidarité internationale à travers la réalisation de campagnes citoyennes de plaidoyer, la coordination de la Semaine de la solidarité internationale, l'appui aux initiatives des acteurs locaux pour favoriser leur coordination et la sensibilisation de leur public, la construction d'une plate-forme d'éducation au développement et à la solidarité internationale. - Construire un mouvement citoyen mondial en faveur de la solidarité internationale.

Pour plus d'informations, consulter le site : www.crid.asso.fr

=====> 10. L'agenda 2005 du Mouvement de la Paix disponible fin novembre.

L'agenda 2005 du Mouvement de la Paix sera disponible au siège national du Mouvement de la Paix la dernière semaine de novembre.

Entièrement personnalisé, conçu particulièrement sur le désarmement et la culture de paix avec des textes de références, il est original par son contenu. Un outil indispensable pour être au fait des événements importants relatifs à la paix. L'agenda comprend une présentation du Mouvement de la Paix, les fondements de la culture de Paix, l'intégralité des contacts des comités de Paix en France ainsi que les partenaires internationaux. Son prix public indicatif de vente est proposé à 12€.

Des tarifs de commandes groupées sont proposés aux comités du Mouvement de la Paix.

Pensez à le commander dès maintenant, en contactant Daniel GILLES au siège national du Mouvement de la Paix : Par mail : daniel.gilles@mvtpaix.org - Par téléphone : 01.40.12.72.33 Par courrier : Commande de l'agenda 2005 - Mouvement de la Paix - 139 bvd Victor Hugo - 93400 Saint Ouen - From: <infospaix-admin@mvtpaix.org>


17) Découvrez L'HUMANITE Pendant 6 mois au tarif exceptionnel de 100 euros

Nom-Prénom Tél. Adresse - Règlement par chèque à l'ordre de l'Humanité - Retourner à l'Humanité - Service diffusion militante - 32, rue J.Jaurès - 93528 St Denis Cedex - Article paru dans l'Hebdomadaire "Les Nouvelles de Bordeaux et du Sud-Ouest " le Jeudi 2 Septembre 2004 - No 1558 - Abonnement 19,90 Euros pour l'année - Contact : nouvelles.SO@wanadoo.fr - Tél : 05.56.91.45.06 - Adresse : 15, Rue Furtado 33800 BORDEAUX


18) Cesaré BATTISTI : Ce n'est pas terminé

=====> [infocom-ldh] Communiqué LDH "Battisti : décret d'extradition signé

COMMUNIQUÉ LDH - Paris, le 25 octobre 2004 - BATTISTI : DÉCRET D'EXTRADITION SIGNÉ - La signature du décret d'extradition de M.Cesare Battisti marque un recul de l'État de droit et constitue une violation de la parole donnée. Alors que deux présidents de la République et plusieurs gouvernements avaient respecté les engagements pris au nom de la France, alors que cet homme, comme d'autres, bénéficiait de l'asile sur notre territoire, voici, qu'au bénéfice de " petits arrangements ", le gouvernement français avalise les procédures d'exception applicables en Italie. La LDH exprime son indignation face à une attitude qui porte en elle toutes les traces de l'arbitraire entre États et du renoncement à toute éthique. - From: "Infocom Ldh" <infocom-ldh@ldh-france.org>

=====> Cesaré BATTISTI : Ce n'est pas terminé

DEPECHE REUTERS (enfin quelque chose d'encourageant !) : Un arrêt de la Cour européenne relancerait l'affaire Battisti - mercredi 10 novembre 2004 (Reuters - 17:59) - STRASBOURG - La Cour européenne des droits de l'homme a demandé mercredi à l'Italie de modifier sa législation sur la contumace, jugée inéquitable car elle ne permet pas à une personne condamnée par défaut de bénéficier d'un nouveau procès. Dans un arrêt rendu à l'unanimité des juges, la juridiction du Conseil de l'Europe estime que "l'Italie doit supprimer tout obstacle légal qui pourrait empêcher la réouverture du délai pour faire appel ou la tenue d'un nouveau procès concernant toute personne condamnée par défaut qui, n'ayant pas été informée de manière effective des poursuites engagées, n'a pas renoncé de manière non équivoque à son droit de comparaître à l'audience". La Cour évoque à ce propos "une défaillance" dans l'ordre juridique italien qui pourrait "donner lieu à l'avenir à de nombreuses requêtes bien fondées". Cet arrêt concerne la requête d'un ressortissant de l'ex-Yougoslavie, Ismet Sejdovic, condamné par contumace à 21 ans et huit mois de prison en 1996 par la cour d'assises de Rome pour son implication présumée dans un meurtre commis en 1992 dans un campement de nomades. L'Alllemagne, où il avait été arrêté en 1999, avait refusé de l'extrader en considérant que le droit italien ne lui garantissait pas la réouverture de son procès. La Cour européenne conclut aujourd'hui au caractère inéquitable de la procédure de contumace en Italie. Cette décision pourrait ouvrir de nouvelles perspectives à Cesare Battisti, ancien activiste italien d'extrême gauche devenu écrivain et réfugié en France qui a été condamné par contumace dans son pays pour son implication dans quatre meurtres en 1978 et 1979. En l'absence de réforme de la législation italienne, la France courrait le risque d'être elle-même condamnée à Strasbourg si elle exécutait le décret d'extradition signé par Jean-Pierre Raffarin le 23 octobre à l'encontre de l'ancien militant des "Prolétaires armés pour le communisme". A l'inverse, une réforme du régime de la contumace pourrait inciter Cesare Battisti, qui est en fuite et clame son innocence par avocats interposés, à prendre le risque d'un nouveau procès. C'est au Comité des ministres du Conseil de l'Europe qu'il appartient désormais de veiller au respect de la décision de la Cour et d'inviter Rome à modifier sa législation. L'arrêt, qui a été rendu par la "petite" chambre de sept juges, n'est cependant pas définitif. Le gouvernement de Silvio Berlusconi dispose d'un délai de trois mois pour demander le renvoi de l'affaire devant la grande chambre. http://www.liberation.fr/page.php?Article=253083

- From: Via Libre 5 webmaster_vialibre@club-internet.fr


19) " Darwin et la Philosophie " de Patrick TORT* aux éditions KIME

Religion, morale, matérialisme - Darwin était-il philosophe ? Sous l'apparence anodine de la question, un piège : celui qui invite à réduire, pour la discréditer, la théorie darwinienne au caprice d'une subjectivité raisonnante, à l'arbitraire incontrôlable d'une vision ,du monde, voire à la tyrannie d'un système. Ce que fit Marx à partir de 1862, après une brève période de vif acquiescement matérialiste, en réduisant Darwin à Malthus et à Hobbes. Ce que firent après lui d'innombrables répétiteurs d'une leçon bien peu documentée qui assimilait la pensée darwinienne à une application des dogmes triomphalistes portés par les classes dominantes de la société victorienne. Ce que font encore bon nombre d'idéologues préoccupés d'établir qu'à l'égal de Spencer, Darwin était un chantre des mérites de la philosophie politique libérale. Or Darwin s'intéressait à la philosophie. Comme à la religion, à la morale et à la politique. Mais non comme s'y intéresse un " philosophe ". En six études précises, ce livre explique pourquoi.

*Patrick TORT est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages qui, depuis 1983, ont accompli une véritable refondation des études darwiniennes. Professeur détaché au Muséum, lauréat de l'Académie des Sciences, il a dirigé le Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution aux Presses Universitaires de France. Son dernier livre, La seconde révolution darwinienne, a été publié en 2002 aux éditions Kimé. - ISBN 2-84174-345-4 - 2004 | 80 p.| 13 € à commander aux Éditions Kimé 2, Impasse des Peintres 75002 PARIS

- Tél. : 01 42 21 30 72 - Fax : 01 42 21 30 84. - e-mail : kime.editions@wanadoo.fr - Site : http://perso.wanadoo.fr/kime/


20) [SLR] rapport final des états généraux de la recherche

Suite aux Assises Nationales de la Recherche, le rapport final des états généraux de la recherche est remis aujourd'hui aux ministres concernés. Il est disponible sur le site du CIP : http://cip-etats-generaux.apinc.org - From: bertrand@monthubert.net


21) PRATIQUES No 27 (Les cahiers de la Médecine utopique) : " Faire autrement pour soigner "

Oui, dans le champ du soin et la santé, on peut faire autrement dès aujourd'hui. Dénoncer certes la privatisation et les réformes en cours, mais aussi faire connaître et imaginer des alternatives. Il s'agit prioritairement d'identifier et combattre à la racine, les causes de nombreuses maladies : professionnelles, environnementales ou liées à la précarité, au lieu de gérer un système basé uniquement sur la consommation du soin, des examens et des médicaments. Pour cela, des professionnels libéraux, praticiens hospitaliers, citoyens, patients, proposent des changements radicaux dans la formation des soignants, le contenu et les modes de rémunération des professionnels, les rapports soignants soignés. Les pratiques coopératives, telles qu'elles existent dans certains réseaux de santé de proximité, les hôpitaux publics et la politique du médicament ne sont pas oubliées dans les transformations nécessaires. Construire un système de santé solidaire qui donne à chacun, lorsqu'il est confronté à la maladie, un égal accès à des soins appropriés, c'est l'ambition réaliste développée ici. Dans le hors-dossier, Claire Gekiere analyse les conséquences de l'invasion de l'outil informatique dans le soin en psychiatrie, appuyant la démonstration de Dominique Tavé et Denis Labayle sur les dangers du dossier médical partagé. Raoul-Marc Jennar montre comment la réglementation des brevets influe sur le prix des médicaments et empêche leur accès aux populations les plus touchées par certaines maladies. Jean-Pierre Lellouche analyse avec humour la publicité pour les laits de bébé et plaide, avec sérieux, pour l'absence d'excès dans les soins. L'actualité porte sur la réforme de l'Assurance maladie, la dérive évidente vers une logique marchande et sur la désaffection du métier de médecin généraliste. Dossier coordonné par Patrice Muller.

Prochain numéro : " Les pouvoirs en médecine " - Pour acquérir le numéro 27 Rédaction et abonnements : 52, rue Galliéni ~ 92240 Malakoff ~ France smg@smg-pratiques.info - pratiques@smg-pratiques.info - Ou voir sur Le site : http://www.smg.ras.eu.org/pratiques/


22) [ATTAC-FRANCE] AGCS : discours de Jacques Nikonoff en Autriche

INTERVENTION DE JACQUES NIKONOFF, PRESIDENT D'ATTAC-FRANCE,

CONFERENCE EUROCITIES DU 11 NOVEMBRE 2004,

VIENNE (AUTRICHE)

Participaient à ce débat :

Thom de Graaf, ministre de la réforme de l'Etat et des relations du royaume (Pays-Bas) ; Michael Heinrich, directeur de la stratégie des entreprises, VAMED (Autriche) ; Dirk Jarré, vice-président de la plateforme sociale européenne des ONG (Belgique) ; Geoff Mulgan, responsable de l'unité de stratégie auprès du Premier ministre (Grande-Bretagne) ; Jacques Nikonoff, président d'Attac-France (France) ; Rainer Plassmann, secrétaire général du centre européen des entreprises à participation publique et des entreprises d'intérêt général (Allemagne) ; Stephan Schulmeister, chercheur à l'Institut autrichien de recherche économique (Autriche) ; Günter Verheugen, commissaire européen pour les entreprises et l'industrie (Commission européenne).

Monsieur le maire,

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais remercier le maire de Vienne, Monsieur Michael Häupl, et le président d'Eurocities, Monsieur Wolfgang Tiefensee, pour leur aimable invitation. Nous avons été très sensibles à l'opportunité qui nous était donnée de vous faire part de quelques réflexions du mouvement Attac-France (Association pour la taxation des transactions financières et l'aide aux citoyens), présent dans 55 pays, dont ici même en Autriche. Vous m'avez demandé, dans un premier temps, de réagir aux propos qui viennent d'être tenus par messieurs Mulgan, de Graaf et Verheugen. Vous avez souhaité, ensuite, que j'intervienne sur la compatibilité des services publics avec le marché et sur la politique européenne de dérégulation en étudiant son impact sur les processus démocratiques et la cohésion sociale. Monsieur Mulgan vient de citer le philosophe chinois Lao Tse. Je voudrais, moi aussi, donner une citation de Lao Tse : " Surtout, n'entrez jamais en concurrence ". Je ne sais pas si elle fera plaisir à Monsieur Mulgan, mais son discours est totalement différent du papier que l'on m'avait remis avant la séance. C'est dommage, car c'est probablement avec lui que j'aurais eu le plus de convergences s'il s'en était tenu à son discours écrit. En effet, j'avais beaucoup apprécié le fait que Monsieur Mulgan explique l'arrêt des privatisations de services publics en Grande-Bretagne parce qu'elles n'apportaient pas de " valeur " aux citoyens. J'avais été très impressionné d'apprendre que la Grande-Bretagne était le seul pays européen à augmenter les impôts pour favoriser les investissements dans la santé, l'éducation et la protection sociale. J'aurais voulu faire deux commentaires au papier de Monsieur Mulgan. Le premier portait sur l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS). Cet accord, négocié au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), dont je dirai quelques mots dans un instant, vise à libéraliser " tous les services, dans tous les secteurs ". Si la Grande-Bretagne, aujourd'hui, a arrêté les privatisations de services publics, il faudrait connaître ceux qui sont " offerts " à la libéralisation dans le cadre de ces négociations. Monsieur Mulgan et le commissaire européen ici présents pourraient nous donner ces informations. Le deuxième commentaire portait sur les impôts. Nous considérons, à Attac, que la fiscalité est un des principaux moyens de la répartition des richesses, pour assurer la justice sociale et la réduction des inégalités. Nous pensons que l'obsession néolibérale à vouloir baisser la fiscalité est tout simplement répugnante. Il aurait donc fallu que Monsieur Mulgan précise si les augmentations d'impôts en Grande-Bretagne visaient cet objectif, ou si elles frappaient les ménages modestes. Je voudrais maintenant réagir à l'intervention du remplaçant du ministre de Graaf, dont je n'ai pas bien saisi le nom ni la fonction. En réalité, le papier de Monsieur de Graaf, lu par son remplaçant, n'apporte rien de nouveau. Nous avons entendu le catéchisme habituel de beaucoup de dirigeants européens, qui disent toujours la même chose et qui récitent le bréviaire néolibéral. L'agenda de Lisbonne, dont il a été question, est en réalité une stratégie visant à accélérer la mise en place du néolibéralisme en Europe. Il y aura d'ailleurs une manifestation européenne, le 19 mars 2005, à Bruxelles, à laquelle appellent le mouvement altermondialiste et la Confédération européenne des syndicats, sur les questions de l'emploi. Quant à Monsieur Verheugen, il ne m'a pas convaincu et il paraissait être en plein désarroi. Je pense qu'il a simplement essayé de se convaincre lui-même. Je ne comprends pas comment Monsieur Verheugen peut dire, d'un côté, que ce qui a été fait par la Commission européenne ces dix dernières années a été " bon et juste " ; et dire d'un autre côté que l'Europe est en retard sur les Etats-Unis dans tous les domaines. Il y a là quelque chose qui m'échappe. Pour le reste, Monsieur Verheugen a utilisé les mots magiques habituels des locataires de la Commission, dont les principaux ont été " concurrence " et " compétitivité ". Je n'ai pas entendu une seule fois les mots " solidarité " et " coopération ". Après ces brefs commentaires, je voudrais développer trois points : sur les privatisations, sur l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) et sur le traité constitutionnel européen.

=====> Les privatisations contribuent à la destruction de la cohésion sociale

A l'échelle mondiale, les privatisations ont été présentées comme le remède miracle censé permettre le développement des pays pauvres, assurer la transition vers l'économie de marché pour les pays de l'ancienne zone soviétique et l'assurance de la prospérité éternelle pour les pays de l'OCDE. En réalité, le motif des privatisations est d'ordre purement dogmatique et idéologique. C'est pour respecter le principe de la concurrence que les néolibéraux veulent réduire le secteur public. Pour eux la concurrence par le marché est censée - par principe - résoudre les problèmes supposés d'efficacité des monopoles publics, favoriser la baisse des prix et l'innovation.

Pourtant, presque tous les services publics constituent ce que les économistes appellent des " monopoles naturels ". Un monopole naturel, je le rappelle ici car cette référence ne fait pas partie du lexique européen, existe quand il est nécessaire aux entreprises d'avoir une certaine taille pour garantir une efficacité économique maximale afin de réaliser des économies d'échelle et ainsi fournir le meilleur service possible à un coût le plus faible possible pour la collectivité. Les monopoles naturels nécessitent également l'investissement de grosses mises de fonds au début, comme les rails de chemins de fer, les lignes à haute tension, les tunnels de métro, les réseaux de gaz, d'égouts, d'eau, de fils téléphoniques... Dans tous ces domaines, une véritable concurrence n'est pas possible, sauf à multiplier les lignes à haute tension, les réseaux d'égouts et les rails de chemin de fer par le nombre de concurrents... C'est pourquoi les monopoles publics sont la solution optimale évidente. Mais les néolibéraux considèrent que tout ce qui est public est par définition " inefficace ". L'idéologie de la privatisation a conduit en effet à s'aveugler sur la réalité suivante : contrairement au dogme de la supériorité absolue du secteur privé en matière de management, il existe des entreprises publiques excellemment dirigées et des entreprises privées qui le sont de façon catastrophique (Enron par exemple...). Derrière les prétextes avancés pour les justifier, il convient de saisir l'objectif géopolitique des privatisations. Les États-Unis ont un système économique et financier qui fonctionne à crédit sur le reste du monde. Ils possèdent, avec les fonds de pension et les fonds mutuels notamment, les plus gros investisseurs institutionnels de la planète. Ces derniers manquent d'espace dans leur propre pays et recherchent des possibilités de placements à l'étranger. Comment faire si les entreprises de ces pays n'ont pas d'actions émises sur les marchés et si les marchés eux-mêmes n'existent pas ou sont mal organisés ? Le résultat la libéralisation des marchés financiers est qu'aujourd'hui près de 40 % des actions des entreprises européennes sont détenues par des investisseurs non-résidents, principalement des Etats-Unis, réduisant ainsi à néant l'indépendance industrielle de l'Europe.

Les privatisations ont ainsi contribué à financiariser un peu plus l'économie mondiale en poussant artificiellement le prix des actions à la hausse et en encourageant les crises financières. De plus, les privatisations ont été utilisées comme ressources budgétaires pour les gouvernements. En France, les privatisations engagées depuis 1986 ont servi d'instrument de " gouvernabilité " au jour le jour. Les recettes considérables qui en ont été obtenues n'ont servi qu'à pallier le manque de recettes fiscales provoquées par le chômage de masse et au financement des dépenses courantes, au désendettement pour respecter les critères de Maastricht et à la recapitalisation d'entreprises publiques pour les préparer à la privatisation. L'impact sur la croissance (qualitative et quantitative) et l'emploi n'a pas été visible, contrairement aux promesses faites. Les privatisations ont même joué contre les salaires et l'emploi, les entreprises concernées se jugeant déliées de leurs responsabilités sociales. Il semble désormais que les privatisations aient acquis un objectif de maintenance électorale. Les gouvernements savent qu'ils sont désormais jugés sur leur capacité à réduire le chômage. Pour y parvenir, deux outils sont actuellement utilisés : la baisse des cotisations sociales et de la fiscalité patronales et le financement d'emplois de seconde catégorie dans le secteur non-marchand. Ces outils ne peuvent fonctionner qu'à partir de fonds publics. Où les trouver, si ce n'est dans le produit des privatisations puisque l'augmentation des impôts est jugée électoralement suicidaire et que les critères de Maastricht interdisent d'utiliser l'arme budgétaire et monétaire ? Mais le nombre d'entreprises à privatiser se réduit et les privatisations réduisent l'emploi. Tout cela ne fait pas une stratégie de long terme et moins encore un projet de société. Dans de nombreux cas, enfin, les privatisations ont donné des résultats calamiteux. La vente du patrimoine national, dans chaque pays européen, a certes fourni aux gouvernements de l'argent " dépensé pour se faire réélire ", ce qui est d'ailleurs très loin d'avoir donné de bons résultats, mais a aussi causé des désastres incontestables. La ruine complète du rail anglais symbolise désormais les privatisations. Dans le cas californien, l'argument des champions de la privatisation des régies d'électricité, à savoir que les prix baisseraient à la consommation, a été totalement démenti. Non seulement les prix se sont envolés, mais la Californie a connu des coupures d'électricité monstres et répétées, dont les conséquences économiques risquent de se faire sentir durablement au niveau tant local que national. Le conseil européen de Lisbonne, les 23 et 24 mars 2000, a de son côté appelé à une " accélération de la libéralisation des marchés du gaz et de l'électricité dans l'U.E. ". A partir de ces résultats, on peut facilement voir que le but de la privatisation n'est ni l'efficacité économique ni de meilleurs services pour les citoyens, mais simplement de transférer des richesses de la poche de l'Etat, qui pourrait les redistribuer pour combler les inégalités sociales, vers des mains privées. La Banque Mondiale a également imposé la doctrine de la privatisation au Sud. Dès 1991 la Banque avait déjà fait 114 prêts pour accélérer le processus, et chaque année son rapport " Finance du développement global " dénombre des centaines de privatisations effectuées dans des pays débiteurs auprès de la Banque. C'est l'un des plus gros hold-up de notre génération. La distinction entre ce qui est public et ce qui est privé est un aspect fondateur de l'ordre politique et démocratique : il existe ainsi des affaires qui intéressent la communauté dans son ensemble (le secteur public) et d'autres qui intéressent des individus ou des groupes particuliers (le secteur privé). La privatisation interdit cette préoccupation de l'intérêt général. Il faut s'y faire, dans nos sociétés, les dépenses d'intérêt général ne peuvent qu'augmenter, en valeur absolue et en pourcentage, et pour de bonnes raisons : on vit plus longtemps et les connaissances deviennent plus complexes. Cette croissance est même un signe de bonne santé économique, car il est sain de consacrer de moins en moins d'argent à des ordinateurs, des téléviseurs, des réfrigérateurs, dont la production est de plus en plus performante, et d'en consacrer de plus en plus à d'autres services, infiniment plus vitaux. Tant que la médecine sera efficace, c'est-à-dire tant que l'espérance de vie augmentera et que la douleur en fin de vie diminuera, la croissance des dépenses de santé sera une bonne nouvelle. De même, tant que le niveau culturel et professionnel d'un pays s'améliorera avec la croissance du budget de l'enseignement, la croissance des dépenses d'éducation restera justifiée.

=====> L'Accord Général sur le Commerce des Services est la principale menace qui pèse sur les services publics

Permettez-moi de rappeler brièvement ce qu'est l'AGCS. Ce processus a été engagé à Marrakech le 14 avril 1994, lors d'une réunion de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Son objectif est d'obtenir, par " une série de négociations successives ", une libéralisation et une privatisation de " tous les services de tous les secteurs ".

En 1997, un accord est intervenu sur les services financiers. En novembre 2001, à Doha, lors d'une nouvelle réunion de l'OMC, l'Union européenne a considéré que ces négociations n'avançaient pas assez vite. Elle a donc proposé - et obtenu - la mise en place d'un mécanisme de demandes et d'offres. Chaque pays adresse à chacun des autres pays la liste des services qu'il veut voir libéraliser chez eux (ce sont les demandes), et chaque pays annonce la liste des services qu'il est disposé à libéraliser chez lui (ce sont les offres). En septembre 2003, à Cancun au Mexique, lors d'une nouvelle réunion de l'OMC, l'Union européenne a encore voulu relancer le processus. C'est ainsi qu'un bilan sera effectué en mai 2005 et que tout devra être terminé pour le 1er janvier 2006. Tout ceci se fait, comme d'habitude, dans l'opacité la plus totale. A ce jour, 60 pays seulement ont formulé des demandes, et 42 des offres (sur 147 Etats membres de l'OMC). L'AGCS est une attaque frontale contre tous les services publics et avec eux, des valeurs de collectivité, solidarité et démocratie. Tout sera désormais subordonné à la marchandise. Les rapports humains deviendront alors eux-mêmes des marchandises, l'homme deviendra logiquement lui-même une marchandise. Avec l'essor des neurosciences et de la biochimie génétique, l'homme devient une matière transparente, naturelle, démontable, séquençable, avec l'image d'un corps, assemblage machinique de neurones ou de molécules. Tout peut donc se vendre : solide, liquide, minéral, végétal, animal et humain pareillement, se vendre et s'acheter. Nous en avons les plus claires manifestations récentes dans le brevetage du génome humain. Dans ce modèle, où la liberté de l'individu se confond avec celle de l'entreprise, l'individu doit lui aussi, pressé par l'urgence, s'épanouir dans la compétition, dans un mode de concurrence à l'autre généralisée. Dès lors, se réaliser c'est consommer, toujours plus, devenir toujours plus un super consommateur qui doit jouir le plus possible et le plus rapidement possible. " Chacun pour soi " devient " tous pareils ". Cela implique la fin du particulier, du singulier, qu'il soit individuel ou collectif : même consommation, même culture, un seul et même standard. Les différences éthiques, sociales, environnementales, culturelles, ne sont plus qu'autant d'entraves au commerce. Je voudrais, maintenant, essayer d'apporter quelques rapides éléments sur la manière d'imaginer l'AGCS s'installant demain parmi vous, les maires qui êtes ici, bouleversant peu à peu tous les repères de la vie quotidienne.

Essayons de nous représenter ce que serait, demain avec l'AGCS, une structure accueillant un public, comme une crèche, un service hospitalier, un centre médico-éducatif, une maison de retraite, un établissement d'enseignement. Avec l'AGCS, l'ensemble, la totalité, la finalité sociale, le but éthique auquel répond chacun de ces lieux ne présente aucun intérêt. Non, ce qui va intéresser l'AGCS, ce sont juste les différentes fonctions techniques qu'on peut y découper :

- l'accueil ;

- la restauration ;

- l'entretien des bâtiments ;

- le nettoyage ;

- l'animation ou l'enseignement ;

- le soutien psychologique.

Si vous livrez ce lieu à l'AGCS, sur la base d'appels d'offres, vous pourrez aboutir à toute une série d'interventions, en sous-traitance, de techniciens limités à leur tâche spécifique, réalisée dans l'urgence et la flexibilité, basée sur des choix purement technicistes et économistes, là où vous aviez une équipe, un collectif qui essayait de s'articuler de manière cohérente autour d'un objet commun, humainement considéré : des enfants, des patients, des personnes âgées, des élèves. Avec l'AGCS, si vous voulez conserver une cantine scolaire municipale, il faudra déjà pouvoir prouver lors de l'appel d'offre, la rentabilité de votre prestation, et si vous voulez introduire dans votre cahier des charges, la traçabilité des aliments, par exemple, connaître l'origine des viandes, ou interdire l'emploi d'aliments Organismes génétiquement modifiés (OGM), vous serez passible de poursuites judiciaires pour la raison que ces clauses constituent autant d'obstacles non nécessaires au commerce.

Cela signe la fin de toute intervention politique et collective dans les domaines économiques et sociaux. Cela signe donc aussi la fin de la démocratie, car l'exercice par les élus de leur pouvoir est extrêmement limité par l'accord. Les élus ne serviront plus à rien, ils seront remplacés par le marché. Les villes deviendront des marchandises, les unes en concurrence avec les autres, afin d'être " attractives ". Le mot " coopération " a été rayé du dictionnaire européen. Les élus ne seront plus que des " commerciaux ", une simple " force de vente ", des voyageurs de commerce tentant de délocaliser les entreprises de la ville voisine pour les relocaliser chez eux.

Alors que faire pour s'opposer à l'AGCS et défendre la démocratie ? En France, Attac a collecté pour l'instant près de 600 signatures de collectivités publiques, de toutes origines politiques, qui se déclarent " zone hors AGCS ". En Autriche, 300 signatures ont été collectées, dont celle de Vienne, par un collectif de 60 organisations dont fait partie Attac-Autriche. Les 13 et 14 novembre, dans la banlieue de Paris, se tiendront des Etats généraux des collectivités publiques françaises contre l'AGCS. Nous allons échanger nos expériences et décider d'initiatives auprès du gouvernement français et de la Commission européenne pour exiger un moratoire. Nous envisageons d'organiser des Etats généraux à l'échelle européenne. Les représentants des collectivités publiques ici présents, qui seraient intéressés pour organiser et participer à ces Etats généraux européens, peuvent me contacter ou m'envoyer un mail.

=====> Le traité constitutionnel européen est défavorable aux services publics

Attac-France considère que le terme de Constitution pour qualifier ce texte est parfaitement abusif. D'une part, parce que le processus utilisé pour l'élaborer n'a rien à voir avec un processus constituant, qui supposerait l'élection d'une assemblée constituante. D'autre part, parce qu'une Constitution fixe un cadre au sein duquel peuvent être menées des politiques différentes, voire contradictoires. Or les politiques de l'Union, telles qu'elles sont précisément définies dans la partie III du texte, ne laissent aucune place à des alternatives au néolibéralisme, quand bien même elles seraient souhaitées par la majorité des citoyens des Etats d'Europe. Il faudrait pour cela réviser le traité, ce qui suppose l'unanimité des 25 signataires. Autant dire une mission impossible. Dans ces conditions, ce qui nous est proposé sous la forme d'un " traité constitutionnel " ressemble effectivement à une Constitution pour ses aspects institutionnels, mais sans avoir respecté les règles démocratiques d'un processus constituant, et s'apparente à un manifeste idéologique pour le contenu des politiques de l'Union. Non dénonçons par conséquent le contenu de ce traité et formulons des exigences dont je ne donne ici que quelques exemples liés aux services publics. La solidarité doit être une valeur et une norme de l'Union. Pourtant le traité ne mentionne pas la solidarité comme valeur de l'Union, alors que sont citées, entre autres, la liberté et l'égalité. La concurrence ne saurait être un objectif et une norme supérieur de l'Union. Pourtant, un article du traité, relatif aux objectifs de l'Union, indique que " l'Union offre à ses citoyennes et citoyens (...) un marché unique où la concurrence est libre et non faussée ". Nous demandons que la coopération se substitue à la concurrence. Les services publics doivent être inscrits comme objectifs de l'Union et affranchis des règles de la concurrence. Nous demandons que les services publics (dits " services d'intérêt général ") ne soient pas relégués aux parties II et III du traité, mais figurent dans la première partie (" Définition et objectifs de l'Union "). Nous demandons l'élimination de toute référence à la concurrence à leur sujet. Un article généralise le vote à la majorité qualifiée pour toute conclusion d'accords commerciaux. Avec une demi-exception cependant : l'unanimité est requise dans le domaine des services culturels et audiovisuels, mais seulement " lorsque ceux-ci risquent de porter atteinte à la diversité culturelle et linguistique de l'Union ". Nous demandons la suppression de cette clause, dont il n'est pas précisé qui en apprécierait la validité, et nous demandons également que la santé et l'éducation continuent également à relever du vote à l'unanimité. Cette exigence est d'autant plus importante que l'AGCS constitue une menace permanente sur ces trois secteurs, et que l'on connaît la propension de la Commission à les troquer contre des concessions dans d'autres secteurs. Mesdames et Messieurs, croyez bien que c'est parce que nous sommes européens que nous combattons le contenu de ce traité qui ne peut que continuer, un peu plus encore, à défaire l'Europe. Je vous remercie.

http://www.france.attac.org/a3666 - From: "Attac France" <attacfr@attac.org>


23) Recherches internationales : LA SOCIÉTÉ CIVILE INTERNATIONALE

LE DERNIER NUMÉRO DE RECHERCHES INTERNATIONALES EST PARU. IL EST CONSACRÉ À

LA SOCIÉTÉ CIVILE INTERNATIONALE * Michel Rogalski - Irak : course au pouvoir sur fond de rejet américain [Éditorial] * Hassane Zerrouky - Abdelaziz Bouteflika où la régression programmée de l'Algérie * Fausto Sorini - L'illusion fragile du " Parti européen "

===> LA SOCIÉTÉ CIVILE INTERNATIONALE

* Michel Rogalski - Société civile, gouvernance mondiale : les concepts de la mondialisation : Présentation * Robert Charvin - Les ONG : grandeur et servitude * Hakim Ben Hammouda - Réinventer le politique dans le monde arabe * Paul Euzière - Sociétés civiles au "Nord" et au "Sud" de la Méditerranée * Eric Mulot - Les ONG au secours de la Banque mondiale

===> TRACES * Claude Cartigny - 1974-1980 : flux et reflux d'un mouvement révolutionnaire

===> NOTES DE LECTURE * Michel Rogalski - Du côté des revues - Jacques Charby : Les porteurs d'espoir [Michel Rogalski] - Mohamed Benchicou : Bouteflika : une imposture algérienne [Paul Euzière] - Daniel Durand Irak : qui a gagné ? [Michel Thouzeau] - Paul Euzière : Passions algériennes - Itinéraires pour une réflexion

[Waciny Laredj] - Amnon Kapeliouk : Arafat, l'irréductible [Paul Euzière] - Caroline Fourest, Fiametta Venner Tirs croisés - La laïcité à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman [Lucienne Musarella] - Andréa Réa, - Maryse Tripier : Sociologie de l'immigration [Jean Magniadas] - Binka Le Breton : Le piège ! : Les esclaves d'aujourd'hui [Nadir Zouaoui] - Anne Tristan, René Monzat / Ras l'Front : Petit manuel de combat contre le

Front National [Jean Tabet] - Jean Guisnel : Délires à Washington. Les citations les plus terrifiantes

des faucons américains [Jean-Paul Hébert] - Sonia Boissard & Nicolas Gravier [Dir.] : Guide des ONG françaises en Amérique latine - 2004 [Michel Rogalski] - RITIMO : Solidarité internationale - Répertoire des acteurs - 2004

[Michel Rogalski] - Livres reçus

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http://www.internatif.org/EspMarx/ - Chèques à l'ordre de Recherches internationales] - From: Rogalski@internatif.org (Michel Rogalski)


24) Revenu d'existence ou droit de vivre dans la securité ? Par François Congost, économiste.

Les centaines de " recalculés " qui demandent la reconnaissance de leurs droits posent de fait la question d'une véritable garantie de ressources pour les sans-emploi. Ils refusent en même temps d'être relégués dans le ghetto des minima sociaux. Ces derniers, s'ils représentent une mince planche de salut pour nombre de rejetés du système d'assurance chômage, les confinent dans la pauvreté, l'exclusion, et de fait, compromettent les efforts de formation et de retour à l'emploi. Cela d'autant que les dispositifs d'insertion s'accompagnent trop rarement de formations véritablement qualifiantes et que les politiques d'emploi des entreprises ont plutôt tendance à exclure qu'à intégrer. Les " recalculés " portent cette exigence d'une garantie de revenu mais dans le cadre du système d'indemnisation du chômage des travailleurs salariés, c'est-à-dire dans une structure qui, même si elle est actuellement en crise et a de plus en plus de mal à jouer son rôle, est prévue pour fournir une ressource entre deux périodes de travail. Une structure qui est doublement liée à l'emploi : par sa finalité mais aussi par son financement puisqu'elle met à contribution et les salariés qui ont un emploi et les entreprises qui le leur proposent. Ce lien à l'emploi établi par la grande masse des chômeurs ruine par avance le projet de certains d'établir un revenu universel d'existence qui en serait déconnecté. Depuis les années soixante-dix, sous des appellations différentes, " revenu garanti ", " allocation universelle ", des personnalités, des mouvements d'idée, des associations proposent que l'État ou la société assure à chacun un revenu minimum inconditionnellement garanti couvrant les besoins élémentaires. Paradoxalement, le projet a d'abord été avancé par la droite américaine. En France, c'est un ministre de Giscard d'Estaing, Lionel Stoléru (1) qui le reprend. Des ultralibéraux comme Milton Friedman, aux États-Unis, Guy Sorman, en France, proposent la suppression du SMIC, des allocations familiales et de chômage, et leur remplacement par un revenu d'existence universel. À gauche, jusque dans les années quatre-vingt, la démarche est combattue, le plein emploi apparaissant comme le seul but. C'est seulement après le tournant de 1984 et sa conversion à la politique de franc fort, de baisse des coûts salariaux, que le Parti socialiste commence à reprendre à son compte l'idée d'un revenu minimum. Il avance l'idée d'un accompagnement social dans la mesure où il renonce à afficher un projet de transformation de la société. Il s'agit de rendre acceptable une montée du chômage et de la pauvreté considérés comme la conséquence inévitable de la mondialisation. La politique de la rustine triomphe ! Et effectivement, la montée des revenus sociaux accompagne celle du chômage. Il y a débat cependant, et finalement prévaut l'idée qu'un tel revenu ne peut être détaché d'un projet d'insertion. Le RMI est né et des centaines de milliers de personnes vont y basculer. Les partisans du revenu inconditionnel ne renoncent pas, d'autant que le dispositif se révèle totalement inefficace en matière de retour à l'emploi. Ils ont du mal cependant à rallier l'opinion. Comment, en effet, proposer autre chose que des minima si dans le même mouvement l'on renonce à développer l'emploi efficace et la création de richesse ? Où trouver des sommes aussi considérables ? Qui devra payer, les salariés ayant un emploi ? Et si l'on se donnait pour ambition de disposer des moyens pour financer enfin des maxima plutôt que des minima ? Comment y parvenir cependant si l'on refuse de mettre en cause les gestions patronales et les politiques publiques de l'emploi qui étouffent la croissance ? Le choix est clair : soit l'on renonce à bousculer le système et l'on n'aura que des minima de plus en plus minimes, soit on ambitionne d'aller progressivement vers des maxima mais pour cela, il faut changer l'ordre des choses. Cela ne signifie pas qu'il faille ne pas penser autrement l'emploi. Au contraire. Le travail aujourd'hui ne peut atteindre sa pleine efficacité sociale que s'il est conçu dans d'autres relations avec le hors travail, avec la formation essentiellement. C'est là le sens de la proposition d'une sécurité d'emploi ou de formation, système qui permettrait un développement sans précédent des individus et de la richesse sociale grâce à l'institution d'un droit à la formation à vie, avec une succession de passages d'un bon emploi à une bonne formation, dans une continuité de bons revenus et de droits sociaux. Cela permettrait d'assurer bien plus que le droit d'exister. (1) Cf. Laurent Geffroy, Garantir le revenu. Histoire et actualité d'une utopie concrète, Éditions La Découverte, mars 2002. Article paru dans l'édition du 14 mai 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


25) Histoire : Chronique de la Révolution française (II)

L'actualité éditoriale ne se dément pas. Claude Mazauric présente un nouveau choix d'auteurs et de travaux (1) qui creusent et renouvellent les connaissances de cette période clé. La Révolution française, dynamiques, influences, débats 1787-1804, par Michel Biard et Pascal Dupuy, Armand Colin, 2004, 348 pages, 30 euros. Périssent les colonies plutôt qu'un principe, sous la direction de Florence Gauthier, Société des études robespierristes, 2002, 120 pages. Haïti, première république noire, sous la direction de Marcel Dorigny, SFHOM/APECE, 2003, 268 pages.èuvres complètes de Louis-Antoine de Saint-Just, édition établie par Miguel Abensour et Anne Kupiek. Éditions Gallimard, 2004, 1 248 pages, 13,50 euros. 1789, l'année sans pareille, par Michel Winock, Perrin, 2004, 308 pages, 9 euros. Les Procédures électorales en France, par Philippe Tanchoux, préface de Michel Pertué, Éditions du CTHS, 2004, 628 pages. Le Roi s'enfuit, par Timothy Tackett, traduit de l'Américain par Alain Spiess, préface de Michel Vovelle. La Découverte, 2004, 290 pages, 19,50 euros. L'annonce périodique qu'on en aurait prétendument " fini " avec la Révolution française, en entendant par là qu'il n'y aurait plus grand-chose à dire de cette vieillerie devenue insignifiante - au sens propre du mot - depuis que Furet lui en aurait réglé le compte, est constamment démentie par les faits, notamment éditoriaux. Semaine après semaine paraissent de nouvelles études, de nouveaux ouvrages qui relancent le débat, explorent de nouveaux chantiers, réinterprètent des épisodes qu'on croyait bien connus. Voici donc un nouveau bouquet de ces travaux, dont on ne saurait négliger de souligner l'utilité et l'intérêt.

=====> Michel Biard et Pascal Dupuy publient sous leur commune signature un très remarquable essai interprétatif de la période de la Révolution, depuis ses prémisses (1787) jusqu'à la proclamation de l'Empire napoléonien en 1804. Entièrement repensée et construite sous l'éclairage international des recherches et des travaux récents, leur entreprise dépasse de loin ce qu'on pouvait attendre d'un " livre manuel " : de ce fait, il ne dispensera pas le lecteur de recourir aux excellents récits analytiques antérieurs des divers auteurs (Aulard, Mathiez, Lefebvre, Soboul, Vovelle, etc. je ne les citerai pas tous !). Mais à travers la triple invocation des " dynamiques " internes à la période, de " l'influence " directe ou médiate, voire paradoxale, de la France révolutionnaire en Europe et dans le monde, puis des " débats " interprétatifs que l'événement ne cesse de susciter, on sait gré à ces deux auteurs solidement informés de nous proposer un aperçu global de l'état actuel des questions, sans que jamais le discursif ne l'emporte sur le récit ou l'abord théorique. Certains chapitres paraîtront particulièrement neufs à ceux qui n'ont pas eu accès aux discussions et polémiques récentes mais les autres y trouveront un aperçu synthétique de premier ordre, par exemple avec le chapitre V " La République assiégée (1792-1794) ", qui opère une précieuse clarification des formes et du contenu du pouvoir " jacobin ", ou avec le chapitre XI " Résistances et oppositions ", qui propose une identification profonde des obstacles rencontrés par la France révolutionnaire qui n'en masque pas les contradictions, voire les impasses. Pensé à deux voix mais rédigé par deux auteurs à l'écriture personnelle, élégante et précise quoique différente mais attentive à rechercher l'harmonie, le Biard-Dupuy fera date ; on regrettera cependant le trop petit nombre des illustrations et graphiques et que la bibliographie soit trop arbitrairement réduite aux ouvrages postérieurs au bicentenaire (mais pas toujours... alors pourquoi ceux-ci et pas ceux-là ?).

=====> Aujourd'hui, on ne l'ignore plus ni ne le sous-estime, l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises par la Convention nationale avec le décret du 14 pluviôse an II (4 février 1794) est une grande date, symbolique évidemment, mais politique tout aussi bien et qui eut son efficacité, moins relative qu'on ne le disait autrefois. Sanctionnant la résistance des Africains déportés au titre de la " traite " et la victoire insurrectionnelle des esclaves d'origine africaine de Saint-Domingue, le décret visait à en étendre l'effet à toutes les colonies, mais du fait des circonstances et du sabotage des colons et pour diverses autres raisons, sans pouvoir l'imposer hors de la Guadeloupe. En 2002, parut sous l'égide de la Société des études robespierristes et sous la direction de Florence Gauthier, un recueil de diverses contributions autour du thème de cette abolition, sous le titre Périssent les colonies plutôt qu'un principe ! repris de l'article " Traite des nègres " du chevalier de Jaucourt, paru dans l'Encyclopédie de Diderot : excellente publication, qui soulevait plus de questions qu'elle ne visait à en résoudre, mais qui ne cèle rien des tentatives obstinées des divers " lobbys " de préserver l'esclavage des Noirs. Voici que paraît aujourd'hui, sous la direction de Marcel Dorigny, un ouvrage remarquable consacré à Haïti, première république noire des temps modernes, qui célèbre son bicentenaire dans les affreuses conditions qu'on sait. Occasion pour nous de saluer par-dessus les saletés du temps, les contremarches de l'histoire et l'action destructrice des impérialismes, les deux cents ans de la première république durable fondée par des esclaves libérés par eux-mêmes : point d'origine et de constitution du grand peuple d'Haïti et d'une haute culture, celle d'une " nation " en vérité, comme l'écrit justement Dorigny. Mais à quel prix ! Celui d'une résistance armée à la tentative de rétablissement de l'esclavage par Bonaparte sous la pression des intérêts coloniaux, celui d'une guerre terrible, marquée par des massacres gigantesques, l'action des chiens chasseurs d'hommes, sanctionnée après la victoire par la fausse " normalisation " des rapports franco-haïtiens, la dette esclavagiste jamais réglée, dominée par l'imposition à leur propre peuple des modèles colonialistes par les élites du pays, souvent composées des anciens " libres de couleur ", marquée par les entreprises de domination ou d'intervention des puissances occidentales et des États-Unis. La " fatalité " insulaire a quelquefois bon dos ! Des auteurs et des chercheurs bien informés, des questions vives abordées avec sérieux : un livre indispensable à qui veut s'informer de l'histoire des origines de la République d'Haïti, pour tenter d'en comprendre en profondeur la crise présente, sans se laisser dominer par les aspects les plus sinistres de l'actualité.

=====> Revenons en France, avec la publication en format de poche des èuvres complètes de Saint-Just : hors les textes directement politiques (rapports et discours autrefois publiés par Albert Soboul dans les " Classiques du peuple "), on y trouvera de premières rédactions comme Organt datant de son adolescence, des fragments et brouillons de pensée théorique, des notes ayant valeur de projections dans l'utopie ou dans un avenir supposé possible, le témoignage d'une culture assumée. Le rêve prospectif, la pensée analytique et le devoir d'action, tout ensemble unis dans la même tension créatrice. Tout Saint-Just est dans cette manière de construire l'idée de la cité future à partir du présent des choses, lequel impose de choisir radicalement sa juste et propre voie, comme, à l'occasion du procès du roi, quand Saint-Just formule le choix radicalement moderne et absolument fondateur du tyrannicide. Savoir lire ces textes. C'est à quoi, fort savamment, Miguel Abensour et Anne Kupiek invitent le lecteur en lui proposant de prendre ces écrits pour ce qu'ils sont dans leur écriture réelle, leur facture matérielle, leur intentionnalité originelle, toute une pragmatique textuelle qui leur donne une grande portée. On doit s'en féliciter. À côté de Saint-Just, qui n'apparaît qu'en 1791 sur le devant de la scène politique, les témoins, à l'instar du bon observateur que fut le député Adrien Duquesnoy, convoqués par Michel Winock dans la réédition de sa vaste chronique 1789, l'année sans pareille, laquelle parut en feuilleton dans un quotidien du soir l'année du bicentenaire, sembleront souvent assez pâles, ou bien innocents, ou finement manouvriers. On aurait tort d'en juger ainsi, car ceux qui furent les premiers témoins et bien souvent les acteurs de la première année de la Révolution ont eu l'inégalable mérite de raconter ou de se lancer dans une aventure dont ils ont presque immédiatement saisi la portée, s'effrayant autant de leur propre audace que de celle des " peuples " en mouvement, comme on cessera bientôt de le dire en usant du pluriel. Les quarante journées, épisodes, moments ou thèmes qui structurent le livre de Winock, forment un récit composite qui donne un bon aperçu d'un peuple soulevé comme il n'y en avait jamais eu dans l'histoire des nations. Cependant, la place faite dans ce récit à épisodes, aux émois, angoisses et manouvres des élites dominantes ne laisse pas toujours deviner comment à l'arrière-plan s'éveille l'intelligence politique des " affamés ", celle du " quatrième pouvoir ", voire l'initiative de ces " citoyen(ne)s " des bas-côtés dont la mobilisation poussera jusque dans ses derniers retranchements la révolution libérale, bientôt conservatrice qui formait tout l'horizon des gens bien nés, que la convocation des États généraux mit en mouvement à partir de 1788. N'est-ce pas d'ailleurs dans cette dialectique de la pression populaire et de la recherche de sa légitimité par la bourgeoisie dirigeante, qu'il faut comprendre le soin infini qu'il fallut déployer pour construire des " constitutions " reconnaissant à la fois la souveraineté nationale fondée sur le principe de la citoyenneté, le principe du régime représentatif de cette souveraineté et des systèmes électoraux qui puissent garantir que le pouvoir demeurerait dans la main des plus qualifiés par le savoir, l'initiative ou la richesse, pour l'exercer sans faiblesse ? Philippe Tanchoux, dans un vaste et rigoureux traité, nous dresse l'inventaire très précieux des procédures électorales qui, en France, ont accompagné le passage de l'exercice du droit de suffrage de son usage " corporatif " d'avant 1789 à son usage politique dès 1789 et l'auteur poursuit son enquête jusqu'en 1914, date limite de son immense travail. On ne pourra plus évoquer les manières de voter sans recourir à ce solide ouvrage.

=====> Tout autre et combien féconde dans sa dynamique explosive, se manifeste la présence populaire dans le dernier livre que nous évoquerons ici. Un dernier livre mais non le moindre : le Roi s'enfuit, de l'historien américain, professeur à l'université de Californie à Irvine, Timothy Tackett. Revenant aux sources primaires de cette histoire, le propos de Tackett se signale par trois caractères qui en font l'originalité et l'importance. D'abord un récit minutieux comme si nous y étions, de la tentative de fuite de Louis XVI, le 21 juin 1791, de la minutie et de la précision de sa préparation et de son organisation, des incertitudes tout aussi bien du projet, enfin de sa réalisation qui a été tenue en échec à Varennes, moins en raison de l'ineptie de la famille royale et de son subjectivisme absurde ou parce que l'affaire aurait été mal ficelée et bricolée, qu'en raison de l'extraordinaire vigilance des patriotes champenois (Drouet en particulier) et lorrains, alertés par les mouvements de troupes antérieurs et, la nuit puis le jour venant, par l'allure suspecte du convoi royal. Le lecteur suivra avec passion, mieux encore que dans le film la Nuit de Varennes d'Ettore Scola, le récit de cette fuite avortée, la poursuite sur un rythme haletant d'une chevauchée ponctuée des nécessaires arrêts aux relais de poste et des dépassements ou croisements du convoi par les " messagers " de tout bord. Tackett donne ainsi à voir en profondeur l'immense émotion populaire qui s'empare progressivement du royaume, à mesure que l'information traverse le pays, depuis la Champagne et Paris jusque dans ses plus lointains confins. Le roi félon, qui avait signé avant de quitter Paris une lettre dans laquelle il avait renié tous ses engagements solennels antérieurs, devient immédiatement dans la représentation populaire, non seulement le " roi cochon " (allusion à sa boulimie) mais surtout le roi traître, car comment autrement justifier sa fuite en direction de la frontière impériale de Belgique, alors autrichienne ? Toutes les tentatives postérieures de blanchir Louis Capet, comme on le désignera l'année suivante, proposées par les conservateurs comme Barnave au nom de l'intérêt public ou de la légalité constitutionnelle, qui faisait de lui le premier " fonctionnaire " de l'État, ne pourront jamais lui faire regagner le terrain perdu ou atténuer la détestation dans laquelle on les tenait du côté des " patriotes ", lui et Marie-Antoinette, sa femme. Enfin, recontextualisant l'affaire, l'historien américain voit à juste titre dans l'épisode de la fuite manquée du roi, l'origine de la mise en système d'un mode de pouvoir révolutionnaire que, deux ans plus tard, on théorisera sous l'appellation de " Terreur " : selon lui et telle est sa thèse fondamentale, la contre-révolution, c'est-à-dire le refus organisé des créations de 1789, en est la cause fondatrice et le mode de gouvernement que l'Assemblée constituante sur sa fin, et les pouvoirs publics imaginèrent pour suppléer à la carence royale à la fin de juin et en juillet 1791, dessine les traits majeurs du pouvoir d'exception qu'exercèrent les jacobins vingt-quatre mois plus tard. Venant d'un historien d'outre-Atlantique, l'un des plus savants et des plus respectés, cette thèse porte un coup terrible aux positions des tenants de l'historiographie conservatrice ou d'inspiration fureto-ferriste, dont l'objectif avoué est tantôt de concevoir l'épisode de la Terreur comme consubstantiel à la Révolution commencée en 1789 (sous-entendu, bonnes gens, regardez où vous mettez les pieds !), tantôt d'en déconnecter la nécessité concrète du circonstanciel de guerre extérieure et de guerre civile intérieure dont elle se rendit victorieuse avec la politique dite de " Salut public ". On ne se privera donc pas de dire tout le bien qu'on pense d'un ouvrage alerte, subtil, bien traduit et magnifiquement informé même si quelques travaux antérieurs très puissants comme la Chute de la royauté de Reinhard, ou diverses recherches sur la biographie postérieure de Drouet (futur babouviste) ou sur les mouvements paysans de 1791, méritaient d'être mieux pris en considération. Une réserve cependant : voir dans " l'épisode de juin 1791 ", un " moment essentiel dans la naissance du nationalisme français " (p. 190), me paraît erroné et reposer sur une confusion bien connue et depuis longtemps stigmatisée, notamment par Godechot, entre " nationalisme " et " patriotisme " : malgré le discours girondin qui prend son élan dès l'automne de 1791, avec l'idée de " croisade de la liberté ", identifier le " patriotisme " révolutionnaire des années 1789 à 1794, qui signifie défense de la révolution et de la souveraineté nationale entendue comme citoyenneté, avec le " nationalisme ", idéologie et réalité du siècle suivant, n'est pas pertinent. Certes l'esquisse de ce nationalisme peut s'entrevoir dans le slogan de Bonaparte exaltant la " Grande Nation ", mais son emploi ne semble pas concevable avant que ne s'enclenchent les guerres de conquête pour l'hégémonie en Europe et dans le monde colonisé, qui vont caractériser la période suivante et le siècle postérieur. C'est d'ailleurs ce que suggèrent fort bien Biard et Dupuy dans le chapitre XIII : " Le monde et la Révolution " de leur traité ! En conclusion, renvoyons donc à cet ouvrage, dont on montrera ainsi toute l'utilité. Claude Mazauric, historien (*) Dernier ouvrage paru : Albert Soboul (1914-1982), un historien en son temps, aux Éditions d'Albret, 2004. (1) Voir la Chronique de la Révolution française dans notre édition du 20 février dernier. Article paru dans l'édition du 28 mai 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


26) Sociologie : L'échafaudage néolibéral

Frédéric Lebaron montre que loin d'être naturelle, la mondialisation économique est un phénomène social entièrement construit. Le Savant, le Politique et la Mondialisation par Frédéric Lebaron, éditions du Croquant, décembre 2003, collection Savoir/Agir, 186 pages, 9 euros. Il n'y a pas de fatalité économique de la mondialisation ; ce sont les décisions et les représentations de quelques milliers d'hommes à l'échelle de la planète qui l'ont construite : tel est le propos du dernier livre du sociologue Frédéric Lebaron, publié aux éditions du Croquant (www.editionsducroquant.org). Au-delà de l'étude du phénomène de mondialisation, c'est une excellente critique de toute forme d'économisme : ce sont les hommes qui font l'histoire, pour le meilleur et pour le pire. L'ouvrage a l'originalité d'aborder la question de la mondialisation avec un regard analysant le processus et les agents sociaux de sa production. Déconstruction sociologique d'une construction sociale, donc, dans la perspective de la sociologie de Pierre Bourdieu, dans laquelle s'inscrit la démarche de l'auteur. La thèse développée et argumentée à partir d'un ensemble de travaux économiques et sociologiques récents est triple : la mondialisation n'est pas une fatalité économique mais une construction historique, intellectuelle et politique ; elle résulte de la mise en éuvre, à partir des années soixante-dix, d'un programme d'action politique et économique, le programme néolibéral ; deux groupes sociaux sont les acteurs essentiels de cette construction : les économistes et les responsables politiques. " La notion de mondialisation cache et exprime tout à la fois la mise en éuvre progressive d'un programme politique dont la cohérence est autant pratique qu'intellectuelle ", résume l'auteur (p. 26). Ce sont des décisions politiques - déclin du contrôle des capitaux, abandon du système des changes monétaires fixes, absence de mesures de limitation de la spéculation financière internationale - qui ont favorisé la contrainte des marchés financiers sur les économies et les États. L'objectif de ce programme néolibéral est de faire jouer les mécanismes de marché dans tous les domaines, au nom de l'efficacité et du bien-être collectif. C'est à partir des années soixante-dix que le néolibéralisme se présente comme porteur de solutions aux problèmes économiques des grands pays capitalistes - maintien d'une forte inflation, chômage croissant - et comme une alternative aux politiques keynésiennes qui dominaient le monde capitaliste. Ce programme, appliqué à la fois dans le domaine des échanges, de la monnaie et du marché du travail, de manière plus ou moins brutale selon les pays, est devenu, après l'effondrement des pays " socialistes ", une forme de pensée et d'action quasi universelle. C'est donc la mondialisation de ce programme qui a produit la mondialisation économique et non l'inverse : la mondialisation a été une révolution politique et intellectuelle avant d'être une révolution économique. L'application du programme néolibéral n'a pourtant pas atteint les objectifs qu'il s'était, apparemment, fixés : la croissance du PIB par habitant au niveau mondial reste faible, les taux de chômage élevés ; du point de vue de ses propres critères, après vingt-cinq ans de mise en éuvre, le néolibéralisme n'a pas démontré sa supériorité sur les programmes keynésiens ni sur les pays " socialistes ". Si on utilise d'autres indicateurs, prenant en compte le niveau de développement humain, l'échec du néolibéralisme est encore plus patent. Dans ces conditions comment se fait-il que, malgré ses échecs et ses conséquences humaines désastreuses, le néolibéralisme demeure le système d'action et de pensée largement dominant ? Pourquoi ça marche ? L'auteur analyse la conjoncture historique de la période qui a vu se construire la mondialisation : disparition de l'alternative concrète de sortie de l'économie de marché avec l'effondrement des pays " socialistes ", conversion des partis socialistes et sociaux-démocrates au libéralisme économique dans les années quatre-vingt - quatre-vingt-dix, affaiblissement du mouvement ouvrier et disqualification au nom de la modernité et du savoir économique des pensées opposées au libéralisme. Mais, en sociologue, Frédéric Lebaron concentre son analyse sur la construction de la pensée néolibérale et sur les groupes sociaux qui l'élaborent et l'appliquent : économistes et dirigeants politiques. La force de la pensée néolibérale est de se présenter comme légitimée par le " savoir économique " tout en s'appuyant sur des croyances et des attitudes spontanées répandues dans certains groupes sociaux : réticence à l'impôt, hostilité aux fonctionnaires, à l'État providence, à l'action syndicale et aux mouvements revendicatifs, croyance diffuse dans les bienfaits de l'ouverture des échanges internationaux. Deux groupes sociaux jouent un rôle décisif dans le travail de construction de l'idéologie néolibérale : les économistes et les décideurs politiques. Les premiers élaborent et légitiment la pensée économique, un nombre croissant d'entre eux intervient directement dans l'action publique, notamment dans les organismes internationaux (FMI, Banque mondiale, OMC, Commission européenne.) ; les seconds mettent en éuvre les réformes néolibérales. Les interactions entre ces deux groupes sociaux sont nombreuses : la multiplication des passages d'une position à l'autre est facilitée par la proximité de leurs formations, marquées par l'importance des savoirs et savoir-faire liés à l'économie. Dans un ouvrage précédent (1) Lebaron analyse avec beaucoup de précision le " champ " des positions des économistes et la place de ce champ professionnel dans le champ social. Les grands médias contribuant, pour leur part, à faire des opinions libérales des " évidences ", d'autant plus que les pensées et propositions alternatives n'y ont pas accès. C'est ainsi, montre l'auteur, que la légitimation du néolibéralisme par le " savoir économique " et le discrédit de toute pensée alternative ont produit le sentiment que la mondialisation néolibérale était inéluctable et seule possible. Les dernières pages du livre pointent quelques pistes de réflexion pour le courant altermondialiste : comment créer de la " croyance collective " dans un autre ordre mondial ? Comment éviter de se fier à l'expertise des seuls économistes et développer l'expertise citoyenne ? Quels objectifs économiques et sociaux alternatifs à l'économie néolibérale ? Quels indicateurs de réussite ? Dany Caussade, sociologue - (1) La Croyance économique, les économistes entre science et politique, Le Seuil, 2000. Article paru dans l'édition du 27 mai 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


27) " Ce qu'on attend du romancier " par Jean Rouaud

Jean Rouaud était intervenu au vernissage de l'exposition des pages de la série Lire le pays à l'occasion de sa réédition en volume. Il développe ici ses conceptions, politiques et littéraires, sur les rapports entre la littérature et la résidence de l'homme sur la terre. Quand on m'a demandé au cours d'une soirée de présentation du livre au siège de l'Humanité de dire un mot sur Lire le pays, ce qui m'a d'emblée intrigué, c'est le thème, non le thème en soi, mais à cette date de la parution des textes dans l'Humanité. Pour peu qu'on ait connu ces années-là, on sait qu'il était politiquement incorrect de parler du pays. Le pays sentait le soufre, assimilé au troisième terme de la trilogie pétainiste, travail, famille patrie. Un héritage que personne, hormis quelques nostalgiques, n'avait envie de revendiquer. Treize ans plus tard, quand sont parus les Champs d'honneur, ça coinçait toujours. Je me souviens, à l'occasion d'un débat public, d'un journaliste de France-Culture commençant ainsi son interview en se tournant vers moi : " Est-ce qu'au fond vous n'auriez pas écrit un livre franchouillard ". Sans faire montre d'une susceptibilité excessive, on ne peut s'empêcher d'associer la franchouillardise à la réaction la plus crasse. Mais le plus beau devait venir plus tard au moment de la parution de mon second roman, lorsqu'un autre journaliste ne put s'empêcher de citer, à propos des Hommes illustres : " La terre ne ment pas", sentence célèbrissime extraite du discours inaugural du maréchal Pétain, écrit par Emmanuel Berl, et qui servit d'exergue à la Révolution nationale, un mouvement destiné à revivifier le pays en le transformant en un gigantesque camp scout où ressourcer notre belle jeunesse. On aurait dû se douter que sous la franchouillardise se cachait un séide du maréchal. Récemment encore, lorsque Jourde a fait paraître son Pays perdu, on a ressorti contre lui la même exquise analyse de cette terre d'une franchise exemplaire. Avec d'autant plus de mauvaise foi que l'évocation terrifiante des derniers paysans montagnards de la Haute-Loire donne plus envie de partir en courant que de s'y installer. Mais c'était juste un trait pour blesser. C'est promis. On ne le refera plus maintenant. Voilà une terre désactivée. Dire le pays était d'autant plus impossible pour un écrivain des années soixante-dix, que la critique littéraire qui tenait les avant-gardes depuis une vingtaine d'années, avait rendu responsable la vieille littérature romanesque, qui avait ressassé à longueur d'ouvrages les mêmes histoires de la province française, d'avoir préparé les esprits à la politique de Vichy - mais de même que Vichy avait rendu les avant-gardes littéraires et artistiques des années trente responsables de la défaite de quarante. Ainsi dire le pays, c'était tout simplement s'enrôler sous l'antique bannière maurrassienne. Impensable pour la modernité littéraire progressiste des années soixante-dix. Que l'Huma fasse cette demande, en revanche, on comprend. Depuis le temps que l'on soupçonnait le PC de prendre ses ordres à Moscou, c'était le bon moment, pas forcément de façon délibérée, alors qu'il venait de signer le programme commun, de faire la démonstration de son attachement au pays. Cette accusation de mauvais patriotisme, c'était déjà l'arme de guerre utilisée par Maurras pour discréditer les catholiques ultramontains suspectés par lui de préférer Rome et la cause sacrée du pape à la patrie. Mais paradoxalement, c'est ce procès qu'on lui faisait et l'internationalisme affiché du PC qui permettaient à l'Humanité de lancer sa commande en direction d'une centaine d'écrivains, lesquels, à la grande surprise de Charles Silvestre, répondirent tous favorablement, comme si après des décennies de théories littéraires, le sentiment physique du pays avait été refoulé, comme si ce socle, enfoui sous les oukases des idéologues du texte, n'avait attendu qu'une permission pour qu'on le débarrasse de son camouflage théorique, resurgissant sans frais à l'occasion de cette demande qu'on ne pouvait suspecter, venant de cet entre-deux Paris-Moscou, de nationalisme. Ce que ça donne ? Habitués à dire le monde, à essayer de faire rentrer sa représentation dans leurs fictions, les romanciers hors chapelle se montrent les plus à l'aise. Ainsi le merveilleux texte de Jules Roy qui nous donne le sentiment physique de la colline inspirée et nous convainc à sa lecture que Vézelay est le lieu où l'on pourrait enfin se poser. Ou ce voyage débonnaire, d'un subtil négligé, de Simenon par les canaux qui fait ressembler la France à une aire de pique-nique. De même sont à leur affaire les historiens, accoutumés à l'épaisseur de l'Histoire, à en remonter des fragments pour la comprendre, à traquer les moindres indices, à compulser les archives à la recherche d'un accord marchand ou d'une signature malhabile au bas d'un acte notarié, ce qui nous vaut la somptueuse prose de Georges Duby racontant sa grand-mère au marché de Bourg-en-Bresse. Alors, évidemment, quand on a bataillé avec soi pour se débarrasser des interdits les plus étouffants de ces années de plomb, on attend les théoriciens avant-gardistes à ce tournant idéologique autant qu'esthétique, mais la même chose, en fait. Et de fait, ils donnent l'impression de peiner. Quand on a expliqué que le référentiel était une vue de l'esprit, qu'un texte ne renvoyait qu'à son contexte, voire à d'autres textes, mais en aucun cas au réel, cela semble difficile de se lancer dans une tentative de restitution d'un morceau de ciel, d'une odeur d'enfance, ou de dire simplement les émotions de l'enfance, et pas de n'importe quelle enfance, non, de celle-là qui s'est jouée là, avec ceux-là, à ce moment-là. Le plus éblouissant des maîtres penseurs du texte, confronté à la lumière de son Sud-Ouest natal, semble ainsi baisser les bras. " Je ne trouve pas d'autre moyen que de dire : c'est une lumière lumineuse ". Et Roland Barthes de poursuivre son entreprise tautologique : " Il faut la voir, cette lumière. " Or, comme nous ne sommes pas sous de tels cieux, c'est précisément ce qu'on attend du romancier ou du poète, que cette lumière, sans qu'on ait besoin de se déplacer, il nous la donne à voir. Donner. À quoi l'on comprend que la poésie est un présent. Jean Rouaud Lire le pays Éd. du Passeur - Le livre édité par Le Passeur, reprenant la série de l'Humanité avec cent écrivains publiée en 1977, est en librairie, diffusé par Belles Lettres Il est aussi disponible au journal ou par téléphone au 01 49 22 73 22 ou 01 49 22 73 41 ou 01 49 22 73 42. Article paru dans l'édition du 3 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


28) L'antisémitisme ne peut se diviser Par Annie-Paule Derczansky, journaliste

Pourquoi les actes anti-juifs sont-ils brandis comme un danger pour la République quand ils émanent de la population arabo-musulmane ? Pourquoi, pendant des décennies, les actes et propos antisémites de la population française de souche étaient-ils activement étouffés ? L'antisémitisme d'immigration n'est pas une remise en cause de l'appartenance à la communauté nationale, tandis que le second fait basculer l'intégration et la reconnaissance des droits des juifs en France. Il a toujours perduré dans ce pays un antisémitisme rampant plus ou moins exprimé selon les lieux, les milieux professionnels et les classes sociales. Aujourd'hui encore, des professions restent fermées à ceux qui ne sont pas de confession catholique. Cela relève du rituel de cooptation et de la célébration régulière de messes dans le cadre de l'exercice professionnel. Sans compter les clubs de loisirs très sélects où n'entre pas qui veut. Un juif n'y a pas ses lettres de créances. En 2001, lors d'une réunion à Paris de dirigeants d'institutions juives avec le président mondial de l'Agence juive, il est demandé que la France soit retirée de la liste, établie par Israël, des pays où la lutte contre l'antisémitisme est prioritaire. Le gratin communautaire présent explique qu'en aucun cas les juifs ne sont en danger : la volonté collective, ce jour-là, est de ne surtout pas remettre en cause une intégration paisible, réussie et spectaculaire. Pourtant, des enseignements, publications et parti politique (le FN est un parti politique au même titre que le PS) peuvent faire leur, au choix, l'antisémitisme, le révisionnisme, la judéo-phobie. Seulement, le dénoncer, c'est peut-être ouvrir la porte à la remise en cause d'un statut de citoyen qui n'a que deux siècles et demi à peine. La réussite économique a longtemps fait passer sous silence les limites de l'expression identitaire. Les actes anti-juifs des jeunes voyous qui s'attaquent à des symboles communautaires d'intégration sont relevés et dénoncés comme un antisémitisme gratuit, alors qu'il s'agit d'actes beaucoup plus complexes qui relèvent des séquelles de la guerre d'Algérie. Jamais l'Intifada n'est citée lors des gardes à vue des fautifs d'actes anti-juifs. Quelles images de réussite, d'envie, de jalousie tournent la tête de ceux qui n'ont pas fini de digérer la décolonisation et les protectorats ? Ceux-là qui réclament aujourd'hui des droits, tous les droits, et le port du voile en est un symbole. Du reste la population juive d'Afrique du Nord ne s'y trompe pas quand nombre d'entre eux déplorent : " Ils veulent les mêmes droits que nous. " Du Franprix hallal dérangeant à Évry au Franprix de quartier cacher, boulevard Voltaire, comment certains ne peuvent-ils pas penser qu'il y a deux poids et deux mesures ? (Rassurons-les : heureusement que le maire d'Évry n'est pas celui du 11e.) Pourtant, dans ce 11e arrondissement foisonnent restaurants et boutiques cacher. La population juive affiche ses perruques et ses caftans, sans incidents. Les femmes arabes parlent français, les enfants musulmans sont bien élevés, une classe moyenne arabo-musulmane qui est en train de réussir son intégration n'hésite pas à dire " shabbat shalom " à ses voisins juifs. La revendication de la citoyenneté française durement acquise et qui pour les juifs d'Afrique du Nord ne remonte qu'au décret Crémieux de 1871 est le prisme à travers lequel les juifs se battent ou ne se battent pas contre l'antisémitisme. Face à l'antisémitisme franco-français, la norme est de se taire par peur d'une " éviction " de la société nationale. La dénonciation et la volonté de faire pression sans relâche pour que soient décriés, jugés, punis les actes anti-juifs d'une population minoritaire en France permet aux juifs de France de ne pas exiger de la France un vrai travail national qui ne se limite pas à une population donnée et stigmatisée. Le refus de la gauche française de prendre en compte ce " nouvel antisémitisme " au motif qu'il viendrait d'une population elle-même en difficulté ne me semble pas valide. La gauche n'a tout simplement pas voulu gérer le renouveau de l'antisémitisme parce que cet odieux poison gêne l'ensemble de la mémoire française et son présent. Je reprends ici les propos que m'a tenus Illan Greilsammer, lors d'une enquête que j'ai réalisée pour le journal Réforme l'été 2002 : " L'antisémitisme est un mouvement pendulaire des sociétés occidentales qui revient tantôt à droite tantôt à gauche. Ou les juifs de diaspora font avec ou ils viennent s'installer ici. " Par ailleurs, clamer le bienfait des relations judéo-chrétiennes et expliquer que le monde musulman a quelques dizaines d'années de retard est une franche hypocrisie. Aujourd'hui encore, dans une école catholique, sur la table du parloir plusieurs ouvrages d'élèves réalisés au cours de culture religieuse sont à disposition : il y a un livret sur l'islam, un sur le bouddhisme, un sur l'hindouisme et un sur le protestantisme, rien sur le judaïsme. L'un des membres de l'équipe pédagogique m'a dit : " Jésus a renié le judaïsme. " Les juifs français se battent pour sauver une citoyenneté durement acquise que des revendications d'affirmation identitaire d'une autre communauté et que son échec d'intégration (par la défaillance volontaire des pouvoirs publics français) risquent d'égratigner. Les petits voyous auraient pu s'appuyer sur l'exemple juif de l'intégration, mais n'ont-ils pas été manipulés insidieusement à se retourner contre ce qui a toujours dérangé la France, son " étranger ", c'est-à-dire le juif ? N'existe-t-il pas une perversité qui a provoqué l'affrontement de deux communautés dont le traitement de l'Intifada fut la plus belle arme ? Françoise Giroud dit-elle autre chose quand elle écrit : " Ici, chacun a la sensibilité (.) plus favorable aux Palestiniens qu'aux Israéliens, lesquels ont le grand tort... d'être juifs (*). " Malheureusement, l'antisémitisme devient une bataille de récupération politique. La gauche manifeste quand elle peut dénoncer l'extrême droite et la droite manifeste si elle peut dénoncer l'extrême gauche et l'islamisme. (*) Demain déjà, Éditions Fayard. Article paru dans l'édition du 3 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


29) Les jeux vidéo : reflet de notre société ? Par Tony Fortin et Laurent Trémel (1).

Aujourd'hui, bon nombre " d'observateurs " s'accordent à penser que les " jeux vidéo " jouent un rôle important dans la socialisation des jeunes générations. Rôle négatif pour certains, à l'origine de polémiques récurrentes sur le fait que les contenus de ces jeux contribueraient à augmenter " la violence des jeunes ". Rôle positif pour d'autres, voyant dans la diffusion des ludiciels un facteur de développement de compétences, voire de " l'intelligence ". Comme nous avons déjà eu l'occasion de le démontrer (cf. Trémel 2001), ces débats, se résument au bout du compte à des oppositions basées sur des a priori et un manque de connaissances approfondies du domaine. Restant au niveau universitaire un objet d'étude jugé " mineur ", peu de travaux scientifiques sont consacrés à ce phénomène en France (c'est un peu différent dans certains pays anglo-saxons), ce qui autorise le développement de toutes sortes de représentations qui tendent ensuite à s'imposer à nos contemporains. Se basant sur des publications dont les références figurent ci-dessous, l'objet de cette tribune est d'interroger quelques jeux aux aspects consensuels dont l'analyse du contenu révèle en fait les dimensions problématiques. Se référant à " l'histoire " (il s'agit de développer une civilisation de 4000 av. J.-C. à l'an 2000), ne visualisant pas à l'écran des scènes pouvant être jugées " violentes ", Civilization (Microprose, 1992) s'imposa bien vite comme l'archétype du jeu à la fois distrayant et enrichissant pour le jeune. L'idée s'est peu à peu répandue dans les milieux éducatifs et socioculturels qu'il s'agissait là d'un " bon jeu ", présentant même des dimensions " pédagogiques ". Cette représentation, reprenant quasiment à l'identique les arguments publicitaires développés par l'éditeur faisait toutefois l'économie d'une étude rigoureuse des scénarios proposés dans le cadre du jeu, attestant de ses aspects les plus ethnocentrés, pour ne pas dire " américano-centrés ". Se basant sur un modèle évolutionniste des plus crus, le logiciel valorise en fait les réalisations culturelles, techniques, mais surtout militaires ( !) des civilisations occidentales, ignorant en grande partie les autres, et justifie au bout du compte la position dominante aujourd'hui détenue par les États-Unis. Ainsi, " Mongols ", " Zoulous " et " Russes " sont affectés de handicaps dans leur progression, faisant des deux premiers des peuples irrémédiablement " sous-développés " et du troisième un pays " agressif " constituant un ennemi de choix pour le joueur américain. Jouant un rôle secondaire, les nations européennes ont toutes les chances d'être envahies durant les " premiers âges " par des hordes agressives remontant du Sud (Zoulous), ou venant de l'Est (Mongols, Russes). On notera également dans ce jeu l'impossibilité de jouer une civilisation musulmane. Ces divers aspects vont se complexifier dans les opus suivants, à la fois pour s'aligner sur les progrès technologiques des ordinateurs et tempérer un tant soit peu l'ethnocentrisme du jeu afin de parer aux critiques " de gauche ". On constate tout d'abord un certain relativisme culturel, se manifestant par l'adjonction de nouvelles civilisations non occidentales. Les développeurs de Civilization II (1997) ont par exemple rajouté les Indiens d'Amérique, peuplade significativement " oubliée " chez son prédécesseur. L'apparition de nouveaux modes " pacifiques " de victoire (" conquête culturelle " dans Civilization III), d'unités " civiles " (avocat, esclavagiste) et l'affinement de la fonction " diplomatique " sont également censés atténuer le caractère outrageusement militariste de la série mais il n'en est rien en pratique, la réussite de ces stratégies supposant préalablement la domination écrasante de votre nation à tous les niveaux. De surcroît, ces aménagements ne remettent aucunement en cause la supériorité de la culture occidentale, le monde s'uniformisant dès le Moyen ¶ge autour du modèle dominant alors même que les régimes " révolutionnaires " modernes (communisme, anarchie) se révéleront un peu plus tard tantôt archaïques, chaotiques ou belliqueux. Autre succès, Fire Department (Monte Cristo Multimédia, 2003), production française désirant visiblement s'inscrire dans le registre du " politiquement correct " à des fins commerciales, se veut une " simulation de pompiers " proposant en fait des scénarios du meilleur cru hollywoodien (incendie criminel d'une banque, explosion d'une centrale nucléaire.). Mais, outre l'aspect sensationnaliste de ces mises en situation, la surprise viendra aussi des mécaniques de jeu où l'intention samaritaine du sauvetage des victimes se mue en forme inédite de sélection digne de la plus pitoyable émission de téléréalité. Il ne s'agit pas bien sûr d'éliminer froidement des victimes mais de choisir les personnes à sauver, ce qui, on en conviendra, revient finalement au même. Les exemples sordides abondent. Dans la villa en flammes d'une star richissime, sa voiture de luxe doit être aveuglément sauvée au risque d'échouer dans le jeu, tandis que le jardiner particulier, pourtant situé tout à fait à proximité de l'épouse de la célébrité, peut se consumer à loisir sans que personne ne s'en émeuve. Dans une autre " mission ", le personnel de la banque peut être sacrifié pour des données bancaires à sécuriser " impérativement ". Enfin, la morale du jeu privilégie le sauvetage d'un sac de 3 millions de francs dérobé par un truand à celui des malheureux ouvriers prisonniers de leur atelier en proie aux flammes. Toutefois, ne nous y trompons pas, notre propos n'est pas tant de " dénoncer " le contenu idéologique des jeux vidéo, mais plutôt d'attirer l'attention du lecteur sur certains " effets de leurre " pouvant découler de la lecture d'ouvrages ou d'articles aux prétentions " informatives " qui, en vantant les mérites de certains produits, se contentent en fait de leur assurer une forme de publicité. Le procédé devient à notre sens critiquable quand on en conseille aux parents ou aux éducateurs, sans grand discernement, l'usage auprès de " jeunes " qui, en fonction de leur niveau scolaire, ne vont pas tous être à même de pouvoir en " décoder " les implicites (surtout si les " adultes " en valorisent au préalable le contenu !). Ensuite, libre à chacun, en fonction de ses convictions philosophiques, religieuses, politiques, de se positionner. En sachant malgré tout que si les modèles culturels véhiculés par ces jeux ne sont sans doute que le reflet d'une idéologie " dominante ", il n'est pas interdit de vouloir y résister. (1) Derniers livres parus : Jeux de rôles, jeux vidéo, multimédia : les faiseurs de mondes, Éditions PUF, 2001, et le Grand Jeu. Débats autour de quelques avatars médiatiques, Éditions PUF, 2004. Article paru dans l'édition du 3 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


30) Pour un monde nouveau, un citoyen majeur Par Ivan Lavallée (1), professeur de mathématiques à Paris-VIII.

Chirac l'a dit à la télévision, l'objectif est de se couler dans le moule libéral, la précarisation, la financiarisation à tous crins, l'objectif de la recherche n'étant posé qu'en termes économiques, jamais en tant qu'extension du champ des connaissances ni de maîtrise des hommes sur le monde. Dans cette optique, la restructuration se fait d'une part à l'échelle européenne (la microélectronique à Grenoble, l'avionique à Toulouse, la chimie en Allemagne) ; d'autre part à l'échelle régionale, mobilisation sur des projets à court terme, les grands organismes de recherche ne sont plus alors que des agences de moyens.Aucun gouvernement, passée l'organisation du CNRS et la création du CEA par Frédéric-Joliot n'a jamais posé le problème du développement de la recherche et de l'enseignement supérieur (ni de l'enseignement tout court) comme défi de société. Contrairement à ce que certains voudraient faire prévaloir, disant que la recherche n'est ni de gauche ni de droite, le problème est éminemment politique. Ce gouvernement est celui du MEDEF, c'est-à-dire celui du capital, et à l'heure où il diminue les salaires (car les retraites et les " charges sociales " sont du salaire socialisé), il ne raisonne qu'en fonction du retour sur investissement pour lequel le court terme est de trois mois, le terme " normal " entre six mois et un an et le long terme à trois ans. Le problème est donc de savoir ce qu'on veut. Soit une société où ce qui compte c'est le " coup ", l'innovation au sens commercial du terme (le téléphone qui prend des photos). Il s'agit alors de vendre vite, tout et n'importe quoi, quitte à créer des besoins complètement artificiels ; soit une société qui se projette dans l'avenir et qui pose le problème en termes de bien-être de l'humanité dans son ensemble, de chaque humain en particulier, c'est là la condition de la paix, de la pérennité de l'humanité. Le gouvernement, le patronat et des forces qui se disent de gauche se placent du point de vue, avoué ou non, d'une guerre économique avec les USA, le Japon, demain la Chine. Cette politique a une logique, celle de la destruction massive de capacités humaines, soit par les armes, soit tout simplement par la logique du talon de fer du capital, la rentabilité (financière !) qui jette à la rue et dans la misère des millions de travailleurs au nom de la flexibilité et de l'adaptabilité, provoquant désindustrialisation, désertification, déséquilibres en tous genres. Bien sûr, il ne s'agit pas d'être naïfs, d'autres (en particulier les USA) ont une volonté d'hégémonie mondiale. Ainsi a été créé en 1991 auprès du gouvernement américain le PITAC (President's Information Technology Advisatory Committee) qui ne dépend que du président, à ligne budgétaire ouverte, et dont le rôle est d'identifier les technologies et domaines scientifiques d'avenir sur lesquels les USA doivent investir massivement pour s'assurer la domination mondiale. Cette politique s'appuie sur des aspects particulièrement pervers et péjoratifs pour le reste du monde. Ainsi alors que le système scolaire et universitaire des USA est, pour l'essentiel, incapable de fournir les élites dont cette société a besoin, elle les achète sur le marché international. Les USA peuvent bien payer - cher si nécessaire - un chercheur français ou indien pendant quelques années, il n'a rien coûté en formation à la société US ; c'est une politique de main-d'éuvre immigrée. Il en est de même pour la technologie US, pour l'essentiel créée et achetée ailleurs qu'aux USA. Il n'est que de regarder l'état actuel du monde pour voir les conséquences de cette politique. Les obscurantismes religieux et autres fascismes se nourrissent de la désespérance qu'engendre une telle situation. Cette politique a sa logique, du point de vue de la recherche et de l'enseignement, de la culture, elle n'a besoin de former, éduquer les hommes qu'en tant que force de travail, en vue de générer du profit, juste ce qu'il faut, pas plus et sur les créneaux " rentables ". C'est dans cette voie que cherche à se précipiter l'actuel gouvernement. Ce n'est pas celle du développement harmonieux de l'humanité. Nous sommes entrés dans une ère dans laquelle la puissance de l'homme sur la nature devient phénoménale, elle peut même mettre en cause l'existence de l'humanité et nécessite (mais n'entraîne pas automatiquement) l'émergence de nouvelles formes d'organisation sociale. Des formes que les hommes donneront à cette organisation dépendront leur qualité de vie et leur liberté, la pérennité de la société humaine. Peut-on dans ces conditions laisser à des individus ou à des petits groupes d'individus la maîtrise, la propriété de ces moyens d'action sur la nature, c'est-à-dire la propriété privée des moyens de production ? Ce n'est pas seulement une question morale, c'est d'abord une question de survie. Là est l'objectivation forte d'une autre société. Et telle est la mesure du défi. Il est bien évident que dans ces conditions, l'enjeu scientifique et technique est majeur. Or, la science n'est pas neutre. Elle se développe dans une société donnée et elle permet à celle-ci de se développer dans un sens ou un autre. Si on considère qu'il revient aux citoyens de définir la politique scientifique, il faut leur en donner les moyens. Ces moyens dépendent d'une politique de diffusion de la culture, que ce soit par l'enseignement de base ou tout au long de la vie. L'enseignement de masse, et au plus haut niveau doit être considéré de ce point de vue comme une nécessité et donc une priorité absolue d'une société tournée vers l'épanouissement de l'humanité comprise comme association de citoyens libres et égaux en droits. La promotion de tous, tout le temps, dans tous les domaines, doit être une préoccupation majeure des gouvernants. La part de la richesse nationale consacrée à cette activité n'est ni une charge ni une dépense stérile, ce sont des investissements dans l'humanité et dans l'avenir, c'est une composante de la démocratie qui va prendre de plus en plus d'importance. En son temps, la Révolution française avait créé le CNAM (1793) pour permettre aux citoyens de s'emparer des techniques de l'époque. C'est à ce prix et à ce prix seulement que la société humaine sortira du gouffre obscurantiste dans lequel la crise du capitalisme est en train de la précipiter. Le développement scientifique et technique est un enjeu de société et c'est donc à l'ensemble du corps social d'intervenir dans les choix afférents. Le débat, nécessaire, ne doit être confisqué par aucun groupe de pression, mais ce débat est obéré par le bas niveau culturel, scientifique et technique dans lequel un système d'enseignement obsolète confine le peuple, générant ainsi par frustration et incompréhension des comportements et attitudes antiscientifiques et obscurantistes. Ainsi l'argent consacré par les Français à la voyance est supérieur au budget du CNRS. Le peu de débouchés valorisants a conduit à une baisse de fréquentation des études scientifiques de 25 % en six ans. L'exercice du travail de recherche doit être popularisé, valorisé et étendu, il doit devenir une activité du corps social à part entière. En termes de tendance, la recherche sous toutes ses formes, la création sont les activités principales de l'homme, ce qui fait humanité, contrairement au travail aliénant du salarié pour qui c'est une obligation pour " gagner sa vie ". Tout ce qui est production d'objets de consommation courante doit passer petit à petit sous le régime de la production automatique, y réduisant au minimum le travail humain. L'objectif doit être d'aller : (...) " Dans une société avancée, capable de tout produire en quantités illimitées, les formes classiques de l'échange comme le troc ou le commerce tombent d'elles-mêmes, et les symboles financiers qui leur sont associés n'ont plus de raison d'être (...). Un univers où les hommes ont cessé de craindre la mort ou le manque, où le travail est un choix et le pouvoir une question d'esthétique... " (1) Dernier livre paru : Cyber Révolution. Éditions Le Temps des cerises. Article paru dans l'édition du 7 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


31) Nanotechnologies et citoyenneté

Compte rendu. La marchandisation en cours de l'infiniment petit appelle une réflexion sur le progrès technique, estime Bernadette Bensaude-Vincent. Lors d'une conférence-débat tenue récemment à l'Institut national agronomique, la philosophe Bernadette Bensaude-Vincent s'est proposée d'interroger les significations socioculturelles du développement actuel des nanotechnologies. La manipulation de la matière à l'échelle du nanomètre (un millionième de millimètre), telle qu'elle se développe en physique et biologie atomiques, repose sur une découverte qui a bouleversé les sciences de la nature. On sait désormais que les propriétés d'un même élément chimique ne sont pas identiques à l'échelle " nano " et à l'échelle " macro ". Bien plus, on ne peut pas déduire les propriétés nano d'un élément étudié à l'échelle macro. Cette spécificité du nano, liée à une organisation de la nature qui semble procéder de bas en haut (bottom-up) sans véritables séquences de fabrication, accentue la possibilité de modeler les propriétés des matériaux en fonction de chaque usage particulier. En filigrane pointe la perspective d'exploiter à l'infini ces caractéristiques sur le marché. C'est ainsi que divers programmes, notamment européens, ont déjà engagé des milliards d'euros dans la recherche appliquée, sous l'argument de ne pas rater cet eldorado, en ignorant ou sacrifiant au passage les besoins d'autres disciplines. L'imagination fertile des plus fervents partisans de cette science triomphale qui serait en voie d'atteindre, assurent-ils, la " domestication " complète des molécules dans un processus de " dématérialisation " finale du réel, les conduit ainsi à présenter comme acquise la réduction de l'atome ou de l'électron à un dispositif " informatif ", voire la réalisation imminente dans cette perspective, de machines autonomes capables de se " répliquer " toutes seules à l'infini, sur le mode atomique. Si cette projection extrême relève pour l'essentiel de la science-fiction, il s'avère que les nanotechnologies - parce qu'elle réduisent de façon décisive le volume de matière nécessaire pour contenir un nombre donné d'informations - tendent d'ores et déjà à brouiller la frontière vivant - non-vivant, sans que l'on puisse aujourd'hui identifier clairement les risques environnementaux de ce bouleversement. Face à cette incertitude, il ne suffit pas d'appliquer techniquement le principe de précaution. Il faut encore se poser la question du sens social et historique de ces évolutions. Or, comme l'a souligné Bernadette Bensaude-Vincent, " il manque aujourd'hui une philosophie qui parte précisément de l'effacement de la frontière vivant - non-vivant pour réinterroger la nature de la technique et le rôle qu'on entend lui faire jouer dans nos sociétés ". L'intervenante pointe et interroge, dans cette perspective, l'obsession consumériste de rendre les marchandises de plus en plus " impermanentes ". La technique doit-elle contribuer à asservir la production des biens au règne de la finance, à la production d'argent par l'argent, ou favoriser une véritable émancipation humaine ? La démocratie comme telle est en question. Les nanotechnologies rendent notamment possible la miniaturisation jusqu'à l'invisible des systèmes de surveillance. Ne doit-on pas craindre, alors, de perdre progressivement le monopole de la technique et d'être, à terme, littéralement espionnés par nos objets ? Ainsi, les nanotechnologies rendent plus que jamais urgente une réflexion fondamentale sur le sens du progrès technique : ce que ne manqua pas de confirmer le débat qui suivit l'exposé de l'oratrice. Et cette réflexion doit se faire en concertation avec les citoyens, c'est là le seul moyen d'appliquer le principe de précaution autrement qu'en paroles. Laurent Etre - Article paru dans l'édition du 7 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


32) Histoire des sciences : Les limites floues du gène

Histoire des sciences. Regards croisés d'une dizaine de chercheurs renommés sur la génétique contemporaine, ses certitudes, incertitudes, ambitions et dérives. La Génétique, science humaine, ouvrage collectif sous la direction de Muriel Fabre-Magnan et Philippe Moullier, Éditions Belin, 2004, 304 pages, 19,90 euros. L'annonce, en 2003, du séquençage complet de l'ADN des chromosomes humains fut l'occasion, on s'en souvient, de (re) poser la question, très médiatique, de savoir dans quelle mesure les particularités du développement d'un être humain, ses propriétés physiques ou mentales, voire ses comportements sociaux, sont (pré) déterminées par ses gènes. Pour tenter d'y apporter réponse et réponse neuve, neuf auteurs de renom, médecins, chercheurs, historiens des sciences, juristes, présentent leurs réflexions dans cet ouvrage collectif de grande actualité, qui nous livre une sorte d'état des lieux des certitudes et incertitudes de la génétique. La notion d'hérédité est apparue tardivement en biologie, vers 1820. Elle a été inventée pour " expliquer " à la fois la ressemblance des enfants aux parents et l'existence d'anormalités transmissibles à travers les générations (main à six doigts, albinisme, hémophilie). Notion élaborée en période d'expansion du capitalisme, l'hérédité fut définie comme la transmission, par les parents, de caractères biologiques à leurs enfants, comme on transmettait des biens par héritage. De l'Antiquité au XIXe siècle, les biologistes ne s'étaient intéressés qu'à ce qu'Aristote appelait " la génération des animaux ", c'est-à-dire le mécanisme de leur reproduction. Les théories de la génération ne pouvaient s'appuyer sur aucun des acquis de la biologie moderne : cellules reproductrices, fécondation par pénétration du spermatozoïde dans l'ovule, existence des chromosomes, etc. La maladie a été le premier " caractère biologique " à recevoir le qualificatif d'héréditaire. Prosper Lucas, psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne à Paris, emploie pour la première fois le terme dans son Traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle (1850) ; il y envisage la transmission héréditaire des maladies corporelles et mentales. À l'époque, on ne connaissait pas les maladies que nous nommons aujourd'hui héréditaires, qui sont des maladies métaboliques rares. Depuis 1820 environ, on considérait comme transmissibles les malformations (sexdigitisme, cécité), les maladies familiales comme l'hémophilie et des affections comme la tuberculose, la syphilis, et même l'alcoolisme, qui se transmettaient par contagion ou pour des raisons sociales. La génétique (science de l'hérédité) ne naît véritablement qu'en 1880, après la redécouverte des lois de l'hybridation formulées en 1865 par Mendel. Le mot gène a été créé en 1909 pour désigner un " facteur héréditaire ". En 1930, les gènes sont localisés sur les chromosomes ; en 1944, l'ADN est identifié comme la substance constituant les gènes et la structure en double hélice de l'ADN est établie en 1953. Dans les années soixante, un gène est identifié à une séquence de motifs chimiques dans la molécule d'ADN et l'on établit la relation un gène-une protéine. Dès lors, on considère qu'un gène anormal induit l'apparition d'une protéine anormale responsable d'une maladie héréditaire ou d'une malformation. Cependant, les insuffisances de la génétique se révélèrent progressivement : " Les gènes du cancer ne suffisent pas à comprendre le cancer, les gènes du développement embryonnaire sont les mêmes chez de nombreux organismes, les gènes du virus du sida ne nous disent pas comment ce virus peut tuer " (P. Sonigo, page 170). Durant ces dernières années, le concept même de gène est remis en question : on découvre qu'aux séquences codantes de l'ADN s'ajoutent des séquences régulatrices et les limites du gène deviennent indécises ; la séquence codante elle-même peut souvent apparaître morcelée de diverses façons. Au point de vue fonctionnel, un gène particulier est souvent pris dans un réseau de multiples gènes ; la déficience d'un gène peut souvent être naturellement corrigée, si bien qu'un gène seul ne peut plus être tenu pour responsable d'un caractère. De plus, les interactions entre les gènes et l'environnement prennent de plus en plus d'importance. Il n'y a plus grand monde pour rechercher aujourd'hui les " gènes " de l'intelligence, de la criminalité ou de l'homosexualité. On a dit que le séquençage complet du génome humain n'avait fourni qu'" un soufflé qui se dégonfle ". La biologie ne peut pas tout dire sur l'homme. Comme tout animal, l'homme prend connaissance du monde par les messages sensoriels qui arrivent à son cerveau. Mais, à la différence des animaux, il accède, par le langage, à un monde sans limite de représentations mentales. La science moderne s'interdit d'attribuer un sens au monde et le chercheur qui prétend expliquer le sens de la vie humaine par la biologie verse dans le scientisme. C'est la conception globale de l'homme et non sa biologie qui, dans une société et une époque précises, donne sens à la vie humaine. Aujourd'hui, en France, " d'un point de vue juridique, nous considérons l'homme comme un sujet doué de raison et titulaire de droits inaliénables et sacrés " (pages 22). Mais le progrès même de la médecine pousse à réviser la conception de la vie humaine. Les greffes cardiaques ont changé la définition de la mort. Les chercheurs ont obtenu du Parlement l'autorisation de pratiquer le clonage thérapeutique de cellules souches embryonnaires à partir d'embryons humains congelés surnuméraires pour la procréation artificielle. Outre-Atlantique des demandes de brevets ont été déposées pour des gènes humains et des autorisations ont été accordées pour des séquences d'ADN isolées des organismes porteurs. La Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) affirme la dignité de l'homme, mais la redoutable logique économique transforme le corps humain en un assemblage de produits (gènes ou cellules) qu'on prétend acheter et vendre comme des marchandises. Si la connaissance de l'homme n'était l'affaire que de la biologie, rappelle l'épilogue de l'ouvrage, on retomberait très vite sur l'idéal nazi : " Nous façonnons la vie de notre peuple et notre législation conformément aux verdicts de la génétique " (pages 270). En aucun cas, la biologie ne devrait se substituer au droit pour organiser les sociétés humaines. Paul Mazliak, historien des sciences (1) (1) Dernier ouvrage paru : Avicenne et Averroès, 2004, Vuibert-Adapt. Article paru dans l'édition du 7 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


33) La naissance maudite de la république d'Haïti Madison Smartt Bell

Rencontre avec Madison Smartt Bell, à l'occasion de la publication du deuxième livre de sa trilogie haïtienne, consacré à la première révolution. L'écrivain américain Madison Smartt Bell, invité au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo, poursuit, avec le Maître des carrefours, son ambitieuse trilogie romanesque consacrée à l'indépendance d'Haïti en 1803 et à Toussaint-Louverture. Dans cet entretien en forme de portrait, il revient sur cette attraction qui le relie à la première république caraïbe. " Dans mes déplacements, j'ai souvent constaté l'étonnement de certaines personnes qui pensaient rencontrer un écrivain noir ! J'en suis flatté ! Être invité, cette année, à Saint-Malo avec les auteurs caribéens n'est donc pas vraiment inattendu, mais les premiers temps, c'est vrai, j'étais surpris de la générosité de la plupart des intellectuels haïtiens qui m'ont accueilli si chaleureusement : je représente tout de même l'envahisseur historique ! " Madison Smartt Bell, né dans le comté de Williamson, Tennessee, est fortement ébranlé par le racisme toujours présent chez ses concitoyens. Mais il ne s'agissait pas pour lui d'écrire un roman à thèse. " Comme tout sudiste, j'ai des racines à moitié paysannes, donc populaires, et à moitié aristocrates, donc esclavagistes. Ce n'est pourtant qu'après avoir bien entamé le Soulèvement des âmes, le premier volume de la trilogie, que j'ai réalisé que j'étais personnellement concerné par toute cette histoire aux échos contemporains. L'aborder directement m'aurait sûrement entraîné dans une situation fausse : Haïti, c'est à la fois assez loin et pas trop, un petit décalage nécessaire. Mais au fond, c'était cette histoire précise qui m'intéressait, la révolution à l'île Saint-Domingue (qui deviendra, à l'ouest, Haïti), avec sa trame incroyable, ses aspects dynamiques. " On a pu s'étonner aussi de voir cet auteur précoce et fécond (quarante-sept ans, plus de dix livres) quitter le genre polar pour le roman historique. " Oui, mais attention, mon modèle d'auteur policier, c'était Dostoïevski ! La réalité, c'est que, vers 1990, après avoir rendu un nouveau manuscrit, je me suis senti vide et désoeuvré. Je devais changer le menu de mes quinze prochaines années ! " La trilogie de Smartt Bell, consacrée à la naissance tumultueuse de la première république noire au monde, séduit autant par son tableau politique, militaire et idéologique d'une époque, que par les passions intimes de ses multiples protagonistes. On retrouve ici les personnages du premier volet : le docteur Hébert, installé désormais en famille avec sa sour et sa compagne métisse Nanon ; Riau, le nègre marron qui ne cesse de fuir et de rêver à sa Guinée inaccessible ; le violent colon Arnaud, ayant perdu sa fortune et ses terres, mais pas forcément ses opinions esclavagistes. Et des dizaines d'autres figures, toutes fouillées et très présentes, gravitant en spirale autour de Toussaint qui prend ici toute sa dimension. " Il me semblait que le Soulèvement devait montrer que chacune des trois "races", la blanche, la noire et la métisse, souhaitait exterminer violemment les autres. C'est pourquoi il y avait des scènes aussi sanglantes, presque insoutenables de cruauté. Dans ce tome, on est dans une période plus politique. C'est une lutte entre les peuples, mais aussi entre les Anglais, les Espagnols et les Français, entre les royalistes et les républicains, même si le sujet reste brûlant, et s'il y a des scènes de massacre. Je voulais cependant montrer que les Français ont perdu cette colonie surtout parce qu'ils ne voulaient pas reconnaître leurs enfants mulâtres. Ils leur ont fourni certes l'éducation et parfois même le droit de propriété, mais aucun droit politique, les condamnant ainsi à rester aliénés. Dans l'entourage du docteur Hébert, personne ne peut croire qu'il va réellement vivre avec sa compagne métisse et leur enfant ! C'est ce genre de détail, dans les récits parallèles, qui me semblent essentiels à la compréhension de cette révolution. " Le résultat est impressionnant, et d'abord parce que le lecteur se laisse entraîner à lire ces neuf cents nouvelles pages avec délectation, sans aucun sentiment d'effort, dans le plus pur esprit du roman d'aventure. L'auteur alterne les épisodes haïtiens qui commencent en 1791, et les mois de déportation de Toussaint-Louverture en France, en 1802. " Mais il me fallait aussi une sorte de guide pour le lecteur. Pour le Soulèvement, c'était le docteur Hébert. Sa situation est identique à la mienne lorsque je suis arrivé en Haïti la première fois : il a tout à découvrir. Ma première visite, à trente-huit ans, fut une expérience très forte. Je ne retrouvai aucun repère culturel ou linguistique, et j'ai commencé à basculer. Mais dans le deuxième volume, maintenant que tout est en place, c'est Toussaint qui se révèle. " Toussaint. L'ex-esclave devenu général, l'homme qui maîtrise les chemins, le stratège militaire et politique, Maît' Kalfou. " Ce titre, le Maître des carrefours, c'est comme le créole ! Dans cette langue au vocabulaire restreint, chaque mot veut dire plusieurs choses différentes. Haïti, dans ces années-là, était le carrefour de trois peuples, les Européens, les Africains et les Indiens d'Amérique (vite éliminés par un véritable génocide). C'était aussi un carrefour historique, deux siècles de relations entre Noirs et Blancs y sont comprimés sur une période d'à peine dix ans. Haïti est physiquement comme ça ! Les cartes, les signalisations n'évoquent presque rien. Même en ville, il faut à chaque carrefour demander son chemin, on ne le connaît jamais en entier, à l'avance ! " Le titre est également une référence directe à la divinité vaudoue Legba. Tout Haïtien fera le lien entre le nom de L'Ouverture (que Toussaint s'est donné le jour même où le représentant officiel de la République française à Saint-Domingue a proclamé l'abolition de l'esclavage), et cette divinité des carrefours et de l'échange, particulièrement entre les mondes réels et spirituels. Invoqué en ouverture des cérémonies, c'est Legba qui décide qui peut passer d'un monde à l'autre. " Quand Toussaint dit : "Je suis L'Ouverture", il veut dire : "C'est moi qui décide, moi qui maîtrise le carrefour de la liberté !" C'était ambitieux, mais je crois que Toussaint était vraiment un grand homme. Cultivé, intelligent, il connaissait le pouvoir des mots et de l'écrit, et il avait une pensée humaniste assez admirable, très en avance sur son temps. Même s'il a été parfois cruel et sans merci : après tout, Legba a une sorte de frère jumeau un peu plus noir, Maît' Kalfou, qui est aussi l'esprit de la mort ! " Le culte vaudou, les apparitions de zombis ou les scènes de possessions font d'ailleurs autant partie du récit que les combats ou la correspondance étudiée de Toussaint. " Pour moi, l'identité des Haïtiens ne se construit pas de manière stable comme celle des Occidentaux, forgée dès l'enfance et qu'ils se contentent de développer plus ou moins bien à l'âge adulte. Dans la pratique du vaudou, le sens de soi est évacué, la tête se vide pour donner place à un esprit qui, par l'intercession de Legba, monte de la terre ou descend du ciel. La plupart des Haïtiens s'accommodent de cette expérience éprouvante et s'abandonnent à ce nouvel esprit. " Pour clore l'entretien, Madison raconte qu'un soir, en Haïti, invité par des amis musiciens après leur concert, il laisse dériver ses pensés. Pris par la magie du lieu, son regard se pose presque sans les voir sur les hommes et les objets qui l'entourent. Apercevant un visage blanc dans le reflet d'un instrument, il se demande ce que fait un Blanc parmi eux, lorsqu'il se reconnaît soudain ! Le choc fut tel qu'il dit en avoir pleuré. Dans le Maître des carrefours, c'est le docteur Hébert qui découvre avec frayeur son visage pâle d'homme occidental dans l'eau d'une rivière. En regardant partir ce " Blanc pas comme les autres ", on songe que décidément ses phrases ont le même mouvement balancé et élégant que son corps : Madison Smartt Bell est un danseur en chemin. Pascal Jourdana Propos recueillis à Paris le 24 mai. Le Maître des carrefours, Madison Smartt Bell, traduit de l'américain par Pierre Girard, Actes Sud. 960 pages, 29,50 euros Également, en poche, le Soulèvement des âmes, Actes Sud Babel. Article paru dans l'édition du 3 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


34) LA CHRONIQUE DE CYNTHIA FLEURY : Théories de la libération et de la relativité

Partout dans l'ouest de la France on célèbre depuis le début de l'année le 60e anniversaire du débarquement et de la Libération, avec bientôt la date clé du 6 juin qui commémore l'une des plus grandes opérations militaires, le plan " Overlord " (1), avec la traversée de la Manche par l'armada alliée (pour la plupart des Américains, des Britanniques et des Canadiens), le débarquement sur les plages de Normandie (Utah et Omaha Beach), les parachutages, et petit à petit, du Mont-Saint-Michel à l'Orne, le mur de l'Atlantique qui cède sous les assauts des troupes alliées. Le 15 août 1944, c'est le département de la Manche qui est libéré, le 23 août celui de l'Orne, enfin Paris, le 25 août - " Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais. Paris libéré ! (.) La France rentre à Paris, chez elle. Elle y rentre sanglante (.), éclairée par l'immense leçon, mais plus certaine que jamais, de ses devoirs et de ses droits. " On célèbre aussi une certaine idée de l'Amérique, celle des libérateurs contre les oppresseurs, celle des démocrates contre les totalitaires. Le 6 juin, Bush fils sera en France pour s'en rappeler avec nous. Mais 60 ans après, l'histoire a recommencé sans pour autant se répéter : un peuple est sous le joug d'un tyran avec lequel la communauté internationale, trop respectueuse des logiques realpoliticiennes, s'accommode à l'excès. Unilatéralement, les États-Unis attaquent ; ni leurs motifs ni leurs intentions ne sont clairs mais le fait est là : le peuple et le chaos sont libérés. Le processus tyrannique est clos politiquement et celui de la terreur civile s'inaugure. Autre temps, autre libération ? Pas si simple, et l'on se gardera bien de mettre en équivalence les deux événements historiques. Mais la question demeure : comment arrêter un processus despotique ? Est-il seulement possible de " bien " l'arrêter ? La question est absurde mais elle en dissimule une autre qui ne l'est pas. Si les règles de guerre existent, ce n'est pas pour organiser un bon déroulement de la guerre - ce qui serait aberrant, voire cynique. Si elles existent, c'est pour créer les conditions de possibilité d'un retour de la paix. En d'autres termes, sachant qu'il est du devoir de chaque État de ne faire la guerre qu'à condition qu'elle mène à la paix, il est impossible de légitimer les actes de torture - on pense à ceux pratiqués sur les prisonniers irakiens de la prison d'Abou Ghraib - qui font entrer dans une logique du ressentiment et de la guerre sans fin. Seul le projet de paix perpétuelle est légitime. Insolite commémoration que celle du 6 juin prochain., avec d'un côté une Amérique encensée, de l'autre une Amérique vilipendée, et partout des sentiments de franco-américano-philo-phobie exacerbés. Difficile de manier le " devoir de mémoire " et l'actualité. C'est pourtant le travail de chaque conscience citoyenne. Faisons retour sur 1939-1945. " Deux comptes à rebours se déroulent simultanément, d'un côté celui de la guerre, de l'autre celui de l'atome. " Au milieu de cette course, Albert Einstein, emblématique selon François de Closets (2) du XXe siècle, aussi déterminé que renégat, aussi obstiné qu'opportuniste : " Juif oublieux de sa tradition, il doit rejoindre le mouvement sioniste ; pacifiste, avocat de l'objection de conscience, il incite le président Roosevelt à construire la bombe atomique. " Enfin, génial physicien, pour éviter de se convertir à la nouvelle physique, il se lance dans la quête de la " grande synthèse " en tentant de réconcilier " la physique de l'infiniment grand qui respecte la théorie de la relativité généralisée continue " avec " la physique de l'infiniment petit qui est le royaume du hasard et de la probabilité ". Ce divorce, Einstein n'en veut pas, mais à son époque son combat est jugé d'arrière-garde. En ce début du XXIe siècle, les scientifiques lui rendent de nouveau hommage en reconnaissant l'absolue nécessité de penser la réunification. Sa biographie nous révèle un personnage peu aimable, machiste, et sur la fin de sa vie, déchiré : lui le chantre de la science a vécu l'une de ses mutations et profanations les plus terribles. En 1946, invité à présider le Comité d'urgence des savants atomistes, Einstein rappelle que " le refus de collaborer sur les questions militaires devrait être un principe moral essentiel pour tous les véritables savants ". Ultime prémonition d'Einstein : instaurer un " gouvernement mondial seul détenteur de la force militaire et nucléaire ". Certes il n'y a rien de moral dans la notion de relativité. Pourtant que d'intuitions, de paradoxes et de volte-face chez le physicien. (1) Voir les Archives de guerre américaines au Mémorial de Caen. (2) Ne dites pas à Dieu ce qu'il doit faire, Le Seuil, 2004. Article paru dans l'édition du 1er juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


35) LES AGORAS DE L'HUMANITE : " Financiarisation et déclin de l'innovation " Annick Verdu Pharmacologue, syndicaliste Aventis

Pour répondre aux besoins de santé, la France dispose d'une industrie pharmaceutique forte d'un grand savoir-faire historique et de 90 000 emplois hautement qualifiés. Or cette industrie est en déclin d'innovation thérapeutique depuis 1975. C'est l'époque où les dirigeants de cette industrie ont pris le virage de la financiarisation. De 6,5 % en 1975, le taux de profits est passé à 18 % aujourd'hui, avec l'objectif d'atteindre rapidement 20 % puis 30 %. Pour mener cette politique purement financière, les dirigeants ont focalisé sur des travaux de recherche et développement, des produits, des cessions, des fusions et des externalisations qui ont mis à mal ce que les équipes de recherche avaient construit en plusieurs décennies. C'est sur l'obésité, la calvitie et l'impuissance masculine que se concentre à présent le travail. Les interventions des pouvoirs publics ne vont pas dans le bon sens. La fusion Sanofi-Aventis en est un exemple. L'objectif est de monter un grand groupe européen qui soit une arme économique au service de la puissance de la France. Mais aucune obligation n'est faite à Jean-François Deheqc de maintenir et développer les activités et les emplois des deux entités, ni de lancer ou relancer des recherches sur les anti-infectieux que les dirigeants d'Aventis ont arrêtées, ni les recherches sur le sida ou les antiviraux. Alors que le coût de cette fusion s'élève à 55 milliards d'euros, soit cinq fois le déficit de la Sécurité sociale. En juin 2003, un accord-cadre a été signé entre l'État et l'industrie pharmaceutique qui permet au laboratoire de fixer au médicament le prix de son choix, sauf opposition de la Commission économique des produits de santé. C'est la marchandisation des médicaments qui s'accélère : ce n'est bon ni pour la santé ni pour la Sécu. Face à cette situation, quelques propositions peuvent être avancées : - 1. Donner des pouvoirs aux salariés et aux citoyens pour qu'ils interviennent dans les choix stratégiques de ces entreprises. - 2. Obliger l'Agence du médicament à la transparence dans la fixation des prix des médicaments. Démocratiser cette instance en y faisant entrer les associations de malades et les organisations syndicales. - 3. Revoir la politique des brevets qui empêche les pays pauvres de soigner leurs populations et qui maintient des prix élevés aux médicaments pendant vingt ans. - 4. Subordonner les aides publiques aux axes thérapeutiques travaillés pour qu'ils soient en lien avec les besoins. - 5. Créer un centre de développement du médicament mixte public-privé qui, sous l'autorité des pouvoirs publics, travaille à la mise à disposition des médicaments utiles et efficaces. - 6. Intervention des pouvoirs publics pour que cesse la politique exclusive des blockbusters (médicament de 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires). - 7. Fixer de grands projets de santé publique qui incluent les médicaments - Déjà des tentatives pour faire autrement fédèrent des énergies et ouvrent des possibilités : Act Up bouscule les habitudes des labos en matière d'essais cliniques ; l'AFM (Association française de myopathie) décide des travaux qu'elle confie aux chercheurs avec les dons qu'elle récolte ; chez Aventis à Romainville, nous avons travaillé avec des chercheurs du public à une proposition alternative à la fermeture du centre décidé par les dirigeants (www.nereis-sante.com). Partout dans le monde, des exigences émergent pour que les progrès de la science soient mis au service de tous. Il devient possible de faire autrement. Article paru dans l'édition du 1er juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


36) LES AGORAS DE L'HUMANITE : " Il faut remettre les choses dans le bon sens " Dominique Belpomme, cancérologue, professeur à l'université Paris-V, président de l'Association française pour la recherche thérapeutique anticancéreuse (ARTAC) et auteur de Ces maladies créées par l'homme, Éditions Albin Michel, 2004.

En matière de politique de santé, nous ne pouvons rester dans une approche purement comptable. Il importe certes de réformer notre système de santé et de réguler autrement la mise sur le marché des innovations thérapeutiques. Mais il faut aussi prendre en considération le fait que la société actuelle fabrique des maladies et des malades. Nous devons prendre le mal à la racine en prônant la prévention face au risque avéré et la précaution face au risque présumé. Devant l'évolution d'une maladie comme le cancer, nous pouvons adopter deux attitudes. Celle qui consiste à désigner la responsabilité individuelle, à lier le cancer au mode de vie, au tabagisme ou à des habitudes alimentaires, l'individu devenant responsable de son cancer, sinon coupable. C'est l'attitude dominante d'une certaine cancérologie officielle. L'autre attitude consiste à pointer également la responsabilité collective, la pollution physique et chimique qui exerce ses effets à l'insu des individus. Aujourd'hui, sur les cent cinquante mille morts causées par le cancer chaque année, seules trente mille sont liées au tabac. Bien que l'amplitude exacte de la responsabilité de cette pollution ne soit pas établie clairement au niveau scientifique, on observe que les cancers non liés au mode de vie sont en constante augmentation. Le rôle de la pollution physico-chimique est assurément déterminant dans les cent vingt mille cas restant. Considérer à sa juste mesure cet aspect de la maladie, c'est concevoir l'environnement au sens large, et donc remettre en cause la société, nos modes de pensée et la façon dont nous appréhendons le développement de notre système économique et le progrès dans son ensemble. L'alternative revient à discerner le progrès valable pour l'homme de celui créé artificiellement au service d'intérêts industriels. Ce cheminement, qui ajoute le maillon de la santé à l'écologie, je l'ai fait à partir de mes recherches et de mon intime conviction scientifique, enrichi par des investigations dans d'autres domaines du savoir et de la culture. Pur scientifique, je suis parti du cancer, de mon métier, et en suis venu à penser que nous n'arriverions jamais à éradiquer ce fléau en développement seulement la médecine curative. Ses progrès ne suffiront pas : il faut jouer sur la prévention primaire. Car, par le biais des maladies liées à l'environnement et à l'effet de serre, c'est notre espèce qui apparaît en péril. Oui, de nombreux clignotants scientifiques sont au rouge pour dire que nous risquons de disparaître durant le siècle qui commence. L'unanimité de toutes les communautés scientifiques n'est pas acquise, mais elles mènent actuellement un parcours progressiste en ce sens. Une frange de la société civile qui, depuis longtemps, avait effectué ce parcours intuitivement dispose maintenant de ce renfort scientifique et commence à se mettre en mouvement. Mais les industriels et les politiques pour l'heure sont hors jeux. Car la situation, dans laquelle nous sommes, procède d'un aveuglement lié essentiellement à des intérêts purement financiers, par lesquels le marché s'autorégule par le profit, aboutissant à créer un système économique qui n'est pas au service de l'homme. Il importe donc de remettre les choses dans le bon sens. D'autre part, le déni se manifeste au niveau politique. Une logique d'intérêts électoraux produit un décalage entre ce que pensent de nombreux acteurs de la société civile et de la majorité des scientifiques, et le discours des politiques. Je pense plus profondément que notre système politique, hérité des Lumières, n'est plus adapté à la gravité des périls auxquels nous faisons face, qui posent une véritable question de civilisation. Je crois pouvoir dire qu'après le christianisme, puis les Lumières, nous nous trouvons en Occident à la veille d'une " troisième rupture ". Rupture conceptuelle et civilisationnelle, et donc rupture au niveau du système économique et politique qui nous conduit actuellement dans le mur. Aurons-nous la sagesse de mener une révolution douce, ou bien le décalage entre la politique et la société civile aboutira-t-elle à un renversement violent dans la génération qui vient ? - Propos recueillis par David Zerbib - Article paru dans l'édition du 1er juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


37) LES AGORAS DE L'HUMANITE : " Vers un système de santé solidaire" Catherine Mills, économiste, coauteure de Main basse sur l'assurance maladie, note de la Fondation Copernic, Syllepse, 2003.

Face à la crise d'efficacité et de solidarité de notre système de santé, nous sommes confrontés à un choix de société, soit la mise en place de la contre-réforme de Douste-Blazy, sur la gravité de laquelle il faut informer en organisant les résistances, soit la construction alternative par les acteurs sociaux d'un système de santé solidaire et efficace pour le XXIe siècle. Voici des propositions pour le construire : Il s'agit d'abord de sortir de la crise du système de santé et de contribuer à un processus de sortie de la crise d'ensemble du système économique et social. Il faudra répondre aux nouveaux besoins de santé liés au niveau de développement, au vieillissement, au progrès médical, aux nouveaux fléaux (sida, maladies dégénératives) et à la résurgence de certaines pathologies. L'organisation d'états généraux de la santé, décentralisés, permettrait d'évaluer les besoins au plus près du terrain, à partir des propositions des acteurs sociaux. Il faut lutter contre les inégalités sociales de santé, améliorer les taux de remboursement en allant vers une prise en charge complète des soins par la couverture de base. Cet effort doit se concentrer en premier lieu sur les plus modestes. La prévention de la maladie doit être développée, notamment la prévention au travail. Des formes de rémunérations des médecins émancipées du paiement à l'acte devraient être encouragées pour permettre un accès aux soins plus précoce et plus gratuit. Le rôle du médecin généraliste comme pivot d'un système de santé coordonné pour un meilleur suivi du malade doit être réaffirmé et s'allier à une coopération véritable entre soins de ville et hôpital ainsi qu'entre disciplines. Un plan d'urgence emploi-formation, aussi bien en soins de ville qu'à l'hôpital doit être établi. Une allocation formation permettrait de démocratiser les professions médicales, tout particulièrement pour les spécialités et les zones géographiques sinistrées, ce qui nécessitera des méthodes plus directives et ciblées. Un vaste programme de formation continue doit être mis en place. Il faut sortir du plan Hôpital 2007 pour mettre en chantier une grande réforme de l'hôpital en sortant du rationnement comptable, en élaborant un nouveau type de gestion et de financement. Il conviendrait d'instaurer un contrôle public et social dans la gestion des entreprises pharmaceutiques, de mettre en débat la question des médicaments génériques, des déremboursements et des médicaments dits innovants, ce qui nécessiterait l'intervention d'une instance scientifique à laquelle seraient associés les acteurs sociaux. Il faut éuvrer pour une démocratie sociale et sanitaire d'un type nouveau permettant d'exprimer les besoins de santé et pour donner des droits et des pouvoirs effectifs aux associations de malades. Les administrateurs des caisses devraient être élus par la population sur listes syndicales, avec la reconnaissance des nouveaux syndicats. Il faut combattre à la fois l'ingérence des complémentaires et des forces du marché et l'étatisation. Afin de faire face aux nouveaux besoins de santé, une incontournable réforme du financement s'impose pour dégager de nouveaux moyens : Le principe de la cotisation sociale fonction des salaires versés dans les entreprises, lieu où se créent les richesses, doit être réaffirmé. Le relèvement de la part des salaires dans la valeur ajoutée permettrait d'élargir l'assiette des cotisations sociales réduite par l'explosion du chômage et les économies sur les salaires. Une modulation des taux de cotisations patronales pourrait en outre inverser la logique actuelle, en soumettant notamment les entreprises qui licencient à des taux plus lourds. Face à l'urgence, une nouvelle cotisation sur les revenus financiers des entreprises et des institutions financières (165 milliards d'euros en 2002) au même taux que l'actuelle cotisation patronale à l'assurance-maladie ferait entrer 20 milliards d'euros. L'objectif reste de dissuader de la course à la financiarisation et au contraire d'inciter à une orientation des fonds pour l'emploi, la formation et la croissance réelle. Article paru dans l'édition du 1er juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


38) LES AGORAS DE L'HUMANITE : " Pour une politique de santé participative " Christian Saout pésident d'AIDES

Comment faire la différence dans la santé au XXIe siècle ? En adoptant tous une démarche résolument participative. Pourtant, malgré les combats, menés notamment par AIDES et bien d'autres associations de patients, les approches participatives, en France, semblent bien en difficulté. On pratique encore le dépistage du sida à l'insu des personnes ; et avec les trithérapies les médecins sont à nouveau de " grands sachants " ignorants des souffrances psychologiques ou de la douleur morale. On observe même des refus de soins, dont les tribunaux sont parfois saisis ! Au plan collectif, la loi Kouchner qui prévoyait une participation institutionnelle des associations de patients n'a connu aucun des décrets d'applications indispensables pour faire vivre la démocratie sanitaire. Dans la sphère publique, au mieux, avons-nous le droit à une concertation d'aval alors que ce qui nous intéresse c'est une participation d'amont. Ce n'est pas quand la loi est promulguée ou le décret publié que l'on peut faire quelque chose ! Comment en arrive-t-on là ? Et que faire ? D'abord, la médecine résiste à se soumettre à l'apprentissage d'une nouvelle relation médecin-malade. Il faut dire que dans notre pays le médecin est le seul professionnel d'un tel niveau sur lequel ne repose aucune contrainte de formation entre le moment où il sort de la faculté et celui où il part à la retraite. Pourtant, il est essentiel de faire évoluer la relation thérapeutique vers une forme plus participative. On sait bien qu'un patient actif c'est un patient mieux soigné, parce que maîtrisant mieux les déterminants de sa maladie, parce que plus observant vis-à-vis des traitements, parce qu'inclus dans une relation thérapeutique dynamique tout simplement ! L'État persiste à refuser la réforme de ses processus de décision. Pourtant quelques idées simples pourraient être mises en place, rapidement. En matière de santé, on pourrait imaginer qu'aucune loi ou aucun décret n'entre en vigueur sans qu'une fiche d'impact décrive en quoi cette loi ou ce décret améliore la participation et la qualité des soins. Dans un pays qui n'écoute pas ses gens " d'en bas " et qui affiche 4 000 cas de maladies nosocomiales tous les ans, et autant, si ce n'est plus, de phénomènes iatrogéniques, ce ne serait pas du luxe ! Les partenaires sociaux ne font pas beaucoup d'efforts non plus pour reconnaître la composante " patients ". Le débat sur la réforme de l'assurance maladie en est un exemple criant. Nous n'entendons guère les grandes centrales syndicales de salariés, sauf une, la CFDT, postuler très clairement son accord sur la participation des usagers à la gouvernance de l'assurance maladie. À AIDES, nous sommes convaincus qu'une nouvelle donne participative, comportant les représentants des patients et des usagers du système d'assurance maladie, peut permettre d'avoir un système de santé et un système d'assurance maladie toujours aussi solidaires, plus égalitaires, et mieux garants de la qualité du système de soins ! Article paru dans l'édition du 1er juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


39) 13E FORUM DES LANGUES : " La plupart des langues sont menacées de disparition "

Pour Roland Breton (1), professeur émérite à l'université de Paris-VIII, la globalisation économique et l'hégémonisme de l'anglais entraînent un appauvrissement du patrimoine culturel mondial.

===> Toutes les langues du monde sont-elles apparentées ? - Roland Breton. Affirmer qu'une langue primitive aurait donné naissance à toutes les langues du monde serait une absurdité totale. Lorsque l'espèce humaine est née, en Afrique, elle ne parlait pas. Le langage est apparu dans l'humanité alors que celle-ci était déjà répartie un peu partout dans le monde. Il y a eu vraisemblablement plusieurs foyers d'apparition du langage. Ce ne sont là que des hypothèses ? à l'époque préhistorique, il n'y avait PAS d'écriture, donc pas de traces de la langue.

===> Quelle différence faites-vous entre une langue et un dialecte ? - Roland Breton. Le dialecte est une subdivision de la langue. Entre deux dialectes d'une même langue, la compréhension est possible. Par exemple, une personne parlant le champenois et une autre le picard vont se comprendre, même si elles ne s'expriment pas exactement pareil. En revanche, deux personnes utilisant des langues différentes, par exemple le basque et le breton, ne peuvent se comprendre que s'il y a eu apprentissage de la langue de l'autre. Il ne faut pas confondre dialecte et patois, mot dévalorisant qui n'existe qu'en France et inventé par le pouvoir jacobin, qui ne voulait qu'une seule langue dans le pays, le français.

===> Pourquoi parlez-vous de pluralité linguistique fragile ? - Roland Breton. Les États constituent un facteur fondamental : ils prescrivent des normes linguistiques dans les écoles, les médias, imposent des langues officielles et tendent à éliminer les parlers locaux. Il existe sur la planète une centaine de langues d'État, officielles. Environ quatre cents autres langues sont protégées. Et les milliers d'autres ? Les langues orales, celles qui ne sont pas codifiées, qui ne sont pas dans les dictionnaires, sont les plus vulnérables. Très peu d'États sont sensibilisés à ce problème.

===> Y a-t-il des langues, comme certaines espèces animales, en voie de disparition ? - Roland Breton. La diversité linguistique, patrimoine culturel de l'humanité, est encore plus menacée que la biodiversité, patrimoine naturel de l'humanité. La plupart des langues sont menacées de disparition. Or une langue, même si elle n'est parlée que par dix mille personnes, exprime une connaissance du monde. C'est un réservoir culturel, mythologique. Ne voir dans une langue qu'un outil de communication est un réductionnisme dangereux.

===> La globalisation économique est-elle une menace pour la diversité linguistique ? - Roland Breton. La globalisation économique s'accompagne d'une globalisation linguistique. Il y a un risque d'hégémonie de l'anglais, même si chaque langue se défend. Aujourd'hui, la plupart des publications scientifiques, même celles de l'Institut Pasteur, sont en anglais. On exprime moins facilement des nuances dans une langue d'adoption que dans une langue maternelle. On s'achemine vers un anglais basique international. Et c'est grave : cette pseudo-homogénéité de l'humanité est un appauvrissement. Même les grandes langues peuvent être menacées à terme. Propos recueillis par B. V. (1) Auteur d'un Atlas des langues du monde, Éditions Autrement. 80 pages. 14,95 euros. Article paru dans l'édition du 1er juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


40) 13E FORUM DES LANGUES : Pour que toutes les langues se délient

Le 13e Forum des langues, dimanche à Toulouse, s'est inquiété de la disparition de nombreux idiomes, faute d'enseignement mis en place par les États. Sa parlare italiano ? A dini me fol shqip ? Türkçe konusmayi biliyormusunuz ? Pe`e koutou popoto ite palalau faka`uvea ? Une fois par an, la place du Capitole se transforme en tour de Babel linguistique. Ainsi, dimanche, a-t-on entendu parler respectivement italien, albanais, turc et wallisien. Au total, quatre-vingts idiomes ont résonné le temps d'une journée au céur de Toulouse. Cette treizième édition du Forum des langues, comme les précédentes, s'est efforcée de faire vivre les mots prononcés tout autour de la planète, de composer une symphonie linguistique : arménien, arabe, khmer, occitan, chinois mandarin, roumain, guarani, coréen, portugais du Portugal et du Brésil, berbère, espéranto, catalan. Avec ce mot d'ordre : " Tous les métèques du monde sur la place du Capitole. " Sous des formes festives, la démarche de ce forum est avant tout politique : il s'agit de s'opposer à l'uniformisation linguistique, et donc à l'uniformisation de la pensée, induite par l'hégémonisme de l'anglais. Il s'agit aussi de rappeler que le français est loin d'être la seule langue en France. Le forum, né dans les milieux occitanistes, est organisé par le Carrefour culturel Arnaud-Bernard, du nom de ce quartier toulousain ô combien animé. Claude Sicre, l'un des deux Fabulous Trobadors, qui possède plusieurs cordes à son arc, est le grand ordonnateur de l'événement. Pour les occitanistes de cette mouvance, la revendication d'une langue et d'une culture n'est pas un repli sur soi, ni une démarche étriquée, mais l'expression de la diversité humaine. Selon la philosophie de ce forum, la disparition d'une langue, aussi peu parlée soit-elle, représente la perte d'une certaine vision du monde, d'un certain savoir. On ne sait pas exactement combien il y a de langues sur Terre. Sans doute entre 6 000 et 10 000. On sait en revanche qu'elles se répartissent en 106 familles de langages. 43,5 % des habitants de la planète parlent une langue indo-européenne. Félix-Marcel Castan, le théoricien de la décentralisation culturelle, avançait le principe selon lequel " les langues et les cultures sont égales entre elles, comme les citoyens d'une même république ". Dans les faits, elles sont encore loin de se trouver à égalité, y compris au sein d'une même république. Au stand de la Kanaky, on apprend par exemple que cet archipel possédait, il y a peu, vingt-neuf langues appartenant à la famille austrasienne. Aujourd'hui, elles ne sont plus que vingt-huit : faute de locuteurs, le wamwang est considéré comme éteint. Le pwapwâ ne compte plus que seize locuteurs et le arhâ trente-cinq. Et seulement quatre personnes parleraient encore le sishë. À peine sept de ces langues de Kanaky sont enseignées à l'école, le plus souvent en option. Du côté des Occitans, on s'inquiète aussi : il y a deux ans, dix-sept postes étaient proposés au CAPES d'occitan. L'an dernier, il n'y en avait plus que douze. Cette année, l'éducation nationale ne recrutera plus que quatre professeurs pour enseigner cette langue. Exemple flagrant, parmi beaucoup d'autres, des coupes claires dans le service public d'éducation. Au stand de la Croatie, au contraire, Marijo considère que sa langue se porte plutôt mieux depuis qu'elle n'est plus assimilée à sa voisine : " Le croate et le serbe sont deux langues proches mais différentes. La première utilise un alphabet latin et la seconde un alphabet cyrillique. Au temps de la Yougoslavie, le pouvoir a voulu imposer le serbo-croate. Cette fusion n'a pas vraiment réussi, même s'il y a eu des échanges entre les deux langues. Un Croate et un Serbe peuvent se comprendre. Quand je vais à Belgrade, je parle serbe. " La langue des signes pour sourds et malentendants est, elle aussi, représentée. Chaque pays possède la sienne, mais il existe aussi une langue des signes internationale. Depuis 1992, date de la création du premier Forum des langues à Toulouse, les initiatives de ce type se multiplient. On compte une quinzaine de manifestations multilinguistiques en France, en Belgique et à Barcelone. Une déclaration universelle des langues et des cultures est en cours d'élaboration et sera proposée à l'UNESCO. Pour que puissent s'exprimer toutes les langues du monde, hormis celle de bois. Bruno Vincens - Article paru dans l'édition du 1er juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


41) ENTRETIEN : Stéphane Hessel : " Les défis d'aujourd'hui sont au moins aussi graves que ceux de 1944 "

De la Résistance et des Nations unies aux sans-papiers, soixante ans d'engagement pour l'humanité. L'ancien résistant, le diplomate mais aussi le médiateur des sans-papiers consacre à quatre-vingt-sept ans son temps à l'édification d'un Collegium international éthique, scientifique et politique aux côtés d'Edgar Morin, de Michel Rocard, de Mary Robinson (ancienne présidente de l'Irlande). Avec une généreuse modestie, il décrypte les grands enjeux du XXIe siècle naissant, nous fait partager ses fraîches indignations, à la lumière de ses expériences passées. L'engagement au coeur d'une vie qu'il dit " chanceuse ". Exemplaire, surtout.

===> Nous fêtons cette année le 60e anniversaire du Conseil national de la Résistance, mais aussi le 60e anniversaire du débarquement des Alliés en Normandie. Quel regard portez-vous sur cette période et comment, à votre avis, pouvons-nous en puiser des ressorts de compréhension du monde d'aujourd'hui ? - Stéphane Hessel. En 1944, nous sortions d'une période épouvantable pour la France, mais ce qui a été très intéressant pour ma génération, c'est le formidable effort qui a été fait entre 1944 et 1950 : la remise en route de l'économie française, le plan Marshall, la IVe République avec les trois grands partis, MRP, socialistes, communistes. J'avais vingt-sept ans en 1944, c'était mon âge mûr. Dès 1946, j'ai été recruté à New York par les Nations unies. Mais je pensais sans cesse à la France. Soixante ans après, les défis d'aujourd'hui sont au moins aussi graves que ceux de cette époque, mais nous ne nous en rendons pas vraiment compte. Nous pensons que le monde tourne aujourd'hui avec une économie mondiale qui marche, alors qu'elle ne marche pas bien du tout. Nous pensons que nous avons construit l'Europe et qu'il n'y a qu'à continuer. En réalité, et c'est là peut-être que le message de 1944 est le plus intéressant, c'est que nous allons être obligés de résister comme nous l'avons fait à cette époque contre les trois grands risques qui surgissent : un risque de violence nouvelle à l'intérieur même des États. Les Nations unies, auxquelles je suis très attaché biographiquement, n'ont pas les moyens pour l'instant d'y faire face. Or nous risquons, et plus particulièrement les jeunes risquent de se trouver pris pendant encore des mois et des années dans une situation où leur vie est menacée par les impacts du terrorisme ou par de violents conflits ethniques. Le deuxième grand défi évident, pas suffisamment pris en compte, concerne la dégradation de la planète. Depuis les sommets de Rio et de Johannesburg, on sait qu'elle se dégrade depuis cinquante ans, mais que fait-on ? Pas grand-chose. C'est un autre défi pour la jeune génération. Le troisième défi, à mon avis encore plus grave, concerne l'écart croissant entre les très riches et les très pauvres. Cet écart a toujours existé, mais le développement formidable des moyens de communication permet pour les riches de savoir comment vivent les pauvres et ces derniers savent comment vivent les riches. Les jeunes actuellement aux responsabilités ou qui vont l'être sont devant des grands défis auxquels nous n'avons pas encore de réponse comme il y a soixante ans.

===> Quel regard portez-vous sur la société civile, les altermondialistes, et une jeunesse qui grâce à l'information prend justement conscience des questions environnementales, du déséquilibre Nord-Sud ? - Stéphane Hessel. Je crois qu'il y a une mise en question du rôle des États, du rôle des partis politiques, du rôle des institutions, qui est probablement le résultat de trop d'espoir mis dans ces forces et de leurs difficultés face aux nouveaux défis. Les gouvernements sont de moins en moins indépendants et souverains, les institutions internationales jugées trop bureaucratiques. De sorte que les citoyens, filles et garçons, et beaucoup de filles se posent tout naturellement des questions. Je le constate chez mes petits-enfants qui cherchent d'autres façons de se mobiliser. Il suffit de voir l'expansion extraordinaire des mouvements associatifs en France. Dans ce nouveau climat de financiarisation de l'économie et de dégradation de la planète, la réaction d'une génération qui prend ses responsabilités ne peut être que mondiale. De plus, il faut bien se rendre compte qu'on ne pourra réformer ce monde dangereux que si on le fait très largement tous ensemble. Ce qui signifie qu'il faut renforcer les institutions internationales, notamment les Nations unies, grâce à un appui plus fort des États, mais aussi de l'opinion publique, afin qu'elles puissent faire face à ces nouveaux grands défis. Je pense que l'on ne peut ni dire " laissons tout cela de côté et faisons, en tant que citoyens du monde, quelque chose par nous-mêmes " ni prétendre que, " puisque ces institutions sont imparfaites, il n'y a donc rien à faire ". Comme je passe pour un optimiste invétéré, ce qui est excessif parce que je ne suis pas complètement idiot, je pense qu'il est beaucoup plus important de montrer ce qu'il est possible et nécessaire de faire que de simplement démontrer pourquoi cela ne marche pas. Les mouvements de citoyens tels qu'à Porto Alègre, Florence et en Seine-Saint-Denis ont été pour moi une grande satisfaction. Mais je pense qu'il ne faut pas négliger l'amélioration des outils.

===> Comment avez-vous réagi aux résultats de la gauche lors des dernières élections régionales ? - Stéphane Hessel. Ce qui m'a fait plaisir dans ces élections, c'est le travail commun des forces de gauche. La tristesse du 21 avril de l'année 2002 provient de la dispersion de la gauche, qui s'est retrouvée bafouée. Je suis de ceux qui pensent qu'en France nous avons le plus grand besoin d'une gauche aussi cohérente que possible. Une gauche qui doit porter les grandes aspirations des écologistes. Je suis également intéressé par la façon dont évolue le Parti communiste. Il se trouve que je n'ai jamais été communiste. C'est un peu exceptionnel dans mon environnement. Beaucoup de mes amis de l'époque de la Résistance ont été très séduits par le communisme. Ceux qui s'en sont écartés de manière violente, et qui sont devenus des anticommunistes, m'ont toujours fait de la peine, parce je pense que ce n'était pas ça la manière de s'en écarter. Ceux qui ont compris qu'il y avait dans l'Internationale communiste des dangers de récupération et des dangers de stalinisme, et qui ont pris leurs distances, je les ai bien compris. Dès le début, ma formation était social-démocrate. J'ai toujours cru à la social-démocratie avec tout ce que cela peut comporter de difficultés. Mais, aujourd'hui, je considère que les communistes sont des alliés naturels contre un adversaire commun : une économie mondiale dérégulée et financiarisée qui ne respecte plus la protection des biens communs de l'humanité. Le danger est tellement grave qu'il faut cesser de se chipoter sur les violences ou les lâchetés passées.

===> Quel regard portez-vous sur l'exercice du pouvoir et de ses perversions ? - Stéphane Hessel. Le pouvoir est nécessaire. On a besoin d'un gouvernement. J'ai eu la chance de travailler dans le cabinet de Pierre Mendès-France. Une pratique extraordinairement brève. Sept mois, sept jours. C'est très peu. Mais où a-t-elle été significative pour moi ? Pierre Mendès-France est quelqu'un qui a toujours dit exactement à ses concitoyens ce qu'il faisait. Il a fait appel à leur intelligence beaucoup plus que ce que l'a fait le général de Gaulle. Il a travaillé davantage avec une citoyenneté active, intéressée. Cette notion de vérité est à l'inverse d'un machiavélisme très courant dans les allées du pouvoir. Or cette non-transparence est un danger dans la politique moderne. Les Richelieu et les Talleyrand agissaient dans le secret, et cela passait. Aujourd'hui, cela ne passe plus et c'est un progrès. Pour autant, il ne faut pas se borner à dire la vérité. Il faut également dire où l'on veut aller. C'est la deuxième chose que j'ai aimé chez Mendès. Dire exactement où l'on va, en ne négligeant pas de dire que cela va peut-être rater. Faire preuve de modestie. L'arrogance en politique est ce qui me déplaît le plus. Bien sur, Mendès, c'est 1954. Depuis, un demi-siècle s'est écoulé. Il faut aujourd'hui réadapter cette méthode à un contexte où la mondialisation joue un rôle beaucoup plus grand que ce n'était le cas à l'époque.

===> Les questions de coopération et de développement vous suivent depuis longtemps. Comment aujourd'hui porter la question des droits de l'homme au Nord tout en oeuvrant pour un rapprochement avec les pays du Sud ? - Stéphane Hessel. Je crois que notre responsabilité est grande à l'égard de ce qui se passe dans des pays particulièrement éprouvés par la post-colonisation. Le courant mondial portait vers la décolonisation. Il était nécessaire de donner à tous les peuples du monde la possibilité de se constituer en État-nation. Mais le travail d'un peuple vers un État-nation est un travail très difficile. Beaucoup de ces pays ont raté ce passage. Après l'indépendance, notre responsabilité était donc de les aider à trouver les voies de leur propre organisation en État de droit. Les aider à protéger chez eux, ce qui est quand même les grandes contributions de l'Occident au monde du XXe et du XXIe siècle : la proclamation des droits de l'homme et de la femme, les droits civils et politique, mais aussi les droits économiques, sociaux, culturels. Or ce travail, entrepris avec des moyens insuffisants, a eu des résultats déplorables. Nous devrions pourtant porter toute notre énergie à ce travail. On parlait de 1 % de nos PIB pour le développement, nous en sommes à 0,22 %. C'est vraiment lamentable. Mais, au-delà des ressources financières, l'écoute à l'égard de ce que réclamaient vraiment les populations paysannes, les jeunes, les industriels a été très médiocre. Nous avons essayé d'implanter nos méthodes, nos systèmes. Un homme comme José Bové a mieux compris que d'autres la situation des paysanneries africaines, la nécessité de leur donner la possibilité de s'auto-organiser, en soutenant le mouvement Via Campesina. L'évolution des pays qui garantissent peu à peu les droits économiques, politiques, civiques à leur population est probablement ce qui se passe de plus intéressant dans le monde actuel. Être à l'écoute de cette évolution, participer en partenaires amicaux à cette évolution, c'est peut-être ce que peuvent faire de plus satisfaisant pour elles-mêmes les jeunes générations de nos pays. En prenant cette dimension en considération, comme beaucoup sont en train de le faire, alors ils peuvent redevenir ce qu'ont été à d'autres périodes les intellectuels qui ont travaillé sur l'évolution des lois sociales dans nos pays.

===> Est-ce cette notion de responsabilité qui vous a poussé à vous engager aux côtés des sans-papiers en 1996 ? - Stéphane Hessel. Ce qui m'a tout de suite intéressé dans l'appel d'Ariane Mnouchkine, c'est que, face à un problème humain important, le gouvernement avait besoin d'un peu d'intelligence. Non pas pour ouvrir grandes les portes de la France à toutes les misères du monde ! Mais en traitant les situations au cas par cas. Afin de voir comment aider ceux qui ont la possibilité de s'insérer en France et ceux qu'il valait mieux aider à rentrer chez eux. Il ne fallait pas prendre le problème sous l'aspect policier mais humain. Dans certains cas, on y est d'ailleurs arrivé. Sur les 300 malheureux dont on s'est occupé, 292 ont été régularisés. Ce n'est donc pas impossible. Tout le problème, donc, de l'immigration et des migrations, j'aime mieux ce mot, est un problème auquel on peu trouver des réponses. Mais cela exige, autant des pays d'émigration que d'immigration, une concertation intéressante, intelligente, sérieuse, qui peut aboutir à de bons résultats.

===> Comment définissez-vous le conflit israélo-palestinien ? - Stéphane Hessel. Le fait que je me sois trouvé aux Nations unies au moment où l'on a donné une solution au problème d'Israël me touche particulièrement. Après la Shoah, les grandes puissances ont souhaité trouver une solution. Malheureusement, cela a provoqué un autre grand malheur, que les Palestiniens appellent " la Naqbah ", c'est-à-dire l'expulsion de leurs terres d'une quantité importante de population. Nous avons donc à faire à deux drames collectifs. Cette idée de l'État binational, b-religieux et peut-être trireligieux avec les chrétiens, c'était un peu le rêve, ce à quoi nous avions aspiré à l'époque. Et la responsabilité face à l'échec est évidemment partagée. La France a, sinon une responsabilité, du moins un problème particulier. C'est en France qu'il y a le plus grand nombre de juifs, environ 500 000, et le plus grand nombre de musulmans par rapport aux autres pays européens. Les violences dramatiques entre Israéliens et Palestiniens se répercutent ici. Et peuvent conduire à des dérives : dès qu'on accuse le gouvernement israélien de faire des horreurs, qu'il commet, on se fait traiter d'antisémite en France. Dès qu'on accuse le Hamas et le Djihad de commettre des attentats suicides qui font beaucoup de mal à la population et à l'état d'esprit israélien, on est accusé ne pas considérer le droit imprescriptible des musulmans à leur terre. C'est difficile. Mais il existe heureusement en Israël et en Palestine des femmes et des hommes qui gardent le contact et sont prêts à travailler. Il faut les encourager, en les traitant comme l'avant-garde d'un moment où les deux entités pourront vivre ensemble. Dans un premier temps, dans deux États différents. Car c'est très difficile d'arriver à l'idée d'un État binational, après tout ce qui s'est passé. Essayons d'abord d'atteindre le respect mutuel et la fin des combats. Un jour peut-être on arrivera à une plus grande communauté. Il faut soutenir sans relâche ceux qui là-bas veulent s'entendre, en sachant qu'ils sont malheureusement très minoritaires.

===> Parlez-nous de ce Collegium international auquel vous travaillez avec Michel Rocard ? - Stéphane Hessel. Nous travaillons, avec un nombre important d'hommes d'État internationaux, d'une part, et de philosophes et scientifiques, d'autre part, à une aventure à laquelle nous avons donné le nom de Collegium international éthique, scientifique et politique. C'est ce qui aujourd'hui me prend le plus de temps. L'intention consiste à profiter de l'expérience acquise par des hommes d'État, de préférence qui ne sont plus au pouvoir, et des hommes de penser, de sciences et de philosophie, comme Edgar Morin, côté français, Joseph E. Stiglitz (prix Nobel d'économie en 2001) côté américain, Jurgen Habermass (philosophe) du côté allemand. L'idée est de poser les problèmes, les grands enjeux et leurs priorités, proposer des solutions et faire appel aux dirigeants, aux opinions publiques et aux institutions qui peuvent les porter. Le premier mémorandum que nous avons rendu public l'année dernière concerne les Nations unies. Nous expliquons que nous avons terriblement besoin dans le monde actuel d'une organisation mondiale forte, qui surmonte ses faiblesses. L'ONU n'est pas une entité en l'air, elle est ce que les États membres veulent bien en faire. Il faut que travaillent ensemble les Chinois et les Indiens, les Anglais et les Allemands, les Américains et les Japonais, les Brésiliens et les Nigériens. Il faut renforcer cette organisation. Pour que les conditions d'entrée en guerre des États-Unis en Irak - ils n'ont pas respecté l'ONU - ne se reproduisent plus, pour que le Rwanda ne se reproduise plus. Encore une fois, j'ai la chance très vieux, quatre-vingt-six ans, ce n'est pas rien, d'être encore associé à cet effort auquel très modestement j'essaie d'apporter ma petite expérience, mais où surtout je me retrouve en contact avec des gens pour lesquels j'ai de l'admiration. Pour ne vous en citer qu'une, Mary Robinson, ancienne présidente de l'Irlande, ancien haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU. Voilà le type de femme, car il nous faut des femmes maintenant, qui porte en elle exactement le type d'ambition et de modestie conjointe, d'énergie, de volonté de pointer les vrais problèmes. Alors travailler avec des gens comme cela, c'est formidable.

===> Qu'auriez vous envie de dire à une jeune femme ou un jeune homme qui entre dans un troisième millénaire incertain ? - Stéphane Hessel. Je lui dirai : " Prends mon deuxième ouvrage qui s'appelle Dix Pas dans le nouveau siècle, et lis simplement les dix dernières pages. Les grands défis sont là. Tu peux les connaître, tu peux les comprendre. Quand tu les auras compris, engage-toi. Car l'engagement - héritage de Jean-Paul Sartre, le philosophe de ma génération -, l'engagement, c'est ce qui rend à l'homme tout son épanouissement possible. Se désengager, c'est renoncer à quelque chose qui est prodigieusement porteur. Écoute tes indignations, regarde ce qui te tient le plus à coeur. Va là où tu éprouves une émotion. Et tu auras une vie intéressante. " Entretien réalisé par Maud Dugrand - Stéphane Hessel, Danse avec le siècle, Seuil, 1997 ; et Dix Pas dans le nouveau siècle, Seuil, 2002. Article paru dans l'édition du 9 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


42) ESSAI : L'Amérique anticapitaliste

Au-delà de la dénonciation de la mainmise des multinationales sur le pays, Jim Hightower décrit les forces des mouvements sociaux, dont on parle rarement. Ces truands qui nous gouvernent. Ils nous ont volé l'Amérique, il est temps de la reprendre, par Jim Hightower, Éditions du Croquant, 2004, 458 pages, 14 euros. Pour connaître l'autre Amérique, celle de Moore, un livre à lire : Jim Hightower, journaliste de talent, figure parmi les orateurs anticapitalistes les plus connus aux États-Unis. Des accusations décapantes tracent le portrait des " kleptocrates (qui) nous volent notre pays mais aussi nos idéaux démocratiques " (p. 30). Il publie ainsi quelques listes de sociétés dont les dirigeants participent aux instances gouvernementales, ou de multinationales finançant le clan Bush. Toute la première partie du livre, " L'Amérique en déroute ", met en évidence les effets de la mainmise des dirigeants de l'industrie : le projet Star War, les guerres pour contrôler le pétrole au niveau mondial. Le pactole pour un petit nombre qui en profite : depuis la chute du mur (1989), le budget du Pentagone est passé de 270 milliards à 400 milliards de dollars (1). Lucide, il montre aussi les " tremblocrates ", ces dirigeants du Parti démocrate profiteurs et prisonniers du même système de pouvoir. Utilisant les données officielles, Hightower dresse le tableau des plus grosses contributions de l'industrie de l'armement aux campagnes pour les élections au Congrès et à la présidence, de 1992 à 2002, avec leur répartition entre républicains et démocrates (p. 165 et 166). De même, pour la seule élection présidentielle de 2002, le tableau des sommes versées par des firmes ayant des démêlés avec la justice en vue de faire adapter les lois (p. 144 et 145). Cela va des 3,5 millions de dollars versés par Microsoft (40 % pour les démocrates, 60 % pour les républicains) aux 547 225 dollars versés par Enron (29 % pour les démocrates, 71 % pour les républicains). Toute cette démonstration s'accompagne des précisions sur ses sources, comme pour dire : vérifiez vous-mêmes. Pour lui, il ne s'agit pas de se borner à une dénonciation. Son but, le plus surprenant peut être pour un lecteur français : " Remettons le pays dans la politique (.). On ne peut avoir un mouvement de masse sans masses " (p. 201). Dans ce dossier journalistique explosif et de style très inventif, les deuxième et troisième parties décrivent les forces des mouvements sociaux à partir desquels changer les États-Unis. Retenons quelques faits. 75 % des Américains préféreraient, selon des sondages répétés, que l'argent public serve à stabiliser la Sécurité sociale plutôt que pour compenser les baisses d'impôts qui ne profitent qu'aux riches. Des luttes ont lieu, dans des dizaines de villes (p. 310 à 315) pour rejeter le développement de Wal Mart, cette grande entreprise de commerce qui, avec 1,3 million d'employés dans le monde et ses 4 400 magasins aux États-Unis, devient la plus grande entreprise mondiale et finance grassement Bush et les siens. Malgré ses " appuis ", des plaintes pour heures supplémentaires non payées sont actuellement instruites dans 25 États contre Wal Mart ! Hightower donne à connaître une Amérique où des paysans développent une agriculture bio en rupture avec les grands groupes agroalimentaires et où, devant le soutien qui les entoure, quelques grandes villes en viennent à les aider. Une Amérique où des syndicats du vêtement, en lien avec des associations, développent des alternatives au travail clandestin. Voilà donc des forces de résistance au libéralisme, dans des mobilisations unissant syndicalistes (2) et réseaux d'associations. L'auteur donne d'ailleurs une centaine d'adresses d'organisations locales ou nationales, en lien avec lesquelles ce livre a été écrit. En réponse au Bush va-t-en-guerre qui profère " Ils haïssent nos libertés ", Hightower répond : " La population du monde est parfaitement capable de discerner le peuple américain d'un côté et la puissance commerciale ainsi que la force militaire de l'autre. " Pierre Cours-Salies, sociologue (1) Voir aussi Une histoire populaire des États-Unis, de Howard Zinn. Éditions Agone, 2002. (2) Voir aussi Des syndicats domestiqués. Répression patronale et résistance syndicale aux États-Unis, de Rick Fantasia et Kim Voss. Éditions Raisons d'agir, 2003. Article paru dans l'édition du 9 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


43) HISTOIRE : La genèse scientifique du fait social

C'est au XVIIIe siècle que surgit pour la première fois en France le projet de fonder l'action politique sur une connaissance statistique de la réalité humaine. Arithmétique politique dans la France du XVIIIe siècle, sous la direction de Thierry Martin, préface de Bernard-Pierre Lécuyer. Éditions INED, 552 pages, 28 euros. L'ouvrage collectif composé sous la direction de Thierry Martin, que vient de publier l'INED, s'attache à retracer la généalogie et à suivre l'évolution, au long du siècle des Lumières, d'une discipline dont le nom a aujourd'hui disparu pour être remplacé par celui de statistiques. Aussi désuète soit-elle, l'ancienne dénomination permet pourtant de signaler clairement sa particularité et son projet, celui de quantifier des observations, portant sur la réalité sociale, " celles du nombre des hommes qui habitent un pays ; de la quantité de nourriture qu'ils doivent consommer ; du travail qu'ils peuvent faire ; du temps qu'ils ont à vivre ; de la fertilité des terres ; de la fréquence des naufrages, etc. " (Diderot, article " Arithmétique politique ", Encyclopédie méthodique, cité page 3). Le but de cette application des mathématiques à l'analyse des faits sociaux n'est pas, on le devine, purement théorique : il est aussi pratique, puisqu'il s'agit de guider l'action politique en constituant un ensemble de données permettant d'établir un certain nombre de probabilités. En circonscrivant dans les deux premières parties de l'ouvrage le champ de leurs analyses à la fois dans l'espace - la France - et dans le temps - le XVIIIe siècle -, les auteurs de l'ouvrage partagent le présupposé selon lequel il existe bien une spécificité de l'arithmétique politique française, différente à la fois de l'arithmétique politique anglaise (quantitative) et de la statistique universitaire allemande (qualitative), et c'est cette spécificité qu'ils s'efforcent de cerner. Ils admettent d'autre part que le XVIIIe siècle en France, à travers les articles de l'Encyclopédie et les ouvres de Buffon, de Montesquieu, de l'abbé Morellet, de Condorcet, etc., constitue le moment où le projet de fonder rationnellement l'action politique sur la connaissance scientifique car mathématisée des faits sociaux se formule explicitement. La naissance de l'arithmétique politique en France au XVIIIe siècle ne relève pas pour autant d'un processus de génération spontanée : de fait, la nouvelle discipline est étroitement solidaire de traditions et de pratiques qui lient son destin au processus historique de constitution des États modernes : ainsi en est-il des travaux démographiques et économiques de Vauban, des enquêtes commandées par l'administration royale, des recherches conduites dans les cercles savants à la fin du XVIIe siècle. La naissance de la discipline ne peut être davantage dissociée de l'émergence progressive d'un certain nombre de représentations philosophiques : émergence d'une certaine conception de la rationalité, conviction que cette rationalité ne caractérise pas seulement les faits naturels mais aussi les faits sociaux et politiques, que cette rationalité fonde le projet de constitution des sciences de la nature comme celles de l'homme, que les sciences mathématiques constituent l'instrument de cette scientificité : toutes convictions qui parviennent à maturité au XVIIIe siècle mais qui s'enracinent, chacune à sa façon, au début de l'époque moderne. Mais en même temps, c'est une certaine idée du politique et de l'action politique que présuppose le projet de constitution d'une arithmétique politique, celle d'une politique elle-même rationnelle, c'est-à-dire celle où l'exercice du pouvoir politique se fonde sur la maîtrise d'un savoir qui doit donner à cet exercice sa pleine rationalité et, partant, sa pleine efficacité. Ce fort volume, qui rassemble les interventions de démographes, d'économistes, de statisticiens, d'historiens des mathématiques et de philosophes présente d'abord l'intérêt de faire la preuve de la pertinence d'une approche pluridisciplinaire dans le champ de l'histoire des sciences dont les objets, et c'est exemplairement le cas de l'arithmétique politique, ne peuvent être appréhendés que grâce au croisement d'interrogations aussi bien historiques, épistémologiques, politiques que philosophiques. Il présente également l'intérêt de poser une série de questions fort importantes et notamment la question de la rencontre entre projet épistémologique et projet politique, puisque la question du statut épistémologique des sciences sociales, qui font très précocement l'objet d'une mathématisation, instrument et gage tout à la fois de scientificité, est posée en liaison avec le désir politique d'accéder à la maîtrise rationnelle du gouvernement des hommes. La diffusion de ce projet hors de France, dans l'Europe des Lumières, ainsi que sa postérité, dont le rêve technocratique du XXe siècle peut être tenu pour l'ultime avatar, ne sont pas non plus oubliées : une façon, en ce qui concerne cette permanence, d'être en mesure de repérer sa présence actuelle et de continuer à s'interroger sur sa pertinence et sa légitimité, dans la mesure où ses présupposés anthropologiques - la possibilité de gouverner les hommes comme on gouverne les choses - aussi bien que la question des liens du savoir et du pouvoir demeurent une question d'actualité que cet itinéraire historique contribue, c'est un autre de ses mérites, à éclairer. Simone Mazauric, historienne des sciences - Dernier ouvrage paru, Théophraste Renaudot. " De la petite fille velue " et autres conférences du Bureau d'adresse, Klincksieck, 2004. Article paru dans l'édition du 9 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


44) " Une inconditionnelle de la liberté " : LA CHRONIQUE DE REGINE DEFORGES

C'est une petite femme au regard vif, derrière de grosses lunettes, aux cheveux blancs, et qui possède son franc-parler. Elle vit près des Invalides, dans un grand appartement aux murs couverts de beaux tableaux qu'a collectionnés son mari, François-Gérard Seligmann. Françoise et François-Gérard sont tous deux juifs. Comme tels, ils ont souffert durant l'occupation de la France. En 1939, elle avait vingt ans et poursuivait ses études au lycée Thiers de Marseille. À Bordeaux ensuite, elle fait " l'apprentissage de la défaite " (1), voyant se presser, sur les routes, la foule des réfugiés et des soldats en débandade : " C'est bien l'image humiliante de la défaite qui est là, sous nos yeux, une image tangible, si intensément dramatique qu'elle nous paralyse et nous laisse désorientées le long de la route " (2). Françoise Seligmann retourne alors à Marseille pour rejoindre sa mère ; la jeune fille doit abandonner ses études et gagner sa vie. En 1941, elle est engagée comme assistante sociale auprès du tribunal pour enfants de Lyon ; elle y est chargée d'enquêter sur les cas soumis au tribunal et de présenter des rapports. Parallèlement, elle fait un stage d'infirmière à l'hôpital de Grange-Blanche. Dans le courant de la même année, elle entre en contact avec la Résistance. Très vite, elle reçoit pour mission de convoyer des familles juives jusqu'à la frontière suisse. En 1942, elle rencontre, au temple de la rue Lanterne dont Roland de Pury, lui-même résistant, est le pasteur, Henry Frenay et Bertie Albrecht, membres du réseau Combat ; ils lui confient le soin de distribuer leur journal clandestin. Sur l'ordre de Claude Bourdet, elle quitte son poste au tribunal et entre dans la clandestinité. Le 11 novembre 1942, la zone libre est occupée. Le 23 janvier, Françoise Seligmann apprend l'arrestation de sa mère à son domicile de Marseille et elle part à sa recherche à travers commissariats et prisons. Libérée par un commissaire de police français, sa mère regagne son domicile et y retrouve sa fille ; elles se rendent alors à Lyon où sa mère trouvera refuge chez des amis. Dans le premier tome de ses mémoires, Liberté, quand tu nous tiens, Françoise Seligmann nous entretient aussi de ses rencontres avec Albert Camus, Claude Bourdet ou Pascal Pia, avec lesquels elle participe à l'aventure du journal Combat. Elle nous fait vivre la joie de la libération de Paris, son émotion en apercevant la haute silhouette du général de Gaulle qui " avait été l'âme de la résistance contre les Nazis ". Mais " l'Homme de Londres ", le héros de leurs rêves, se montre distant voire méprisant envers les jeunes résistants qui se pressent autour de lui, ce 25 août 1944, afin de lui dire leur reconnaissance, leur attachement, dans l'espoir d'un regard ou d'un mot chaleureux : " Nous étions persuadés qu'avant de nous connaître, il nous aimerait comme nous l'aimions. " " Le malentendu s'est installé dès le premier jour, entre de Gaulle et la Résistance intérieure ", remarque-t-elle avec tristesse. Puis, c'est le retour des prisonniers de guerre et des déportés que ses camarades et elle vont accueillir, à Paris, au cinéma Rex et à l'hôtel Lutetia. De là date sa première rencontre, au ministère des Prisonniers, avec François Mitterrand qui, en l'absence d'Henry Frenay devenu ministre, fait fonction de secrétaire d'État. Françoise insiste sur " la fragilité des hommes et des femmes qui ont vécu l'enfer de la déportation ". " François Mitterrand n'a manifestement aucune considération pour notre délégation, bien que nous ayons précisé que nous représentions l'ensemble des mouvements de Résistance. " Les membres de la délégation se retirent, " confondus devant l'inconscience et la morgue du jeune Mitterrand dont [ils] ne [pouvaient] guère soupçonner, à l'époque, quel avenir brillant l'attendait ". Elle suit alors le conseil d'André Malraux qui, à plusieurs reprises, lui avait dit : " Vous devriez faire du journalisme ", et elle fonde un hebdomadaire, la Française. Le même Malraux, promu ministre de l'Information et auquel elle présente son projet, lui lance, ironique : " Vous voulez faire du journalisme et vous ne savez même pas la différence entre un bulletin d'association et un vrai journal ! " En 1946, Françoise épouse François-Gérard Seligrnann, riche antiquaire, également agent de renseignement de l'Intelligence Service, qu'elle a rencontré dans la Résistance. En sa compagnie, elle découvre l'Amérique avec " le sentiment d'avoir atterri sur une autre planète " et s'y étonne du gaspillage. Survient alors l'affaire " Finaly ", du nom d'enfants juifs dont les parents furent déportés et qui, confiés à une institution catholique, furent baptisés en dépit du judaïsme affirmé de leurs parents. Leur institutrice refuse ensuite de les remettre à leur famille légitime et se fait nommer " tutrice provisoire des enfants Fïnaly ", allant même, avec la complicité de religieux, jusqu'à les dissimuler sous de fausses identités. La cause des enfants Finaly pousse Françoise à adhérer à la Ligue des droits de l'homme où elle est rapidement amenée à demander, avec la totalité des membres de la Ligue, la révocation de la condamnation à mort des époux Rosenberg, couple de savants atomistes américains convaincus d'espionnage au profit de l'URSS et condamnés pour cela à la peine capitale. En dépit d'une mobilisation mondiale, Julius et Ethel Rosenberg furent exécutés : " Étaient-ils coupables ? Étaient-ils innocents ? Ce qui importait pour nous, c'est que les preuves de leur culpabilité n'avaient pas été apportées. " Peu lui importe donc, ce qu'elle défendait, c'était " le principe intangible de la présomption d'innocence ". Il y a beaucoup de choses à dire de cette femme exceptionnelle et la place qui m'est ici impartie est, elle, limitée. J'y reviendrai donc la semaine prochaine. (1) Françoise Seligmann : Liberté, quand tu nous tiens, tome I, aux Éditons Fayard, Paris, 2000. (2) Cette citation et toutes les suivantes sont extraites de l'ouvrage précité. Article paru dans l'édition du 9 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


45) Parution : L'Invention du Big Bang, par Jean-Pierre Luminet

Éditions Seuil, 2004, 8 euros.

Les pères du désormais célèbre Big Bang ne sont pas ceux que l'on croit. Ils sont même inconnus du public. Jean-Pierre Luminet, astrophysicien passionné, et passionnant, retrace dans ce livre, qui réactualise un ouvrage paru en 1997, ce qu'il estime être la vraie filiation de cette théorie, l'une des rares à avoir débordé du cadre des seuls savants. Pour nombre d'esprits curieux et cultivés, le concept de l'expansion de l'univers comme celui du Big Bang sont à mettre au compte d'Edwin Hubble et d'Albert Einstein. Sauf que ce dernier a mis dix ans à admettre l'idée d'un univers évolutif, alors même qu'il avait formulé la théorie de la relativité. Le Big Bang est né dans l'esprit d'un mathématicien russe, Alexandre Friedmann, d'un chanoine belge, Georges Lemaître et de l'Américain d'origine russe George Gamow, nous raconte Jean-Pierre Luminet. " Armés de leur crayon " et d'une intuition " géniale ", ces trois scientifiques élaborent les trois idées maîtresses de la cosmologie relativiste : l'univers est en expansion, il a une origine singulière et la mémoire de celle-ci est inscrite dans un " rayonnement fossile ". L'auteur, qui nous promène ainsi à travers l'histoire et l'espace, est lui-même est à l'origine d'une hypothèse déconcertante : l'univers serait fini, mais sans bords ni limites. V. D. Article paru dans l'édition du 9 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


46) PHILOSOPHIE : Hegel, la vie devant soi

Enfin traduite en français, la célèbre biographie de Karl Rosenkranz montre la filiation révolutionnaire de la rationalité hégélienne. Vie de Hegel, suivi de Apologie de Hegel contre le docteur Haym, par Karl Rosenkranz, traduit de l'allemand, présenté et annoté par Pierre Osmo. Éditions Gallimard, 2004, 740 pages. 36,50 euros. Il est vraiment surprenant que le lecteur français ait dû attendre 160 ans cette biographie classique (publiée à Berlin en 1844). Même si la lacune est enfin comblée, grâce à Pierre Osmo - enseignant à l'université de Nanterre jusqu'à sa retraite récente - et aux Éditions Gallimard, le retard dans la traduction ne saurait simplement s'expliquer par la longueur de l'ouvrage. Car pour tout lecteur de Hegel un tant soit peu sérieux, le livre (traduit en de nombreuses langues) constitue depuis sa parution une source indispensable d'informations. Rosenkranz fut le premier biographe, quasi officiel, du philosophe, ce qui signifie qu'il pût accomplir sa tâche avec l'accord et le concours de la famille, des amis et disciples les plus proches de Hegel. À ce titre, il eut des contacts directs avec des contemporains du philosophe, des témoins de sa vie et de son activité. Il jouit aussi d'un accès privilégié à des manuscrits qui, depuis, ont disparu. Son travail fut reconnu dès sa parution, et largement utilisé par les spécialistes du monde entier. Jacques D'Hondt, par exemple, l'un des grands maîtres de la philosophie hégélienne en France, lui-même biographe reconnu du philosophe (Hegel, biographie. Calmann-Lévy 1998), rendit fréquemment hommage à Rosenkranz. Rosenkranz (né à Magdebourg en 1805, mort à Königsberg en 1879) était trop jeune pour devenir un proche de Hegel, décédé en 1831. Il put encore faire personnellement sa connaissance, mais ce sont les disciples du maître qui l'initièrent à sa philosophie. Il enseigna surtout à Königsberg, où il avait hérité de la chaire même de Kant - il se distingua d'ailleurs aussi par une Histoire de la philosophie kantienne (1840). Cet esprit encyclopédique, qui publia sur de nombreux aspects du système hégélien, ainsi que sur beaucoup d'autres sujets (on lui doit l'une des meilleures études allemandes sur Diderot, publiée en 1866), devint l'un des plus prestigieux représentants de l'école hégélienne. De tous ses travaux, le plus original fut sans doute un livre d'esthétique : son Esthétique du laid (1853). Rosenkranz compta aussi parmi ceux d'entre les professeurs allemands qui surent jouer un rôle politique quand il le fallut, notamment en 1848-1849. Certes, il était modéré dans ses engagements, mais il se rangea tout de même parmi les " opposants à toute restauration des privilèges d'Ancien Régime " (comme le résume bien P. Osmo, pages 33). Parmi les nombreux éléments du parcours de Hegel que nous ne connaissons que grâce à Rosenkranz, on relèvera d'abord les études économiques du jeune philosophe, qui ont toujours intéressé la réception marxiste de son éuvre. Hegel cite Adam Smith pour la première fois dans un texte de 1803, maintenant disponible en français dans la méticuleuse édition de Myriam Bienenstock (Hegel : le premier système, PUF, 1999, pp. 104, 124 s.). Mais ses études de l'économie politique furent sans aucun doute plus précoces. C'est dans ce contexte que Rosenkranz apporte une indication précieuse : il nous informe que Hegel rédigea, en 1799, un commentaire sur un autre économiste écossais, James Steuart, et qu'il en fit même un résumé - dont le point culminant était constitué par une remarque : Hegel, " avec une noble emphase ", se serait efforcé " de sauver l'âme humaine (en allemand : das Gemüt) prise dans la concurrence et dans le mécanisme du travail. et de l'échange " (page 201). On peut certes regretter que Rosenkranz n'ait pas donné plus de détails sur ce commentaire. Le manuscrit ayant été perdu par la suite (et non pas par la faute de Rosenkranz !), le résumé fait par ce dernier nous a permis de préserver le souvenir d'un Hegel qui voulait être du côté des défavorisés et des victimes d'un libéralisme à outrance. On évoquera aussi ici le beau chapitre sur la " vie d'étudiant " de Hegel (pages 129-136) : un chapitre qui ne cache pas la sympathie du philosophe pour la Révolution française (" l'orateur le plus enthousiaste de la liberté et de l'égalité "), même s'il la minimise aussi, en quelque sorte, en l'insérant dans un récit des frasques du jeune homme et de ses camarades - le chapitre, qui relève entre autres détails la préférence de Hegel pour des boissons alcoolisées et ses premières aventures amoureuses, donne par ailleurs une image très humaine d'un philosophe qui, à d'autres biographes, a pu parfois sembler austère. Plus sérieusement, Rosenkranz a parfois tendance à camoufler l'engagement politique du philosophe : " Il ne dit pas tout ce qu'il sait ", écrivait déjà D'Hondt. Rosenkranz, par exemple, connaissait très probablement les noms des amis auxquels Hegel envoya son texte de 1798 sur le débat qui eut lieu à propos de la constitution du Wurtemberg. Ces amis se trouvaient dans le camp du progrès, c'étaient peut-être même des révolutionnaires - mais Rosenkranz n'en révéla rien. Retint-il les noms par-devers lui pour les protéger, comme le voudrait l'interprétation la plus généreuse de son attitude ? Ou consentit-il plus simplement aux souhaits de la famille de Hegel, soucieuse de n'effrayer ni la dynastie prussienne ni la censure ? Même s'il conviendrait donc de rectifier par-ci par-là le tir de Rosenkranz, soit parce qu'il s'est trompé, soit parce qu'il ne voulut pas dire tout ce qu'il savait - tant dans sa présentation que dans ses notes, Osmo fournit des outils permettant au lecteur d'effectuer cette remise en place - la Vie de Hegel demeure un document incontournable, qui a marqué l'image que plusieurs générations se sont faite du philosophe. Nous ne pouvons donc que saluer cette publication. Osmo ajoute à cette biographie, et ceci est approprié, l'Apologie de Hegel (1858), les oraisons funèbres de Marheinecke et Förster et le portrait de Hegel par Hotho. C'est un ensemble fort réussi. Norbert Waszek, professeur des universités (*) Dernier ouvrage paru : Hegel : droit, histoire, société, PUF, 2001. Article paru dans l'édition du 8 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


47) Les archives de la parole : LA CHRONIQUE DE CYNTHIA FLEURY

En ces temps de batailles médiatiques, de stratégies logomachiques et de rhétoriques du " parler vrai ", rien de plus sain pour l'esprit que de redécouvrir une parole non manipulée, simplement talentueuse, qui désinstrumentalise, problématise, critique, élabore, mais aussi hésite, se reprend, raconte, transmet, prend son temps d'expliquer, revient sur elle-même, mais toujours argumente et donne à penser. La parole a aussi sa bibliothèque : pour évoquer le travail des éditeurs Patrick Frémeaux et Claude Colombini, on préférera, au terme de logothèque (qui aujourd'hui, évolution oblige, fait plutôt penser au commerce de téléchargements de logos), celui de " patrimoine sonore ", qu'il renvoie à des éuvres littéraires, à des discours politiques, à des grands entretiens, ou à des cours magistraux. Un corpus intellectuel à écouter ; qui fait son travail de grande et de petite voix. On célèbre à tout va le débarquement et la Libération. Profitons-en pour explorer la généalogie philosophique des idées républicaines, notamment celle de notre chère trinité (1). Depuis longtemps déjà ces notions de liberté, d'égalité et de fraternité taraudent les esprits. On pense à Voltaire, à Jean-Jacques Rousseau, et l'on réécoute ici leurs textes fondateurs, ou encore ces lignes de Michelet trop peu connues dans lesquelles il nous rappelle que " la cité n'est nullement une loi fixe et morte de bronze " mais une " initiation ", une " éducation mutuelle de l'ignorant par le savant et du savant par l'ignorant ". Tel est " le point de départ de toute politique sérieuse. Se rapprocher, s'estimer, se respecter ". Ni l'énergie du premier, ni la haute culture du second n'ont de légitimité à régner : elles ont à construire ensemble la souveraineté. Puis c'est au tour de Hugo de nous enthousiasmer avec l'inébranlable, l'inusable " roc " du droit dans le céur du peuple. Et puis vient Péguy et sa " mystique républicaine ", cet instinct plus " sûr " que toutes les connaissances. De " pensées ", la politique est devenue simple marché de " propositions ". Le sentiment républicain n'est plus " organique ", il est " logique ". Les générations suivantes sauront-elles redevenir " mystiques " ? Enfin, de Gaulle et l'idée d'une " France combattante ", d'une nation libre toujours unie pour la " rénovation de la patrie ", et, pour conclure, Jefferson et Roosevelt, qui par cette histoire sonore de la démocratie nous témoignent de sa construction plurielle. Autre recueil sonore à aller investir : les leçons de Michel Onfray données à l'Université populaire (2), allant du présocratisme à la névrose chrétienne. Le philosophe aime à rappeler que l'origine de la philosophie n'est en rien grecque mais procède d'une tradition indienne, chinoise, mésopotamienne et égyptienne, entièrement récupérée et revitalisée par les penseurs grecs. Avant Pythagore, il y a eu les gymnosophistes indiens. Mais voilà. Comment lutter lorsque d'un côté le corpus est fragmenté, voire invisible, et de l'autre, lorsque plus de 2 000 pages (Platon) sont presque intégralement transmises ? L'histoire est ainsi faite qu'elle est celle des " vainqueurs ", et le professeur s'attache à fonctionner à rebours d'elle - avec le peu de sources qu'il a à sa disposition - pour démontrer la valeur des pensées hédonistes, sensualistes, matérialistes des ères préchrétiennes qui forment le " continent oublié de la pensée occidentale ". Loin de la " philosophie officielle ", on découvre Leucippe, Démocrite, Antiphon le sophiste et thérapeute hédoniste, Aristippe le jouisseur, Diogène le cynique, Épicure et l'immense alternative à l'idéalisme platonicien. Comme Pierre Hadot (3), Onfray enseigne une vision de la philosophie qui n'a rien de théorétique. " La philosophie est réservée à ceux qui s'en emparent ", qui n'en conservent la trace écrite que pour mieux la pratiquer. Bien avant que le christianisme vienne confisquer l'arsenal intellectuel de la pensée grecque, et " doper " ainsi sa propre idéologie, il y a eu cette première tradition - que l'on retrouve avec Montaigne, Schopenhauer, Nietzsche - dont Onfray veut se faire l'historien : une philosophie de la vie et non de la doctrine. (1) Liberté-Égalité-Fraternité, enregistrements historiques proposés par André Bernard et Patrick Frémeaux. (2) Michel Onfray, 12 cours enregistrés présentant une contre-histoire de la philosophie. Une coédition sonore de Frémeaux & Associés, France Culture, Grasset, Université populaire de Caen. (3) Pierre Hadot, le Voile d'Isis. Essai sur l'histoire de l'idée de Nature, Gallimard, 2004. Article paru dans l'édition du 8 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


48) DICTIONNAIRE : Un éloge de l'hospitalité

Plus de quatre-vingt-dix auteurs de nombreuses disciplines ont collaboré à un monumental ouvrage qui pose la question du véritable sens de la relation à l'autre. Le Livre de l'hospitalité. Accueil de l'étranger dans l'histoire et les cultures, sous la direction d'Alain Montandon, Éditions Bayard, 2004, 2 042 pages, 59 euros. La notion d'hospitalité valait-elle que le philosophe Alain Montandon lui consacre plus de deux mille pages sous la forme d'une sorte de dictionnaire à thèmes dont les entrées touchent à de très nombreux domaines de l'existence et de la pensée humaine ? Il s'agit d'un travail d'une grande pertinence, et surtout d'une grande actualité historique. Si l'on considère que l'hospitalité, condition originelle de la coexistence entre nomades et sédentaires, est devenue aujourd'hui la condition d'un rapport non destructeur à l'autre, son élargissement en une hospitalité universelle et concrète est en passe, dans notre monde criblé d'interventions militaires impériales, de se transformer en un impératif catégorique prioritaire. Certes, dans l'Antiquité grecque, on se faisait déjà une haute idée du devoir d'hospitalité : dans l'Odyssée, Ulysse, à chaque fois qu'il aborde un nouveau rivage, se pose la question de savoir s'il va " trouver des brutes, des sauvages sans justice ou des hommes hospitaliers craignant les dieux ". Homère dessine en réponse à cette question une géographie imaginaire des lieux qui lui apparaissent civilisés et de ceux où règne la barbarie. L'hospitalité, qui a pu sembler un temps destinée à être rangée au musée des souvenirs, reprend aujourd'hui une importance décisive. En témoignent les recherches sur lesquelles s'appuie cet ouvrage monumental, auquel ont collaboré quatre-vingts auteurs venus de différents pays et de divers horizons, philosophes, anthropologues, psychologues, comparatistes, historiens, ethnologues, civilisationnistes et sociologues. Un index autorise différentes lectures-promenades. On trouvera, bien sûr, d'importants articles sur les réflexions novatrices des philosophes Jacques Derrida, Michel Foucault, Emmanuel Lévinas, Paul Ricoeur, René Schérer, Michel Serres., jouxtant d'intéressantes analyses sociologiques poussant toujours plus loin le célèbre Essai sur le don de Marcel Mauss. La réflexion philosophique de Jacques Derrida est très largement évoquée à partir de son séminaire et de ses écrits. On sait que, pour lui, " l'hospitalité est infinie ou elle n'est pas ; elle est accordée à l'accueil de l'idée d'infini, donc de l'inconditionnel ". Ce qui signifie que l'hospitalité absolue devrait consister à accueillir l'étranger sans restriction aucune et pour une durée indéterminée. Or, développant la " négation étatique " évoquée par Kant dans le troisième article en vue de la paix perpétuelle, Derrida montre la distance qui sépare d'avec l'hospitalité pure la façon dont l'hospitalité est pratiquée dans les États modernes. Cette posture corrompue, selon Kant, relève du " droit cosmopolitique " : l'hospitalité signifie le droit pour l'étranger, à son arrivée sur le territoire d'un autre, de ne pas être traité par lui en ennemi. Entre l'hospitalité pure et l'interrogatoire d'identité, fût-il " poli ", il y a une tension mise en évidence par l'utopiste anglais William Morris dans Nouvelles de nulle part (1891) : " Ami, nous ne savons comment vous appeler ; serait-il indiscret de vous demander votre nom ? - Ma foi, je nourris moi-même quelque doute à ce sujet. Mettons que vous m'appellerez Guest ou Hôte. " Le lien de l'hospitalité et de l'utopie est finement analysé, sous le titre Besoin d'absolu et espoir du meilleur, par René Schérer, au chapitre " Utopie ", qui, opposant la pensée de l'utopiste britannique Thomas More à celle des stoïciens de l'Antiquité, prend parti, comme Derrida, pour cette antique pharmacie (1972) : " Là, personne n'est exilé, ni hôte, ni étranger : tous ont le même feu, la même eau, le même air, les mêmes archontes, les mêmes gouverneurs, les mêmes prytanes [.] . Là, tous ont les mêmes lois. " Il s'agit pour Thomas More d'" Utopia ", pays imaginaire où l'hospitalité est universalisée à tel point qu'elle n'est plus ni droit, ni même devoir, ni rejet, ni absorption. Question de notre époque : accueillir les travailleurs étrangers, les immigrés, les réfugiés, les " irréguliers " et les " clandestins ", leur accorder à tous l'hospitalité, ne serait-ce pas une utopie ? Sans doute, mais c'est oublier un peu vite l'idée, l'espoir d'une société meilleure et désirable que constitue " l'utopie hospitalière " ou " l'hospitalité utopique " nécessaire à un autre monde, comme l'horizon qui s'éloigne au fur et à mesure qu'on s'en rapproche est inévitable pour le marcheur. Signalons au passage que René Schérer publie, en même temps que paraît ce recueil, un essai (1) où il montre que les hospitalités, dans la mesure où elles ont une grande affinité avec les utopies, ont une riche histoire, même s'il n'en existe plus aujourd'hui que des miettes éparpillées dont les États modernes tentent d'achever la dissémination. À cet égard, l'utopie socialiste de Charles Fourier marque un grand moment de résistance en faveur de l'hospitalité inconditionnelle, puisque, pour lui, le " visiteur " est une composante essentielle du phalanstère. " L'hospitalité s'envole donc avec l'expansion de l'utopie bien au-delà de la cité-refuge. " Qui ne voit aujourd'hui que l'avenir de l'humanité en dépend ? Rien de grand ne se fera jamais sans utopie ou sans idéal. Arnaud Spire (1) René Schérer, Hospitalités, collection " Anthropologie ", dirigée par Remi Hess, Éditions Anthropos, diffusion Economica, 49, rue Héricart, 75015 Paris, février 2004, 136 pages, 15 euros. Article paru dans l'édition du 17 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


49) À LIRE : Femmes d'action

Femmes philosophes, femmes d'action, par Michael Paraire, illustrations de Chloé Bensimhon, Le Temps des Cerises, 2004, 146 pages, 12 euros. Dans cet ouvrage, l'historien de la philosophie Michael Paraire analyse le rôle des femmes dans la promotion des idées progressistes, de la Révolution française à Mai 68. Il faut dire que la dévalorisation systématique des ouvres théoriques de femmes est encore largement entretenue par une partie des élites médiatiques et universitaires. La tentation est grande, face à ce déni de reconnaissance, de réagir en postulant une pensée strictement " féminine ", opposée en tous points aux préoccupations " masculines ". L'un des mérites de l'auteur est précisément d'avoir su déjouer ce piège identitaire, en montrant combien au niveau de la grande histoire les femmes n'ont jamais isolé les revendications féministes de positionnements aboutis dans les débats philosophiques, économiques et sociaux dont leurs congénères masculins se voulaient les uniques protagonistes. Dès 1843, dans l'Union ouvrière, la philosophe Flora Tristan montre ainsi comment le maintien de la femme à l'écart du savoir contribue à la reproduction de la classe ouvrière comme classe exploitée, dans la mesure où le sexe dit " faible " est alors préposé à l'éducation des enfants. Elle ne remet pas en cause ce dernier point : le socialisme est encore largement dominé par une visée humaniste qui, en faisant de la réconciliation de l'espèce humaine avec elle-même l'objectif social suprême, gêne la prise en compte des rapports sociaux de sexe. C'est en 1909, sous la plume d'Alexandra Kollontaï, que la question féminine rencontrera le socialisme scientifique, plus apte à rendre compte de l'insertion de la condition féminine dans le mouvement général de l'histoire. Dans les Bases sociales de la question féminine, la philosophe russe montre que la famille, dans le contexte de l'industrie moderne, ne remplit plus qu'une fonction de " transmission en ligne directe du patrimoine acquis " et s'avère donc structurellement réactionnaire. De ce constat, elle déduit sa thèse de " l'amour-jeu ", préfigurant à sa manière " l'union libre " de Simone de Beauvoir. Il s'agit en effet de rendre la femme maître de son propre corps contre l'intrusion du rapport de propriété au sein du couple. Or cette méfiance à l'égard du pouvoir patriarcal a certainement rendu les femmes philosophes plus attentives aux valeurs démocratiques que n'ont pu l'être les hommes. Le refus de Rosa Luxemburg d'assimiler, avec Lénine, la démocratie en général à la démocratie bourgeoise trouve à cet égard son pendant dans les efforts d'Hannah Arendt ou Simone de Beauvoir pour contrecarrer le " nécessitarisme historique " par une prise en compte de la part d'incertitude inhérente à toute action humaine. On peut alors s'interroger sur l'impact qu'une lecture attentive de ces femmes aurait pu avoir sur le cours de l'histoire. Laurent Etre - Article paru dans l'édition du 17 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00


50) L'énergie (nucléaire ?) de demain par Jean-Pierre Bibring, astrophysicien, professeur à l'université Paris-XI et Pascal Lederer, physicien, directeur de recherche au CNRS.

L'Humanité a récemment publié dans ses colonnes plusieurs tribunes libres exposant des points de vue contrastés sur l'énergie nucléaire. La question du devenir énergétique de la planète est au coeur des grands défis, sociaux, scientifiques et politiques. Celle du devenir même de l'humanité est posée à l'horizon du siècle qui s'ouvre. D'où la responsabilité qui nous incombe d'agir pour que l'avenir de la Terre se conjugue, au sein d'une biodiversité maintenue, avec le développement de l'espèce humaine. La question de l'énergie est centrale. L'essentiel des conflits contemporains, où le contrôle des réserves et moyens d'acheminements d'énergie fossile est un enjeu stratégique, le démontre s'il le fallait. L'équation, complexe, du problème énergétique peut se réduire à trois idées simples :

===> 1. L'augmentation de la production d'énergie dans les prochaines décennies est une nécessité politique. La population mondiale atteindra très vraisemblablement plus de 9 milliards en 2050 - et la maintenir à ce seul niveau suppose des avancées politiques considérables, sur tous les continents : statuts des femmes, politique de l'éducation, pour ne citer qu'eux. En second lieu, la consommation actuelle d'énergie est très inégale dans le monde : 8 TEP (tonne équivalent pétrole) par habitant et par an aux États-Unis, 4 en Europe et au Japon, moins de 1 dans le reste du monde, en Chine, en Inde, en Afrique. 40 % de l'humanité n'a pas accès à l'électricité. Bien entendu, les inégalités ne concernent pas que l'accès à l'énergie, mais également à l'eau potable, à la santé. Un milliard d'individus souffrent de la faim. Plus d'un milliard n'a pas accès à l'éducation. Chacun sait, ou du moins sent, que lutter contre ces inégalités iniques et les réduire considérablement est une condition absolue de la survie des sociétés humaines, bien au-delà du seul souci de justice. Sans que ces inégalités se réduisent à des questions énergétiques, le développement des peuples exige le recours à des ressources en énergie. En se fixant pour objectif que chacun sur la planète ait accès d'ici cinquante ans à la moitié de ce que nous avons en Europe aujourd'hui, il faut pouvoir au moins doubler la production énergétique globale (ne pas le reconnaître, c'est de fait refuser à ceux qui en ont le plus besoin l'espoir de sortir du sous-développement) ;

===> 2. l'essentiel de la production énergétique actuelle (plus de 80 %) est basé sur des ressources (dites fossiles) qui s'amenuisent tellement que la question de l'existence de réserves accessibles, à des échelles de temps (très) inférieures au siècle, est posée. A-t-on pris la mesure de ce que signifierait l'absence de pétrole dans quelque cinquante ans ? Certains en tout cas le comprennent, qui mènent des guerres d'agression pour maintenir le contrôle des zones d'approvisionnement ;

===> 3. Le principe même de la production énergétique principale, basée sur l'oxydation (la combustion) de molécules riches en carbone et hydrogène (pétrole, gaz, bois, charbon), engendre des déchets considérables sous la forme principale de gaz carbonique et d'eau. L'homme produit désormais presque autant de gaz carbonique que l'ensemble de la machine planétaire : il en résulte une augmentation très rapide de la concentration de ces constituants, qui de bénéfiques qu'ils ont été au cours des âges géologiques en maintenant une température clémente à basse altitude par " effet de serre " peuvent s'avérer catastrophiques quant à leurs effets éventuels à l'échelle de la planète entière (sécheresses et désertification, inondations irréversibles, tempêtes, etc.). Y a-t-il des solutions qui prendraient en compte ces trois aspects ? Certainement, mais le sérieux s'impose quant à leur définition, tant les enjeux sont lourds. Il faut avant tout rejeter celles qui impliquent, implicitement ou explicitement, soit une diminution de la population mondiale (par l'effet conjugué de guerres et d'épidémies : qu'on ne s'y trompe pas, certains considèrent sérieusement cette " option "), soit le maintien dans le sous-développement d'une majorité des peuples. Nous considérons impérieux de permettre un développement énergétique favorisant le développement social. Cela ne peut se faire par un simple jeu de vases communicants, où les miettes de la diminution de la consommation " des riches " suffiraient à combler le déficit " des pauvres ". Il faut parvenir à augmenter la production énergétique globale, dans les contraintes imposées par l'horizon d'appauvrissement des ressources, et du choc environnemental lié au réchauffement planétaire. L'énergie solaire, par sa nature, ne puise pas sur les ressources fossiles, et ne produit pas de gaz carbonique. Est-ce donc la solution ? Malheureusement, compte tenu de la valeur (connue) de l'énergie reçue sur Terre en provenance du Soleil, on ne peut envisager de satisfaire les besoins humains définis plus haut par la conversion de cette seule énergie. La fraction de la surface terrestre qu'il faudrait recouvrir pour la récupérer est trop élevée pour être envisageable. D'une manière générale, il est nécessaire de diversifier les sources de production d'énergie. Un examen des rendements réels conduit toutefois au verdict suivant : si l'on vise à développer des filières de production protégeant notre environnement, et suffisamment efficaces pour ne pas butter sur des problèmes d'approvisionnement, on ne peut (malheureusement !) se passer, pour les décennies à venir, de l'utilisation de l'énergie nucléaire. Il ne s'agit pas de minimiser les problèmes spécifiques et essentiels découlant de cette utilisation. Ici, il existe deux comportements possibles. Celui qui est le plus fréquemment mis en avant, dans les milieux se voulant protecteurs de l'environnement en France, est de considérer sans autre débat que ces problèmes sont rédhibitoires, et d'exiger de " sortir du nucléaire ". Cela revient à opposer ce qui serait la seule énergie par nature " sale ", l'énergie nucléaire, à l'ensemble des énergies " propres ", sans prendre en compte les conflits régionaux et planétaires auxquels le déficit d'approvisionnement énergétique conduirait - et conduit déjà. Plus fondamentalement, une telle position revient, qu'on le veuille ou non, à pérenniser un statut quo planétaire où seule une minorité de pays capitalistes développés gérerait la planète, en utilisant l'ensemble des moyens de domination militaires, économiques et idéologiques dont elle s'est dotée. L'autre comportement consiste à reconnaître que pour éviter le risque de déséquilibres planétaires globaux, on ne peut faire l'économie de l'énergie considérablement plus efficace que toute autre source énergétique. Il convient alors, non pas d'éviter, mais au contraire d'affronter avec sérieux et responsabilité les problèmes qu'elle soulève, pour en réduire la portée au maximum. Ces questions se répartissent en au moins quatre domaines, qui chacun justifierait un article dédié : sûreté des réacteurs, déchets, prolifération, ressources. L'objectif est de permettre que se développent, au sein des pays qui en ont la capacité scientifique, technique et politique, des filières de production encore plus sûres, sous un contrôle renforcé contre les risques de prolifération, moins consommatrice de ressources, et moins productrice de déchets à stocker - sans ignorer qu'en un siècle de " tout nucléaire ", l'ensemble des déchets à stocker en France serait contenu dans un volume inférieur à celui d'une dizaine de piscines olympiques ? S'il est un champ d'intervention pour lequel une mobilisation est urgente et impérieuse afin de sortir du nucléaire, c'est celui du nucléaire militaire, qui se développe sans aucun contrôle populaire : la planète doit s'en débarrasser définitivement. En parallèle, il faut modifier en profondeur le rapport des citoyens au nucléaire civil : il est nécessaire que se développent rapidement les recherches scientifiques et les développements techniques permettant de fabriquer des réacteurs de type nouveau, sur des principes physiques connus, au service de l'homme et de la planète. Proposer l'arrêt de tout développement c'est faire perdre plusieurs années critiques, au terme desquelles la raison et la réalité imposeront de reprendre le travail, mais avec un retard qui pourrait s'avérer lui-même catastrophique. Article paru dans l'édition du 16 juin 2004. - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17 fax: 01 49 22 74 00